La mobilisation nationale de l'acte V des "gilets jaunes" est en baisse. Au delà du pouvoir d'achat, le mot d'ordre de la journée semblait être la revendication de l'organisation d'un "RIC", un référendum d'initiative citoyenne.

Un  manifestant en gilet jaune à Paris
Un manifestant en gilet jaune à Paris © AFP / Zakaria ABDELKAFI

À 18h, le ministère de l'Intérieur comptabilisait 66 000 manifestants dans toute la France, deux fois moins que les 125 000 recensés samedi dernier à la même heure. Seules 4 000 personnes étaient recensées à Paris, au plus fort de la manifestation, contre 10 000 il y a une semaine.

Environ 69 000 membres des forces de l'ordre sont déployés dans toute la France contre 89 000 samedi dernier. Dans Paris et sa petite couronne, le nombre d'interpellations est de 168 personnes dont 115 font l'objet d'une garde à vue (contre 615 et 508 la semaine passée à 15H). 48 interpellations ont également eu lieu en grande couronne, suite à des contrôles sur réquisition du Procureur. 7 blessés en urgence relative ont été dénombrés.

Avec la tombée du jour, les forces de l'ordre ont fait état de canons à eau sur les Champs-Elysées, pour disperser manifestants et potentiels casseurs avant la reprise de la circulation. 

Plus tôt...

Ce n'est pas sur les Champs-Élysées mais place de l'Opéra que des centaines de "gilets jaunes" ont convergé ce samedi dans la matinée.  Bonnets sur la tête, écharpe remontée sur le nez, pancartes "RIC" (Référendum d'initiative citoyenne, une proposition des "gilets jaunes") tendues à bout de bras, les manifestants sont restés plusieurs heures dans le calme et un froid glacial, devant le Palais Garnier. Vers 13H00, plusieurs figures médiatiques du mouvement, dont Priscilla Ludosky ou Maxime Nicolle, figure controversée du mouvement pour ses propos complotistes, se sont installées en haut des marches de l'Opéra pour lire un texte revendiquant la baisse des taxes "sur les produits de première nécessité", la baisse des "salaires des élus" et l'instauration du RIC, le "référendum d'initiative citoyenne", devenu une revendication phare du mouvement. 

Des manifestants portant des gilets jaunes avec leur  banderole portant l'inscription "Citoyens en danger, soutenez le mouvement des gilets jaunes, les forces de police nous rejoignent"
Des manifestants portant des gilets jaunes avec leur banderole portant l'inscription "Citoyens en danger, soutenez le mouvement des gilets jaunes, les forces de police nous rejoignent" © AFP / Abdul Abeissa

Des femmes vêtues comme des Marianne et dénudées sous leurs vestes rouges à capuche se sont présentées devant les forces de l'ordre. C'est l'artiste luxembourgeoise Deborah de Rebortis (C) qui a rassemblé ces femmes déguisées en "Marianne", symbole national de la République française.

Les "Marianne" de l'artiste deborah de Robertis lors de la manifestation des Gilets jaunes à Paris le 15 décembre 2018
Les "Marianne" de l'artiste deborah de Robertis lors de la manifestation des Gilets jaunes à Paris le 15 décembre 2018 © AFP / Valery HACHE

Consultez la carte des rassemblements à Paris, renseignée de manière collaborative sur mediamanif (Chacun peut y signaler les événements dans sa ville : manifestants (peu ou très nombreux), dangers divers à éviter (incendies, violence...), présence de lacrymogène ou autres gaz.)

Pour les très petits commerçants en France, c'est une véritable "catastrophe"

À Paris, après des manifestations émaillées de scènes de guérilla urbaine et de saccages, les commerçants ont ouvert leurs portes dans la capitale toujours encadrée par un dispositif sécuritaire exceptionnel.  Les façades de contreplaqué sont devenues un décor familier, comme à chaque week-end de mobilisation. Sur les Champs-Elysées, le Publicis Drugstore s'est protégé pour éviter une nouvelle tentative d'attaque comme celle de la semaine dernière. Mais certaines rues de Paris sont quasiment désertes car interdites à la circulation. Si les magasins et musées sont ouverts, Paris a par endroit des allures de ville morte. Le président de la Confédération des commerçants de France estime que le mouvement représente "une véritable catastrophe" pour les petits commerces, avec une baisse du chiffre d'affaires comprise entre "40% et 70% selon les corporations".

Reportage de Yann Gallic

1 min

Gilets jaunes, acte V, dans les rues de Paris

Par Yann Gallic

Pour Francis Palombi, président de la confédération des commerçants indépendants de France, maintenant il faut s'arrêter. 

J'espère que c'est le dernier des derniers samedis. Je demande aux citoyens qui manifestants de revenir à la raison.  C 'est de l’inconscience pure et dure et c'est une prise d'otage de l'économie. 

3 min

Francis Palombi

Par Pierre Weill

En région beaucoup moins de monde

À Marseille, un millier de manifestants se sont rassemblés sur le Vieux-Port où ils ont observé une minute de silence en hommage à un homme de 23 ans décédé sur un barrage à Avignon et aux victimes de l'attentat de Strasbourg.  C'est le premier des quatre cortèges prévus ce samedi dans la deuxième ville de France, où doivent aussi défiler des lycéens et des étudiants, la CGT et une nouvelle marche contre l'habitat indigne. Tout se déroule dans le centre-ville, ce qui a amené la municipalité à fermer préventivement le marché de Noël et la Foire aux santons.

Le reportage d'Olivier Martocq 

1 min

Gilets jaune, acte V, Marseille

Par Olivier Martocq

Un conducteur est mort hier à Erquelinnes, commune belge située à la frontière, en percutant un camion arrêté par un barrage des "gilets jaunes" côté français, annonce la préfecture du Nord.

À Lyon, la manifestation des "gilets jaunes" a rassemblé à la mi-journée une centaine de personnes devant le palais de justice, aux cris de "Macron démission", contre 7 à 10 000 personnes samedi dernier.

À Bordeaux, théâtre d'importants dégâts la semaine dernière, le maire Alain Juppé s'est adressé aux "gilets jaunes". "J'ai fait à nouveau un appel ce matin à ce qu'ils défilent de manière pacifique", a dit l'ancien Premier ministre devant la presse. "Ceux que j'ai rencontrés m'ont dit qu'ils n'avaient rien à voir avec les casseurs. À partir du moment où on appelle à défiler dans la rue, on prend un risque évident". Plus de 600 policiers et gendarmes avaient été mobilisés, ainsi que deux véhicules blindés et, nouveauté, un engin lanceur d'eau. France Bleu Gironde a dénombré 4 500 manifestants. 14 personnes ont été interpellées en fin de cortège, quand plusieurs centaines de personnes ont fait irruption derrière la cathédrale, à deux pas des grilles de la mairie où un face-à-face tendu avec les forces de l'ordre a commencé.

À Toulouse, environs 4 500 "gilets jaunes" ont manifesté dans le centre-ville rejoints par une manif CGT. Des échauffourées ont opposé des manifestants aux forces de l'ordre. La préfecture fait état de 29 interpellations et de neuf blessés dont deux membres des forces de l'ordre.

À Montpellier, la mobilisation était intacte ce samedi (entre 850 et 1 500 personnes). Sur la place de la Comédie, de manifestants brandissaient des panneaux jaunes sur lesquels on pouvait lire "Indignez-vous !" ou "RIC, le vrai pouvoir c'est le peuple" et faisaient signer une pétition en faveur du référendum d'initiative citoyenne. 

En Bretagne, la mobilisation a été faible à Rennes où environ 175 "gilets jaunes", selon la police, ont défilé dans le calme en fin de matinée et ont observé une minute de silence en hommage aux victimes de l'attentat de Strasbourg.  Même minute de silence à Brest, où entre 1 600 et 2 000 "gilets jaunes" ont défilé dans une ambiance bon enfant en évitant les principales artères commerçantes du centre ville, drapeaux bretons et français au vent. Une manifestation mieux organisée et encadrée, selon les observateurs. À Nantes, environ 1 200 personnes ont défilé dans une certaine tension. La police a procédé à cinq interpellations et utilisé du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants. Deux policiers et 15 personnes ont été interpellées.

Dans le Nord, la police a dispersé des migrants attirés par des camions à l’arrêt dans le bouchon formé sur l’autoroute A1, coupée samedi matin dans les deux sens de circulation à hauteur de Calais par environ 200 "gilets jaunes".  

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