En pleine grève générale contre l'insécurité et l'immigration clandestine depuis le 20 février, l'île de Mayotte estime être la cinquième roue du carrosse de la République française. Et la visite de la ministre des Outre-mer Annick Girardin n'a jusqu'ici pas apaisé les choses.

Manifestation en marge de la visite d'Annick Girardin le 12 mars 2018 à Mayotte
Manifestation en marge de la visite d'Annick Girardin le 12 mars 2018 à Mayotte © AFP / Ornella Lamberti

Alors que le mouvement entre dans sa quatrième semaine, Annick Girardin a tenté d'éteindre l'incendie avec quelques annonces. D'abord, une volonté affichée de dialoguer, de tendre la main "aux élus qui n'auraient pas encore décidé de venir dialoguer avec elle, et également au collectif et à l'intersyndicale". Mais aussi le maintien jusqu'à la fin de l'année scolaire d'un escadron de gendarmerie mobile et l'augmentation du fonds ministériel de prévention de la délinquance.

Elle annonce également la création d'un "groupe dédié" visant à donner un "statut extraterritorial" à la maternité de Mayotte, ce qui empêcherait les enfants nés sur place d'obtenir automatiquement la nationalité française. Et pour lutter contre l'immigration illégale, l'arrivée d'un "navire patrouilleur militaire", avec une capacité d'intervention "organisée de manière à ce que 24 heures sur 24 il y ait de la présence pour lutter contre l'immigration clandestine et arrêter les kwassa kwassa qui peuvent aujourd'hui aborder nos côtes".

La colère face au "mépris"

Sauf que le problème, pour le collectif et l'intersyndicale, ne vient pas des mesures annoncées mais de la personne qui les annonce. Ils exigent la venue du président de la République, du Premier ministre ou du ministre de l'Intérieur, bref de quelqu'un qui, selon eux, pourrait ouvrir "de véritables négociations". Ils ont d'ailleurs annoncé qu'ils "refusent de s'associer à cette mascarade" (la visite d'Annick Girardin) et dénoncent le "mépris" du gouvernement, et de la métropole.

Car pour les grévistes, le problème vient de ce décalage entre Mayotte et les autres départements français. "L'Outre-mer est la cinquième roue du carrosse de la République française, et Mayotte est même la sixième", explique ainsi Quentin Sedes, secrétaire général CGT Educ’Action Mayotte sur France Info. "Mayotte est un département comme tous les autres, _il devrait avoir des moyens qui correspondent à ce qu'ont les autres départements_." Il dénonce plus largement "un déficit coupable d'investissements à Mayotte par rapport aux besoins du territoire".

Les chiffres clés de Mayotte
Les chiffres clés de Mayotte © Visactu

Pauvre vue de la métropole, riche selon ses voisins

Un avis que partagent des spécialistes des Outre-mer comme Olivier Sudrie, économiste au cabinet CME. Pour lui, le problème vient de cet "entre-deux" dans lequel se trouve Mayotte, coincée entre son statut par rapport à la France et par rapport à ses voisins. "On est quatre fois plus pauvre à Mayotte que la moyenne nationale", explique Olivier Sudrie. "Mais Mayotte est aussi très riche dans son environnement régional et notamment par rapport aux Comores. C'est cette richesse relative de Mayotte qui attire des flux de migrants."

C'est aussi cette richesse relative qui plombe le département : "Mayotte c'est un demi-siècle de retard par rapport à la métropole. Mais plus les transferts de fonds pour accélérer le développement sont importants, plus Mayotte attire. _Chaque petite étape supplémentaire vers le développement est gommée par les pressions migratoires._"

Un problème que ne pourront pas régler immédiatement des mesures gouvernementales, qui ne peuvent pour l'instant s'attaquer qu'aux conséquences de ce retard (insécurité, immigration illégale massive). Pour en résoudre les causes, il faudra surtout du temps.

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