La décision d'abandonner cette piste cyclable temporaire, supprimée dans la nuit de lundi à mardi, provoque la colère de cyclistes marseillais. La métropole se justifie en assurant que cette piste était trop peu utilisée, contrairement à une autre, ailleurs dans la ville, qui est maintenue.

Le collectif Vélos en Ville a tenté de retarder l'opération, en vain.
Le collectif Vélos en Ville a tenté de retarder l'opération, en vain. © Maxppp / Gilles Bader

La joie de cyclistes marseillais n'aura été qu'éphémère. Dans la nuit de lundi à mardi, une piste cyclable installée deux semaines plus tôt sur l'une des principales artères de la ville a été démontée. Elle n'a pas "trouvé son public", regrette la métropole, après avoir annoncé avoir mis le vélo "au cœur" de sa stratégie de déconfinement.

La ligne, matérialisée par une ligne jaune, avait été installée le 12 mai à la place de l'une des deux voies de circulation routière de l'avenue marseillaise du Prado. Depuis la semaine dernière, le parcours était délimité par des plots. Plots retirés, donc. Le marquage au sol a lui été recouvert de peinture noire, et les voitures ont repris leur flot habituel. Contrairement à la piste temporaire de la Canebière, où l'expérience est prolongée, annonce la métropole Aix-Marseille-Provence dans un communiqué.

"Par mesure de précaution"

L'expérimentation sur l'avenue du Prado a pris fin "par mesure de précaution", souligne la métropole : le "faible trafic en deçà des prévisions traduit à n'en pas douter une délicate cohabitation entre les différents modes de déplacements et un sentiment d'insécurité pour les usagers cyclistes qui, positionnés entre voie de bus et voie de circulation étroite pour les voitures, doivent également faire face à l'incivilité de certains conducteurs de deux-roues motorisés."

Les cyclistes marseillais très remontés

La décision provoque la colère et l'incompréhension chez des cyclistes. "À Marseille, on démonte une piste cyclable car trop dangereuse... parce que les voitures roulaient dessus", dénonce une utilisatrice sur Twitter. "Là-bas on retire un aménagement plutôt que de verbaliser ceux qui ne le respectent pas", déplore encore un internaute. "Le monde d’après ? Aussi con que le monde d’avant !", peste un autre.

Le collectif marseillais "Vélos en ville", particulièrement remonté, a même tenté une action pour empêcher la suppression de la piste, sans succès :

Des cyclistes du collectif "Vélos en Ville" s'étaient positionnés sur le marquage au sol, pour empêcher son effacement.
Des cyclistes du collectif "Vélos en Ville" s'étaient positionnés sur le marquage au sol, pour empêcher son effacement. © Maxppp / Gilles Bader

Démontage de la piste cyclable, J 1. Sur Twitter, un journaliste photographie un "vestige" un marquage au sol épargné par la peinture noire :

Une autre utilisateur de twitter a accroché à son vélo un slogan éloquent : "R.I.P : Rest in Piste" : 

Un journaliste du quotidien La Provence épingle lui le retour des voitures sur la voie du Prado, comme si la piste cyclable temporaire n'avait jamais existé : 

Le vélo "au cœur de la stratégie de déconfinement" de la métropole

La métropole dirigée par Martine Vassal, candidate Les Républicains à la mairie de Marseille, avait pourtant expliqué le 1er mai que le vélo était au "cœur de sa stratégie de déconfinement" et souligné qu'elle ne "souhaitait pas que la sortie du confinement s'accompagne d'un recours systématique à la voiture".

"L’allégement des mesures de confinement ne doit pas être une incitation à renforcer l’usage de la voiture individuelle : ce serait nier la prise de conscience collective et le travail réalisé", Martine Vassal, présidente de la la métropole Aix-Marseille-Provence

Pour ce qui concerne l'axe de l'avenue du Prado, la collectivité locale assure aujourd'hui qu'une étude plus poussée et "concertée avec l'ensemble des acteurs", pour mieux articuler les différents usages, va être lancée. Elle précise que d'autres aménagements cyclables seront opérationnels d'ici la fin de l'été.

Une manière d'apaiser le débat, alors que le dernier baromètre des villes préférées des cyclistes, réalisé en février par la Fédération des usagers de la bicyclette, n'était pas tendre envers la cité phocéenne : dans la catégorie des villes de plus de 200 000 habitants, Marseille arrivait ainsi... bonne dernière.

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