Oubliés pendant le confinement, les migrants continuent pourtant de fuir la Libye, en tentant de traverser la Méditerranée, au péril de leur vie. Le bateau Ocean Viking (SOS Méditerranée) doit reprendre la mer dimanche ou lundi pour leur porter secours.

L'Ocean Viking, navire de sauvetage de SOS Méditerranée, photographié à Marseille e 1er août 2019.
L'Ocean Viking, navire de sauvetage de SOS Méditerranée, photographié à Marseille e 1er août 2019. © Radio France / Thibault Lefèvre

C'est une urgence parmi les urgences. Après trois mois d'interruption, épidémie de Covid-19 oblige, les ONG reprennent leurs opérations de secours des migrants en mer Méditerranée. Le navire Ocean Viking, notamment, devrait larguer les amarres dimanche ou lundi, au lendemain d'une journée mondiale des réfugiés, oubliés de cette période de crise sanitaire. Il n'y a plus de temps à perdre estime Sophie Beau, co-fondatrice et directrice générale de l'association SOS Méditerranée. "Cette urgence n'a jamais cessée, malgré la pandémie", explique-t-elle à France Inter. Depuis quatre ans, l'Aquarius puis l'Ocean Viking ont rendu possible le sauvetage en mer de 30 000 migrants.

FRANCE INTER : Avez-vous idée de ce qu'il s'est passé, ces trois derniers mois, en Méditerranée ? 

SOPHIE BEAU : "Il y a eu beaucoup de départs, sur cet axe migratoire de Méditerranée centrale qui, je le rappelle, est toujours aujourd'hui l'axe migratoire le plus mortel au monde. Donc il y a évidemment urgence à repartir en mer parce qu'il n'y avait plus aucun navire de sauvetage. Les premiers sont repartis il y a quelques semaines et nous, nous reprenons aussi le chemin de cette zone de détresse au large des côtes libyennes."  

Quand vous dites qu'il n'y avait plus de sauvetage, les gardes-côtes étaient restés à leur poste ? 

"Il faut rappeler que, depuis juin 2018, ce sont les gardes côtes libyens qui sont censés coordonner les sauvetages dans cette grande zone de détresse. Malheureusement, ils sont défaillants et n'assurent pas cette coordination. Globalement, on a très, très peu d'informations sur ce qu'il se passe : il y a des interceptions par les garde côtes libyens, mais les personnes sont renvoyées en Libye, ce qui est totalement illégal au regard du droit international, parce que c'est un pays en pleine crise, en pleine guerre civile et dans lequel les migrants et réfugiés sont soumis aux pires exactions, avec des réseaux de traite humaine qui fleurissent. Donc, les personnes continuent à prendre la mer, même au péril de leur vie, pour fuir cet enfer. Il n'y a pas non plus de dispositif de sauvetage, toujours pas mis en place par les États européens qui sont défaillants, eux aussi, sur ce point."

Les Européens, qui n'ont toujours pas trouvé le mécanisme de solidarité adéquat pour accueillir les migrants secourus...

"Ce mécanisme avait commencé à se mettre en place depuis le mois de septembre dernier avec un pré-accord qui avait été passé à La Valette (Malte) et avec quelques Etats volontaires. La France et l'Allemagne et quelques autres comme le Portugal, l'Irlande ou le Luxembourg qui se répartissaient les migrants et rescapés de ces sauvetages pour que les pays de première ligne qui sont l'Italie et Malte, ne restent pas seuls. Car ce n'est pas tenable pour ces pays de première ligne d'être seuls à accueillir toutes les personnes rescapées.

Ce mécanisme a été totalement figé pendant la période de crise sanitaire et les frontières, les ports ont été fermées. Il semblerait aujourd'hui que cela se remette en place. Et j'espère vraiment que ça va être le cas, parce que nous allons avoir des sauvetages : on sait bien que chaque printemps-été, il y a des retours en mer qui sont plus importants parce que les conditions météo le permettent. Donc, il va y avoir des personnes à secourir. Il va y avoir des personnes à débarquer, dans un lieu sûr, en respect du droit maritime international."

Le protocole sanitaire ne va sans doute pas faciliter les choses. Comment les choses vont-elles s'organiser sur le bateau ? 

"Tout d'abord, on a fait très, très attention à ne pas embarquer le Covid-19 avec notre équipage à bord. Les 22 membres de l'équipe de SOS Méditerranée, marins-sauveteurs et équipe médicale, ainsi que l'équipage du navire ont dû se soumettre à une quatorzaine préventive très stricte, d'isolement. Ensuite, à bord, nous avons mis en place des protocoles de circulation et tout ce qui concerne les équipements de protection comme, bien sûr, les masques. Et puis nous allons essayer de faire respecter les distances sociales et physiques, mais malheureusement, dans la limite du possible car sur un bateau de 70 mètres, ce n'est pas évident. Mais, bien sûr, ce sera une priorité de pouvoir essayer de se préserver d'une épidémie à bord du navire. Vous savez que c'est catastrophique lorsqu'une épidémie s'invite à bord d'un bateau..." 

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