Le nouveau président de la Conférence des Évêques de France, l'archevêque de Reims Eric de Moulins-Beaufort, qui prendra ses fonctions dans quelques mois, a réservé sa première parole radiophonique à France Inter. Il était ce vendredi l'invité du journal de 13h de Bruno Duvic.

L'archevêque de Reims, Eric de Moulins-Beaufort, va bientôt succéder à Mgr Pontier à la tête de la Conférence des Évêques de France
L'archevêque de Reims, Eric de Moulins-Beaufort, va bientôt succéder à Mgr Pontier à la tête de la Conférence des Évêques de France © Maxppp / Vincent Isore

FRANCE INTER : Quelle est l'ambiance en ce moment au sein de l'Église de France ?

MGR ERIC DE MOULINS-BEAUFORT : Au sein de la Conférence des Évêques de France, l'ambiance est bonne, nous sommes unis et déterminés dans ce que nous voulons faire. Dans l'Église de France, il est certain que les mois de février et de mars ont été difficiles. On a senti la confiance des chrétiens les plus fidèles être ébranlée, et non sans motif, il faut bien le reconnaître, sous l'accumulation de révélations, la sortie du livre "Sodoma", ou encore la diffusion du reportage fait par Arte.

La réputation qui vous précède est celle de vouloir affronter de face les scandales sexuels. Il y a eu beaucoup de mots ces derniers mois, au Vatican ou en France, pour les dénoncer. Ce que les fidèles, et pas seulement, attendent maintenant, ce sont des actes. Derrière cette expression de tolérance zéro, que mettez-vous, cela signifie-t-il que le moindre signalement d'un cas suspect doit désormais être transmis à la justice ?

Personnellement, je n'aime pas beaucoup cette expression, c'est une sorte de slogan un peu facile qui permet de se donner bonne conscience. Ce qui est clair en revanche, c'est que si quelqu'un reçoit une dénonciation d'un prêtre qui aurait commis des actes à l'encontre de mineurs, il faut pouvoir aboutir à un signalement au procureur. J'emploie ces expressions, car ça dépend de chaque cas : ça dépend si la victime est mineure aujourd’hui, si on est en lien avec ses parents, etc. Ce n'est pas la même chose si c'est un adulte qui vient raconter une histoire qui s'est passée des années auparavant. Mais de toute façon, aujourd'hui, nous savons que nous ne pouvons pas laisser en place des gens qui représentent un danger potentiel pour d'autres en essayant de traiter ce cas nous-mêmes : il faut pouvoir s'appuyer sur la justice civile.

Comment réagissez-vous face à la décision du Pape François de refuser la démission du cardinal Barbarin ?

Elle m'a étonnée au sens où tout le monde s'attendait à ce que le Pape accède à cette demande du cardinal Barbarin. Après, la position du Pape s'explique, donc oui cela nous a étonnés, mais cela ne veut pas dire qu'on la conteste d'une façon ou d'une autre. Ce qui est sûr, c'est que cela met le diocèse de Lyon et le cardinal Barbarin dans une position délicate.

Il faut clarifier davantage les choses ?

Je pense que le procès a eu un effet très bénéfique. D'une part, il a permis aux victimes de s'exprimer dans un lieu qui a une signification symbolique forte : une salle de tribunal, c'est une manière de s'adresser à la société tout entière et de se faire entendre, de faire entendre ce qu'elles ont vécu. Je me suis rendu compte que beaucoup de gens, qui avaient suivi ces affaires de très loin jusque-là, en écoutant le procès,  ont réalisé ce que vivaient les victimes. Le film de François Ozon sert aussi à cela. Et puis d'autre part cela a permis de faire entendre, de faire sentir que le cardinal Barbarin et ses collaborateurs à Lyon ont pu commettre des erreurs d'appréciation, en particulier dans ce qu'attendaient les victimes, et dans ce que représentait le père Preynat. Maintenant, est-ce que c'est un délit ? C'est à la justice de l'apprécier.

Il y a eu récemment une exhortation apostolique du Pape dans laquelle il est question d'une large trame d'autoritarisme masculin dans l'histoire de l'Église. Comment faire plus de place aux femmes ?

L'autoritarisme masculin ne concerne pas que l'Église, c'est une grande thématique qui vient sur le devant de la scène. On se rend compte que les rapports hommes-femmes sont des rapports complexes. Là où on pouvait penser qu'il y avait un certain équilibre, une certaine harmonie, un respect mutuel, il y a en fait de la violence, de la pression plus ou moins masquée. Dans l'Église, les femmes ont une bonne place : dans le conseil épiscopal de Reims, il y a maintenant deux femmes pour quatre hommes, on progresse, et elles savent se faire entendre. Dans beaucoup de nos instances, il y a même maintenant plus de femmes que d'hommes. Cela dit, il reste la question plus large du travail des évêques et des prêtres, et du travail de l'ensemble des fidèles, parmi lesquels les femmes. C'est un point sur lequel nous pouvons avancer, c'est ce que recouvre le terme de synodalité, le fait de travailler ensemble, quels que soient les avis, les responsabilités, le fait d'être ordonné ou pas, et je pense que nous pouvons progresser. J'espère que nous allons pouvoir avancer assez vite là-dessus.

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