L'élection de Miss France rassemble chaque année plus de sept millions de spectateurs sur TF1. Pour Aline César, présidente du réseau de femmes Astrea, membre du collectif Ensemble contre le sexisme, le concours est une nouvelle "démarche normative".

Élection de Miss France 2019 à Lille, en décembre 2018
Élection de Miss France 2019 à Lille, en décembre 2018 © AFP / François Lo Presti

Aurait-on en 2010 tagué, étiqueté, un papier sur les Miss France avec le mot sexisme ? Pas encore. Mais aujourd'hui nous sommes dans la France de #Metoo. Cette France où l'on commence à peine à dénoncer le sexisme persistant dans le monde du travail. Le concours des Miss France est un épiphénomène, mais il dispose d’un fort retentissement médiatique. Il n’est donc pas étonnant qu'il devienne source de polémique. Rappelons que la soirée d’élection, retransmise sur TF1 chaque année, rassemble plus de 7 millions de spectateurs.

Cette année, c’est Laurent Ruquier qui a allumé la mèche de la discorde, en déclarant le concours "ringard". Dans son émission On n’est pas couché du 30 novembre sur France Télévisions, s’exprimant après le succès de la manifestation contre les violences faites aux femmes à Paris, l'animateur a expliqué que "puisqu'il faut arrêter de regarder les femmes comme des objets, cesser de les juger sur leur physique, je lance un appel : boycottons cette année l'élection de Miss France, en plus c'est sur TF1 c'est très bien"

Même s'il a reconnu ensuite avoir voulu faire une plaisanterie, du second degré en lien avec la concurrence de l'émission de TF1 avec la sienne, le débat était lancé dans l'opinion. 

Les concours de beauté sont-ils ringards ?

Cette accusation de ringardise, "Osez le féminisme" la portait déjà en 2017, estimant le concours "sexiste et dégradant". L’actrice Michèle Laroque avait renchéri en déclarant qu’elle préférait qu’on juge les gens sur leurs talents plutôt que leur physique. 

Mais peut-on pour autant être féministe et regarder le concours ? Plusieurs Miss ont défendu le concours, et le comité qui fait d'elles des "ambassadrices" de la France. L’ancienne Miss Camille Cerf a répondu sur Twitter : "C’est vrai qu’on m’a souvent posé la question 'peut-on être Miss France et féministe ?'. Ce à quoi j’ai toujours répondu que OUI. Faut-il rappeler ce qu’est le féminisme ? Je ne vois pas ce que l’égalité H/F vient faire dans le questionnement de la légitimité du concours." 

"Il faut interroger ce que cela fabrique de la représentation du corps des femmes"

Pour Aline César, ex-présidente du comité HF pour l'Ile-de-France, aujourd'hui présidente d'un réseau de femmes, Astrea, et membre de Ensemble contre le sexisme, le principe des Miss rappelle d'autres injonctions du passé. "Au XVIIe siècle, la femme se devait d’être modeste pudique et respecter la bienséance, aujourd’hui ce type de compétition enjoint les femmes à une certaine élégance. Cela reste une démarche normative"

Les Miss ont à parler en sourdine, pour ne pas créer de polémiques. Elles ont à parler subtil, sinon elles se font aussi "clasher" comme Miss 2019, Vaimalama Chaves, dont certains ont voulu démontrer le manque de culture. On ne leur demande plus d’être de futures bonnes ménagères, ni de futures bimbo, désormais il faut qu’elles aient autant de qualités physiques qu’intellectuelles, en tout cas, c’est ce que le concours essaie de montrer à ses spectateurs. 

Les Miss, sont contraintes au port du maillot de bain, d’un costume régional, à la sympathie, à la photogénie, si l’on en croit les critères sur lesquels elles peuvent être jugées, ainsi qu’à un peu de culture générale. 

Oui, mais la beauté...

Pour Aline César, "Ce concours est l’occasion de se demander ce que ce type de manifestations fabrique comme représentation du corps des femmes, sur ce que doit être une ambassadrice de la France".

Jean-Pierre Foucault défend le concours des Miss, en déclarant qu'il est "un accélérateur social extraordinaire". Rappelons que les Miss sont souvent très diplômées, avant le concours, et assez armées en général pour se faire une place dans le monde du travail. En 2016, Slate se demandait même si elles n'étaient pas sur-diplômées ? 

Le débat sur le côté sexiste de l'institution des Miss n'est donc pas un face-à-face France populaire versus France des intellos. "Dire cela c'est une façon d'instrumentaliser la classe populaire", estime Aline César, "c'est une recette bien connue". Le sexisme appliqué à la vie quotidienne, le sexisme inconscient, concerne tout le monde, quelles que soient les catégories sociales ou professionnelles. 

"Le sexisme, et la représentation passéiste du modèle féminin est plutôt générationnel d’une part", rappelle-t-elle. Les millions de spectateurs et spectatrices qui apprécient le concours des Miss ont 50 ans et bien au-delà, "les jeunes de 17 ans ne sont pas derrière TF1 ces soirs-là".  

En revanche, Aline César est étonnée de la réaction des élites masculines contre les combats féministes. "Il y a un contrecoup féroce, le sexisme n'est pas l’apanage d’une classe sociale, il est très partagé, y compris dans des milieux de gens très instruits et ayant réussi socialement, particulièrement bien placés et habiles pour bloquer toute évolution". 

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