Samedi, dans les rues de Paris comme dans toutes les grandes villes de France, les femmes ont manifesté contre les violences sexistes et sexuelles pour une mobilisation inédite. Témoignages.

France, Paris, marche de plus de 50 000 personnes en faveur des femmes et contre les violences faites aux femmes.  137 femmes sont mortes depuis le premier janvier en France.
France, Paris, marche de plus de 50 000 personnes en faveur des femmes et contre les violences faites aux femmes. 137 femmes sont mortes depuis le premier janvier en France. © Radio France / Nathanael Charbonnier

C’est une mobilisation historique. La trentaine de marches organisées en France contre les violences sexuelles et sexistes a rassemblé, selon le collectif féministe #NousToutes, “150 000 personnes, dont 100 000 à Paris”. Le cabinet indépendant Occurrence a pour sa part dénombré près de 50 000 manifestants dans la capitale lors de son comptage pour un collectif de médias. 

Le cortège parisien, qui mêlait les personnalités mobilisées (Muriel Robin, Alexandra Lamy, Julie Gayet, Sandrine Bonnaire et Eva Darlan), des familles de victimes de féminicide et des femmes et hommes venus manifester pour la cause, s’est étendu de la place de l’Opéra jusqu’à Nation. Des mères, des filles, des soeurs, des amies. Mais aussi des frères, des pères, des compagnons. Toutes et tous venu.e.s dire stop au sexisme du quotidien, au harcèlement, aux violences sexuelles et aux féminicides. Témoignages recueillis dans la foule. 

Dominique, 69 ans (Nièvre) : “Je représente toutes les amis qui ont eu a subir des violences”

Dominique, retraitée.
Dominique, retraitée. © Radio France / X. D.

Pourquoi êtes-vous venue manifester ? “Je suis là en tant que femme mais je représente toutes les amies qui ont eu a subir des violences, j'ai dans ma tête, avec moi, une dizaine de personnes. Quand j'étais petite, je n'ai pas non plus été épargnée. Plusieurs fois, nous sommes allées voir la police et à chaque fois, il n'y a pas eu de suite. Ça me révolte. Parce que j'ai une amie qui a failli perdre la vie.”

Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron ? “Ce qu'il se passe n'est pas normal. Ce n'est pas normal d'aller à la police, de porter plainte et de ne pas être entendu. Ce n'est pas humain.”

Le dernier fait sexiste dont vous avez été victime/témoin ? “Aujourd'hui, ça va. Et puis aujourd'hui, on me touche pas. Mais je veux vous raconter une anecdote : hier, en disant que je venais ici, une des vendeuses d'une de mes boutiques m'a dit qu'elle était contente que je vienne, parce qu'elle ne pouvait pas. Je lui ai demandé pourquoi, elle m'a répondu que son père avait violé sa mère quand elle était toute petite.”

Audrey, 24 ans (Paris) : “Quand j'explique que des hommes se sont masturbé devant moi dans le métro, on ne me croit pas”

Audrey travaille dans le milieu du cinéma.
Audrey travaille dans le milieu du cinéma. © Radio France / Xavier Demagny

Pourquoi êtes-vous venue manifester ? “Je pense que le climat ambiant d'insécurité pour les femmes nous pousse à sortir et parler de nos problèmes. Il n'y a pas une semaine où on se fait pas harceler, insulter. Quand on répond, on nous insulte. Quand on répond pas, on nous insulte aussi. On vient pour toutes ces femmes qui ont peut être été entendues mais pas écoutées. C'est ça le mot important : écoutez-nous, croyez-nous.”

Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron ? “Je lui dirais de plus nous écouter, nous inclure, nous rendre visibles. Et de nous croire. Je sais qu'il y a des moyens mis en place, mais peut-être qu'on peut mieux les utiliser, qu'on peut former les forces de police. Parce qu'on ne nous croit pas. Quand j'explique qu'il y a des hommes qui se sont déjà masturbé devant moi dans le métro, on ne me croit pas.”

Le dernier fait sexiste dont vous avez été victime/témoin ? “Dans le métro, il y a deux semaines, un mec s'est mis derrière moi et s'est frotté. Les gens autour de moi l'ont interpellé, parce que je pense qu'ils commencent à prendre conscience. Mais sinon dans la rue, c'est tout le temps, ce harcèlement.”

Pauline, 40 ans (Doubs) : “Ces violences, je les ai vécues, avec mes enfants”

Pauline est venue manifester avec ses deux fils.
Pauline est venue manifester avec ses deux fils. © Radio France / X. D.

Pourquoi êtes-vous venue manifester ? “J'étais déjà venue l'an dernier. C'est une manifestation qui a du sens. Et j'essaie de participer à toutes celles qui viennent en soutien aux femmes, chez moi et celle-ci en particulier. Ces violences, je les ai vécues, avec mes enfants. J'ai subi un viol conjugal, la plainte a été classée sans suite. Il y a eu une plainte pour harcèlement, classée sans suite. Une plainte pour violence sur mes enfants, elle aussi classée sans suite. Malheureusement, on se bat contre beaucoup de chose dont la justice qui nous classe sans suite à tous bouts de champ. C'était important de pouvoir s'exprimer, de prendre de la place, d'être enfin entendue.”

Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron ? “Donnez des moyens, pour les associations, qui font un boulot énorme. Quand j'en ai eu besoin, on a été heureux de les trouver, avec mes enfants. Mais il leur faut des moyens.”

Le dernier fait sexiste dont vous avez été victime/témoin ? “Ce sont surtout des petits mots quotidiens qui interviennent, c'est tellement courant que je n'y fais quasiment plus attention.”

Antonia, 25 ans (Paris) : “Donnez de l'argent”

Antonia milite dans une association féministe.
Antonia milite dans une association féministe. © Radio France / X. D.

Pourquoi êtes-vous venue manifester ? “Il y a des injustices intolérable dans la société et je trouve si important de se fédérer. J'étais déjà là l'an dernier. L'un des déclencheurs a été lorsque j'ai déposé plainte contre mon ex-compagnon, qui a été violent. Voir la manière dont ma plainte a été traitée par la police m'a poussée, car personne ne m'a crue, il a été défendu par certains policiers.”

Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron ? “S'il vous plait, donnez de l'argent.  On a besoin de sous, pour mettre en place des changements. Le nerf de la guerre c'est l'argent. La grande cause du quinquennat, on ne l'a pas vue. La communication ça suffit, on a besoin de vraies choses mises en oeuvre”

Le dernier fait sexiste dont vous avez été victime/témoin ? “Hier, j'ai rendu visite à une amie à une vente de charité qu'elle organisait et deux hommes de 60 ans, blancs et bourgeois, se sont permis de commenter mon physique sans que je leur demande. Je me suis sentie comme un bel objet.”

Fatoumata, 29 ans (Île-de-France) : “Que les générations futures n'aient pas à connaître ce genre d'injustices”

Fatoumata vit à Poissy.
Fatoumata vit à Poissy. © Radio France / X. D.

Pourquoi êtes-vous venue manifester ? “Je veux dénoncer cette injustice subie par les femmes, compatir à la douleur des familles qui ont perdu un être cher et dire qu'on en a ras-le-bol, que ça doit s'arrêter. Je m'attache à la justice donc c'est une cause que je défend depuis toujours. Je connais des amies qui ont subit des violences conjugales, je connaissais une victime de féminicide, j'aurais pu être à la place de cette femme. Je me bats pour que les générations futures n'aient pas à connaître ce genre d'injustices.”

Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron ? “Je lui dirais que la cause féministe et la lutte contre les violences faites aux femmes devrait être prise de manière plus sérieuse et plus ardente par le gouvernement.”

Le dernier fait sexiste dont vous avez été victime/témoin ? “L'été, j'ai eu souvent des réflexion sur la façon dont je m'habille alors que je suis libre de porter les vêtements que je veux. Et ce n'est pas parce que je m'habille d'une manière légère en été que je dois subir une agression. L’été dernier, j’ai subi une agression et je suis sûr que c’était à cause de ma tenue.”

Gilles, 69 ans (Paris) : “Je suis là pour soutenir une amie qui a subi des violences de son mari”

Gilles, retraité venu de Paris.
Gilles, retraité venu de Paris. © Radio France / X. D.

Pourquoi êtes-vous venu manifester ? “Je suis là pour soutenir une amie qui a subi des violences de son mari. Et puis il y a le nombre de femmes assassinées cette année, ce chiffre est inadmissible. Je suis venu soutenir mes amies et participer avec joie à cette manifestation.”

Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron ? “Je ne crois pas qu'Emmanuel Macron soit directement fautif. Il faut de l'argent, des moyens. Et faire des choses qui marchent, comme en Espagne.”

Le dernier fait sexiste dont vous avez été victime/témoin ? “Je n’ai pas été témoin d'un geste sexiste récemment. J'ai de la chance, dans mon entourage. Et moi, je fais attention.”

Pedro, 40 ans (Paris) : “On doit faire notre part du travail”

Pedro, 40 ans, de Paris.
Pedro, 40 ans, de Paris. © Radio France / X. D.

Pourquoi êtes-vous venu manifester ? “Je suis venu par solidarité. C'est important que les hommes soient présents dans ces occasions là et que l'on fasse aussi notre part du travail. Qu'on réfléchisse à la masculinité, ce qu'est un homme, comment on le devient et de quelle manière.”

Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron ? “Je ne pense pas à Emmanuel Macron. Je pense à nous, à comment on éduque les enfants aujourd'hui et la façon dont on construit les hommes. Bien sûr qu'il faut créer de meilleures cellules d'écoutes pour les femmes et témoigner sans être mises en doute. Mais de mon point de vue, tous les hommes doivent réfléchir à la façon dont ils se comportent. Il y a une masculinité qui n'a plus de sens aujourd'hui, qui donne lieu aujourd'hui à des drames, et même des gens progressistes sont capables de garder à l'esprit le rose et les poupées pour les filles, le bleu et la voiture pour les garçons.”

Le dernier fait sexiste dont vous avez été victime/témoin ? “Je pense que c'est permanent et qu'il suffit de sortir dans la rue. C'est difficile pour les femmes de ne pas répondre à un certain type de rôle qui leur est assigné.”

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