Coups de matraque, gaz lacrymogène, grenades de désencerclement : un camp de migrants éphémère a été violemment évacué par les forces de l'ordre ce lundi soir sur la place de la République de Paris. Des violences exercées sur des migrants, des militants, un journaliste ou encore des avocats.

Migrants, militants, journalistes, avocats et élus ont tous été victimes de violences de la part de policiers.
Migrants, militants, journalistes, avocats et élus ont tous été victimes de violences de la part de policiers. © Martin Bureau / Michael Bunel / Jérôme Gilles / AFP / Maxppp

Vers 19 heures ce lundi, un camp de migrants s’installe sur la place de la République, en plein cœur de Paris. Plusieurs de ces sans-abris sont des migrants du camp de Saint-Denis évacués la semaine dernière. Un millier d'entre eux n'avaient reçu aucune proposition de logement à l'issue du démantèlement : "Ils ont été laissés sur le carreau et invisibilisés", explique Maël de Marcellus, responsable parisien de l'association Utopia56. "On est là pour montrer qu'on n'a nulle part où aller. On ne veut pas vivre comme des animaux, on est juste venus demander l'asile", se désole Murtaza, un Afghan de 20 ans.

Une heure après leur installation, une opération de police est organisée pour évacuer le camp de migrants et ses 500 tentes. L’évacuation est violente : tentes démontées avec des exilés encore à l’intérieur, coups de matraque, gaz lacrymogène, grenades de désencerclement. Le tout est filmé, diffusé et partagé de nombreuses fois sur les réseaux sociaux : "Les images de la honte", dénonce le quotidien Libération, alors que la proposition de loi "sécurité globale", qui interdirait de filmer les forces de l'ordre, doit justement être votée à l'Assemblée nationale ce mardi après-midi. 

Après cet épisode, le ministre de l’Intérieur lui-même dénonce des images "choquantes" et réclame un rapport "circonstancié" au Préfet de police. L'Inspection générale de la Police nationale a été saisie.

Des tentes retournées avec des exilés à l’intérieur

A peine une heure après l’installation du camp, les forces de l'ordre commencent à enlever sans ménagement une partie des tentes, en les secouant parfois pour en faire tomber des exilés qui se trouvent encore à l'intérieur, sous les cris et huées de militants et de migrants. La situation se tend.

Des tentes sont traînées avec des réfugiés à l'intérieur.
Des tentes sont traînées avec des réfugiés à l'intérieur. © AFP / Jérôme Gilles

Tirs de gaz lacrymogène et grenades de désencerclement

Après l'évacuation du camp, un cortège de migrants et de militants se constitue spontanément et prend la direction de l'Hôtel de ville. Plusieurs charges de police sont alors lancées pour disperser le cortège, appuyées par des tirs de grenades lacrymogènes et de grenades de désencerclement. C'est ce qu'on voit distinctement sur les images tournées par Remy Buisine, de Brut :

Evacuation manu militari de la place de la République.
Evacuation manu militari de la place de la République. © AFP / Jérôme Gilles
Un homme est blessé à la jambe après l'explosion d'une grenade de désencerclement.
Un homme est blessé à la jambe après l'explosion d'une grenade de désencerclement. © Maxppp / Michael Bunel

Des migrants poursuivis, le croche-patte d'un policier

Des demandeurs d’asile sont poursuivis dans le centre de Paris. Une personne qui fuit la police est victime d’un croche-patte de la part d’un policier comme le montrent les images tournées par un journaliste de RMC : 

Un journaliste frappé

"Un journaliste, qui s'était identifié comme tel, a été plaqué au sol et matraqué", a constaté un journaliste de l’AFP. Dans plusieurs vidéos, on voit le journaliste de Brut, Rémy Buisine, qui couvrait l’évacuation, frappé par la police. "Troisième fois de la soirée par le même policier", indique-t-il sur Twitter.

La rédaction de Brut indique qu'elle va demander des explications à la Préfecture de Police et au Ministère de l'Intérieur.

Des avocats bousculés

Le bâtonnier de Paris a dénoncé sur Twitter les "violences inadmissibles" dont ont été victimes les avocats lors de cette manifestation. Les images qu'il a partagées sur son compte Twitter montrent une avocate qui prend un coup de bouclier de la part d'une policière.

Des élus nassés

Des élus présents sur place, dont Ian Brossat, maire adjoint de Paris en charge de l'hébergement d'urgence et de la protection des réfugiés, et Eric Coquerel, député la France Insoumise, ont été nassés alors même qu'ils portaient une écharpe tricolore.

 Le député Eric Coquerel (France insoumise) malmené par les forces de l'ordre.
Le député Eric Coquerel (France insoumise) malmené par les forces de l'ordre. © Maxppp / Michael Bunel / Le Pictorium
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