Depuis cinq nuits, le mouvement des policiers prend de l'ampleur partout en France. Des manifestations d'abord spontanées dont les revendications se précisent.

Plusieurs centaines de policiers ont encore manifesté dans la nuit de jeudi à vendredi, partout en France
Plusieurs centaines de policiers ont encore manifesté dans la nuit de jeudi à vendredi, partout en France © AFP / JEFF PACHOUD

La projection de cocktails Molotov sur quatre policiers dans l'Essonne le 8 octobre dernier a été le déclencheur d'un mouvement qui, depuis quatre jours, met en lumière les revendications des policiers.

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Dans la matinale de France Inter, Jean-Luc Taltavull, secrétaire général adjoint du syndicat des commissaires de police (SCPN) et Charlotte (prénom d'emprunt), major de police en Île-de-France, ont détaillé les éléments qui nuisent, au jour le jour, aux conditions de travail des policiers.

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Voitures à "bout de course", matériel hors d'usage

Au jour le jour, les policiers sont confrontés à une dégradation de leur matériel, déplorée par Charlotte qui raconte qu'elle se met en danger lorsqu'elle se retrouve en situation de ne pas pouvoir communiquer avec sa radio, trop vieille. Une situation confirmée par Jean-Luc Taltavull qui rappelle que "dès janvier 2015, l’UNSA, notamment, a relayé les problèmes des services de secours, qui sont les premiers intervenants et peuvent être confrontés à tout moment à une tuerie et pour eux, rien n’a changé."

Radios qui ne fonctionnent pas, voitures en bout de course, "on a même pas les moyens de remettre les pare-balles dans le véhicule. Cela me choque depuis avant les attaques terroristes que l’on nous mette en Kangoo pour des vacations de huit heures".

Au-delà du matériel, la question de la sécurité s'impose : comment aller travailler "la peur au ventre" quand un policier doit effectuer une garde statique, en uniforme, devant un site religieux ? "On devient des cibles" déplore Charlotte, qui réclame la fin de ces gardes statiques mais aussi la fin des véhicules avec deux agents à bord - un qui conduit, un qui descend. Une organisation qui permet de montrer de nombreuses voitures en même temps sur place, mais qui met aussi en danger les patrouilles.

"La politique du chiffre, on en crève"

Mais surtout, les policiers, à l'image de Charlotte et des trente policiers avec qui elle travaille, se sentent aujourd'hui oubliés par leur hiérarchies, piégés par la politique du chiffre, avec parfois des consignes de favoriser "des PV de stationnements" aux interpellations qui nécessiteraient plus de moyens.

On peut reparler de la politique du chiffre : dans mon commissariat on en crève.

"On va "à la messe" tous les mois, on donne nos chiffres et on nous dit « ah oui mais là il n’y a pas assez de timbres amende verts » (du pv au stationnement). On nous a demandé, il y a peu de temps, de ne plus faire d’interpellations qui nous demandent trop de temps."

Confirmation de Jean-Luc Taltavull qui estime que la police est "un peu aux limites d’une approche trop statistique, dont on voit pas comment on s’en affranchirait totalement car on doit rendre compte de l’utilisation de l’argent public."

Enfin, les deux invités de la matinale ont souligné de concert une séparation de plus en plus forte entre les commissaires, qui se retrouvent dans des situations de "retrait" ou "d'auto-protection" pour se protéger à la fois des syndicats et des injonctions politiques, et des agents de terrain, confrontés à des cadres qui n'ont plus, aujourd'hui, leur expérience du terrain.

Charlotte rappelle ainsi, après 23 ans d'expérience, que les conditions d'accès au poste de commissaire sont devenues de moins en moins accessibles aux agents de terrain : "on a eu des patrons issus du rang, qui comprenaient la réalité du terrain, et qui étaient largement au fait de ce à quoi on était confrontés. On retrouve maintenant des patrons qui sont issus de grandes écoles, qui passent l’un des concours les plus difficiles de l’administration française, et qui sont plus voués à diriger une entreprise."

De son côté, Jean-Luc Taltavull a surtout tenu à mettre l'accent sur "des injonctions quelques fois politiques, très fortes, et une incapacité à les mettre en œuvre". Une incapacité vécue par Charlotte : "On signale à la hiérarchie que l’on n’a pas les effectifs [pour remplir nos missions], on nous répond 'débrouillez-vous'. On est lâchés.'"

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