Le sujet délicat des mineurs délinquants véhicule beaucoup d'idées reçues. Reportage au sein de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

En 2015, la Protection judiciaire de la jeunesse a pris en charge 138.000 mineurs
En 2015, la Protection judiciaire de la jeunesse a pris en charge 138.000 mineurs © AFP / LOIC VENANCE / AFP

Les mineurs délinquants : le sujet, épidermique, véhicule beaucoup d'idées reçues. Ils seraient de plus en plus nombreux, de plus en plus jeunes et violents. Le thème revient au premier plan après l'attaque de 4 policiers dans l'Essonne par une bande de "sauvageons", selon les mots du ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve, mais sans que l'on sache, à ce stade, si des mineurs sont impliqués.

Des chiffres en hausse très relative

Dans les faits, le nombre de mineurs mis en cause par la police et la gendarmerie tourne autour de 200.000 par an. Un chiffre en hausse ces dernières années, mais moins que la hausse de la délinquancedes majeurs. La part de délinquants de moins de 13 ans condamnés par la justice est stable, autour de 3%. (source ministère de la justice). Les mineurs les plus violents représentent une minorité de l'ensemble des mineurs délinquants.

En 2015, la Protection Judiciaire de la Jeunesse a pris en charge 138 000 mineurs. Sur une année, 3.000 sont passés par la prison (ils sont incarcérés en moyenne 3 mois).

L'immense majorité est donc suivie en "milieu ouvert", notamment dans des foyers de jour, où ils rencontrent éducateurs, professeurs, travailleurs sociaux… Comme l’Unité éducative d'activités de jour "Romainville", dans le XIXe arrondissement de Paris. La Protection Judiciaire de la Justice ouvrait lundi exceptionnellement ses portes aux professionnels, élus, magistrats, avocats, ainsi qu’à la presse.

Une seconde chance

Entrée des locaux de la PJJ
Entrée des locaux de la PJJ © Radio France / Corinne Audouin

Arthur* a 16 ans, un bonnet enfoncé sur ses longs cheveux bouclés. Comme ses cinq camarades, il s'applique à fabriquer un carnet de voyage en papier, cousu de fil de laine. L'atelier d'arts plastiques fait partie d'un module destiné à passer le brevet d'animateur, le BAFA. Arthur n'allait plus à l'école, mais ici, il s'accroche.

J’ai arrêté en 4ème. Pendant deux ans, je suis pas allé à l’école. Mon éducatrice m’a proposé de venir ici, et ça m’a plu. C’est une seconde chance. Parce que sans ça… On serait en train de faire des bêtises ! (Arthur)

"C’est une seconde chance. Parce que sans ça… On serait en train de faire des bêtises" (Arthur)
"C’est une seconde chance. Parce que sans ça… On serait en train de faire des bêtises" (Arthur) © Radio France / Corinne Audouin

Les jeunes, de 16 à 21 ans, sont suivis dans le cadre d'une mesure éducative, ordonnée par le juge des enfants. Une alternative à la sanction adaptée à leur personnalité et aux faits qu'ils ont commis.

Mohamed Archich dirige le Service Éducatif et d’Insertion de Paris: "On est là pour les réconcilier avec les apprentissages, et retrouver l’estime d’eux-mêmes. On part du principe qu’on n’est pas un délinquant toute sa vie, on n’est pas un cancre toute sa vie… Il y a un principe d’éducabilité : les jeunes ont des marges de progression réelle, ils ont un potentiel".

Travaux de l'atelier d'art de la PJJ
Travaux de l'atelier d'art de la PJJ © Radio France / Corinne Audouin

L'Unité éducative d’activités de jour, c'est un peu un sas vers la vie normale, pour ces jeunes en rupture avec la société. L'année dernière, sur les 13 jeunes qui suivaient le module "animation", 10 ont obtenu leur BAFA.

*Le prénom a été changé

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