Après 10 jours de mission dans l'Hexagone, la rapporteure spéciale de l'ONU pour le droit au logement a remis ce vendredi matin ses premières conclusions. Elle dresse un état des lieux très sombre de la situation française en matière d'accès et de politique du logement.

Vue aérienne de logements à Paris
Vue aérienne de logements à Paris © Maxppp / Christophe Morin

Avec ses évacuations répétées, parfois toutes les 48 heures, de campements de migrants, de Roms, et de sans-abris, son numéro 115 surchargé et son parc privé très dégradé, la France est bel et bien coupable de violation du droit au logement. Tel est le constat que dresse Leïlani Farha, la rapporteure spéciale de l'ONU pour le droit au logement, qui a sillonné le pays pendant dix jours. De Calais et Grande-Synthe à Toulouse, en passant par le centre-ville de Marseille après le drame de la rue d'Aubagne, elle a rencontré des dizaines de mal-logés. Une mission "bouleversante", dit-elle. 

Situation inacceptable au regard de la puissance économique française 

L'experte de l'ONU souligne plusieurs contradictions françaises, et le décalage entre les ambitions affichées et la réalité du droit au logement dans la sixième puissance mondiale. Un exemple : la loi sur le logement opposable (loi DALO) est quasiment unique au monde, mais quasi inappliquée. "Le numéro d'urgence pour la mise à l'abri des personnes à la rue ne fonctionne pas", explique Leïlani Farha qui précise avoir elle même testé la hotline du 115, à plusieurs reprises, sans succès. 

Je suis allée en Egypte, en Inde. Mais de toutes les missions que j'ai effectuées, c'est celle-ci qui m'a le plus touchée, bouleversée même, à cause de ce décalage entre la richesse de la France et les témoignages de grande souffrance que j'y ai recueillis. 

Leïlani Farha décrit un système souvent inefficace, "parfois cruel". La gestion française du problème des sans abris, qui fluctue en fonction des saisons avec l'ouverture de places d'urgence supplémentaires l'hiver n'est pas bonne, selon l'ONU. L'importance du parc de logements insalubre est aussi pointé du doigt. "Quand, comme à Marseille, des gens meurent, c'est là que nous nous inquiétons énormément et c'est ce qui s'est passé en France".  

Des réformes en cours qui posent question

Autre préoccupation : les récentes coupes budgétaires en direction du monde HLM, qui font craindre une baisse de la construction de logements sociaux et l'accélération de la vente HLM, considérée comme un mauvais signe "dans le contexte mondial de financiarisation du logement, avec des fonds d'investissements qui accentuent la flambée des prix de l'immobilier", insiste Leïlani Farha.

La France connaît, comme la plupart de ses voisins européens - la Finlande fait figure d'exception - une augmentation du nombre des personnes sans abri sur son sol depuis une dizaine d'années, depuis la crise de 2008 et l'afflux de migrants via la Méditerranée. "La France est pourtant bien placée pour parvenir à remplir ses obligations en matière de droits de l'homme", estime la rapporteure. "C'est un pays riche, où le sans-abrisme et le nombre de morts sans-abris ne sont pas acceptables, vu les ressources disponibles." Selon le Collectif les Morts de la rue, 566 personnes sont mortes dans la rue l'an dernier, en moyenne à 49 ans. L'association estime le nombre réel à cinq à six fois plus. 

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