Avec l'augmentation des cas de coronavirus en France et les mesures de protection annoncées ces derniers jours, de nombreux soi-disant messages d'information circulent sur les applications de messagerie. Pourtant, une grande partie des informations qu'ils relaient sont fausses.

Les messages de conseils sur le coronavirus sont de plus en plus nombreux, mais ils sont truffés de fake news.
Les messages de conseils sur le coronavirus sont de plus en plus nombreux, mais ils sont truffés de fake news. © Radio France / JB

Ce sont toujours des conseils qui viennent d'un médecin, d'une amie pneumologue qui a travaillé dans un hôpital auprès de patients atteints de Covid-19 ou, plus impressionnant encore, de chercheurs issus des groupes de travail sur les remèdes au nouveau coronavirus. Mais la plupart du temps, ces messages, transmis massivement sur WhatsApp ou Messenger - et de plus en plus viraux, eux aussi - sont truffés de fausses informations. On les retrouve aussi massivement partagés sur Facebook, souvent copiés-collés et partagés des centaines de fois. Pourtant, ils sont bourrés de sottises, faciles à faire taire avec quelques recherches, notamment sur les très fiables sites de vérification Les Décodeurs et AFP Factuel

>> A LIRE AUSSI : “Décret", "confinement”, “couvre-feu” : ces WhatsApp reposent sur de fausses infos

Comment les reconnaître ? La plupart d'entre eux commence par un argument d'autorité comme ceux évoqués plus haut : c'est toujours la recommandation d'un professionnel de santé. Sur les messages reçus sur les smartphones de la rédaction France Inter, tous ont une source différente mais présentée comme fiable (et souvent proche de l'expéditeur... mais quel expéditeur ?) : 

  • "Le Dr Gonzalez a donné une conférence aux enfants... en voici le résumé"
  • "Message d'un médecin que je connais (...)"
  • "Information d'un chercheur collaborant avec le groupe de travail qui lutte contre l'épidémie de coronavirus (...)"

Si le début du texte change à chaque fois, on retrouve des formules quasi-identiques par la suite, attestant l'hypothèse d'un message viral se transformant régulièrement, à la façon des chaînes d'e-mails ou des légendes urbaines. 

Exemple. On peut lire dans l'un : "L'infection par le virus ne provoque pas un rhume avec écoulement nasal ou une toux grasse, mais une toux sèche, c'est la chose la plus facile à reconnaître" et dans l'autre : "L'infection à coronavirus ne provoque pas un rhume avec un nez mouillé ou une toux avec un rhume, mais une toux sèche et rude, c'est la chose la plus simple à distinguer". La formulation change, le fond reste quasiment le même d'un message à l'autre. Voici les principales fausses informations relayées dans ces messages :

"L'infection ne provoque pas d'écoulement nasal"

Première fausse information : si la toux sèche est l'un des symptômes du Covid-19, ce n'est pas le seul. Et si effectivement, la toux est plutôt sèche que grasse, l'écoulement nasal aussi est l'un de ces symptômes. Les symptômes les plus fréquents, on le rappelle, sont ceux des syndromes grippaux : fièvre, nez qui coule, fatigue. 

Le virus ne résiste pas à la chaleur et meurt s'il est exposé à des températures supérieures à 26-27 degrés, il doit donc être consommé pendant la journée des boissons chaudes comme des infusions, des bouillons ou simplement de l'eau chaude.

C'est doublement faux : d'abord, on ne connait pas la résistance du virus à la chaleur. C'est pour cette raison qu'à l'heure actuelle, on ne sait pas encore si le coronavirus passera le cap du printemps ou non. Il est donc inutile également de "prendre des bains de soleil". Et donc, de façon plus particulière, ingérer des boissons chaudes toute la journée n'a aucune utilité. Pour les mêmes raisons, il ne sert à rien "d'éviter de boire de l'eau glacée ou des boissons avec de la glace", on ne sait pas plus si elles favorisent ou non le virus. 

Plus globalement, il n'existe aucun remède naturel contre le coronavirus, pour l'instant : ni les boissons chaudes, ni l'eau mêlée à de l'ail, ni même des solutions salines, ne permettent d'endiguer la contamination, contrairement à ce qui a été dit ou écrit à plusieurs reprises. Pas besoin, non plus de faire "des gargarismes avec une solution désinfectante". Ce sera peut-être efficace contre le symptôme (le mal de gorge), mais pas contre le virus.

Autre conseil simple, on doit s'assurer de garder la gorge humide, au moins la moins sèche possible. Buvez quelques gorgées d'eau au moins toutes les 15 à 20 minutes.

Faites-le, mais pas pour éliminer le coronavirus ! Boire de l'eau régulièrement est important pour la santé, il est notamment important de boire souvent lorsqu'on présente des symptômes comme la fièvre. Mais la justification donnée dans les messages est, elle, complètement fausse : "Même si le virus pénètre dans votre bouche, l'eau ou d'autres liquides l'emporteront dans l'estomac (...), l'acide gastrique va tuer le virus". Un virus n'est pas un aliment : il se déplace de cellule en cellule. Boire de l'eau n'empêchera pas le coronavirus de se développer. Boire de l'alcool non plus, d'ailleurs, contrairement à ce qu'on a aussi pu lire sur certaines publications. 

Même erreur sur la prétendue 'installation" du virus dans le corps, comme s'il était une bactérie qui se déplace seule. "Le virus s'installe d'abord dans la gorge, provoquant une inflammation et une sensation de sécheresse ; ce symptôme peut durer entre 3 et 4 jours ;   le virus voyage à travers l'humidité présente dans les voies respiratoires, descend dans la trachée et s'installe dans les poumons, provoquant une pneumonie qui dure environ 5 ou 6 jours". Précisons que d'emblée que le virus peut entrer dans l'organisme par les yeux ou le nez, pas forcément par la gorge.

Par un confrère qui vient d’avoir sa greffe de moelle et qui est donc la cible la plus fragile de ce virus, à l’hôpital Saint Louis, son hématologue vient de lui dire qu'on attendait un pic de patients le 30 mars.

C'est faux (ou au moins incertain) : On n'a aucun moyen de connaître la date exacte du pic épidémique. La seule chose que l'on sait, c'est que c'est plutôt une question de semaines. L'Organisation mondiale de la santé a rappelé ce samedi qu'il était impossible de savoir quand le pic aurait lieu au niveau mondial. D'autant plus qu'en France, la stratégie d'éloignement social menée actuellement a justement pour but de reculer le pic pour le rendre moins violent, en étalant le nombre de contaminations dans le temps, pour que le système médical ne soit pas saturé. 

Lorsque le virus se trouve sur des surfaces métalliques, il survit pendant environ 12 heures.

C'est faux : Là encore, ces chiffres avancés ne se basent sur aucune étude solide. Selon la radio nationale américaine NPR, une étude sortie cette semaine évoque une durée de vie du virus plus importante, qui pourrait aller jusqu'à 72 heures sur le métal et le plastique, et 24 heures sur le papier et le carton. 

La taille du virus est assez grande (diamètre d'environ 400-500 nanomètres), donc n'importe quel type de masque peut l'arrêter.

C'est faux également : le diamètre du nouveau coronavirus est beaucoup plus petit, entre 60 et 140 nanomètres. Par ailleurs, le gouvernement français comme l'OMS expliquent que le port d'un masque chirurgical n'est pas utile si vous n'êtes pas malade. En revanche, il est vrai que les personnes malades sont invitées à porter "des masques anti-projections, dits chirurgicaux". 

Les experts suggèrent donc de faire une simple vérification que l'on peut faire soi-même tous les matins : prenez une grande respiration et retenez votre souffle pendant plus de 10 secondes.  Si vous y parvenez sans tousser, sans sentiment d'oppression, etc., cela montre qu'il n'y a pas de fibrose dans les poumons, ce qui indique essentiellement l'absence d'infection.

On ne sait pas à quoi ça sert : aucune autorité médicale n'affirme que ce "test" permette de prouver quoi que soit. L'AFP Factuel a interrogé un médecin de l'OMS, qui affirme qu'il n'existe aucune preuve que cette expérience fonctionne. La prise de température, au moins deux fois par jour, est un bien meilleur témoin d'une possible infection, car la fièvre est l'une de ses premières manifestations - mais elle n'est pas non plus un test totalement fiable de la présence du coronavirus dans l'organisme, car le virus a aussi des "porteurs sains", qui peuvent le transmettre sans toutefois présenter de symptôme.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.