Ce mercredi matin, deux mères sont montées au sommet d'une grue à Strasbourg, pour réclamer des auxiliaires de vie pour les enfants handicapés.

Classe aménagée pour des enfants malades ou handicapés à l'institut Saint Pierre de Palavas-les-Flots (Hérault)
Classe aménagée pour des enfants malades ou handicapés à l'institut Saint Pierre de Palavas-les-Flots (Hérault) © Maxppp / Alex Baillaud

L'une, est mère d'un enfant autiste. L'autre, d'un enfant hyperactif. A 4h30 ce mercredi matin, ces deux mères de famille ont lancé un appel à l'aide.Elles sont montées au sommet d'une grue de chantier à Strasbourg, dans le quartier du Neudorf, pour dénoncer une situation qu'elles jugent dramatique dans les écoles : le manque d'auxiliaires de vie scolaire pour les enfants handicapés (AVS). Soit, un ou une assistant d'éducation spécialisé dans l'accompagnement d'enfants en situation de handicap. "En marche pour l'école" et "Ecole MDPH : stop au sabotage" (Maison départementale des personnes handicapées) pouvait-on lire sur les banderoles déployées à une quarantaine de mètres de hauteur.

Cet appel à l'aide n'est pas un acte isolé

Un père de famille était lui aussi monté en haut d'une grue strasbourgeoise en 2015, afin de dénoncer les mêmes lacunes. Ces dernières années, plusieurs parents ont souligné le manque d'auxiliaires de vie scolaire pour leurs enfants handicapés. Un manque qui peut aller jusqu'à priver certains enfants de scolarité.

Dans la commune de Vaudeurs, en Bourgogne-Franche-Comté, par exemple, une fillette de 11 ans, atteinte d'un handicap physique, n'a pas pu être accueillie dans son école pendant un mois, jusqu'à l'arrivée d'une nouvelle auxiliaire de vie scolaire. Il y a encore quelques jours Livio, un petit garçon autiste de cinq ans, ne pouvait plus aller dans son école située en Isère car le 31 mai, le contrat de son auxiliaire de vie scolaire était arrivé à son terme après le refus de sa demande de titularisation. Une pétition a été lancée en ligne par les parents, pour que leur enfant retrouve son AVS. Jeudi 6 juin, les parents de Livio ont appris que le contrat de l'auxiliaire de vie de Livio avait enfin été pérennisé.

Régulièrement, les parents qui osent un acte public pour dénoncer ces lacunes dans l'éducation sont entendus au plus haut niveau et leur situation, rapidement réglée. Pour autant, mêmes si ces cas trouvent des réponses positives, le manque d'auxiliaires de vie scolaire à grande échelle n'est pas encore résolu.

Sensibiliser le grand public et faire réagir la classe politique

Pour se faire comprendre et écouter par un plus grand nombre et ainsi briser les frontières du handicap, les réseaux sociaux sont aussi souvent des exutoires pour les parents d'enfants handicapés. Leurs témoignages, relayés en masse, ont pour objectif premier de faire réagir la classe politique afin que des mesures conséquentes soient mises en place.

En août 2016, Laura-Julia Fiquet, maman d'un enfant autiste âgé de cinq ans et présidente de l'Union des Mamans d'Enfants Handicapés (UMEH), s'est exprimée dans une vidéo postée sur Youtube. Pendant une dizaine de minutes, elle pointait notamment le manque d'organisation et de moyens déployés par l'Education nationale pour scolariser les enfants handicapés. A l'issue de son témoignage et de son récit personnel mettant en avant les problèmes de son enfant, Laura-Julia Fiquet a interpellé trois membres du gouvernement, dont Najat Vallaud-Belkacem, à l'époque ministre de l'Education nationale. Elle l'invitait à accompagner son enfant pour sa rentrée des classes. Son fils a finalement bénéficié d'une AVS à la rentrée.

La création de 32 000 postes d'auxiliaires de vie scolaire promis par François Hollande

En France et pour l'année scolaire 2015/2016, environ 280 000 élèves en situation de handicap ont été scolarisés dans un milieu ordinaire et ont profité du principe de "l'école inclusive", inscrit dans la loi depuis 2013, c'est-à-dire le droit à l'éducation pour tous les enfants, quel que soit leur handicap. Selon la chiffre de la Conférence nationale du Handicap 2016, 43,8 % d'entre eux ont bénéficié d'un accompagnement humain. L'ancien président de la République François Hollande avait annoncé en mai 2016, à l'issue de cette conférence, la création de 32 000 postes d'accompagnants des élèves en situation de handicap, sur une période de cinq ans. Une promesse qui devrait être assumée par le nouveau gouvernement.

Alors qu'Emmanuel Macron a aujourd'hui pris le relais, il a promis de s'investir dans ce sens dès sa campagne présidentielle. Dans son programme, le nouveau président de la République a mis en avant plusieurs propositions en faveur des enfants en situation de handicap, notamment à l'école. Il s'engage notamment à continuer d'encourager la scolarisation en milieu ordinaire des nombreux enfants aujourd'hui sans solution scolaire. "Nous donnerons accès à un(e) auxiliaire de vie scolaire à tous les enfants en situation de handicap qui en ont besoin pour avoir une scolarité comme les autres", peut-on lire sur son programme. Pour l'instant, le métier est encore perçu comme précaire.

Le 17 mai dernier, Sophie Cluzel a été nommée au poste de secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, lors de la formation du gouvernement d'Edouard Philippe. Sophie Cluzel est mère de quatre enfants, dont une jeune femme trisomique. Avant ce poste, elle a créé plusieurs associations œuvrant pour la scolarisation des enfants en situation de handicap. Une lueur d'espoir pour les associations liées au handicap et pour les parents dans l'attente de changements.

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