Des fichiers datés de 2016 listent les noms de 200 personnalités susceptibles d'influencer le débat sur le glyphosate en France. Produits par des agences de communication, ces fichiers illégaux auraient été commandés par la firme américaine Monsanto. Ils contiennent aussi des stratégies de lobbying personnalisé.

 Des dizaines de personnalités auraient été classées illégalement dans un fichier réalisé pour Monsanto, selon leur position sur le glyphosate Auteur :
Des dizaines de personnalités auraient été classées illégalement dans un fichier réalisé pour Monsanto, selon leur position sur le glyphosate Auteur : © Maxppp / Picture alliance / Daniel Dreifuss

Cette une fuite de documents confidentiels qui a permis aux journalistes du journal Le Monde et de l'Oeil du 20h de France 2 de révéler cette affaire.  Ils évoquent plusieurs documents produits par deux agences  de communication. Le premier, estampillé Publicis Consultants est une "cartographie" des acteurs clés du débat sur le glyphosate en France. Vingt personnalités, y sont classées en fonction de leur influence et réparties entre détracteurs et supporters du glyphosate. 

Un second fichier porte lui le logo de Fleishman-Hillard, poids-lourd américain des relations publiques. Cette agence serait notamment responsable de "Let nothing go" ("Ne rien laisser passer"), une stratégie médiatique visant à contredire toute information négative publiée sur le glyphosate. Le fichier en question contient les adresses et les coordonnées privées de 200 personnalités. Elles sont évaluées sur plusieurs thématiques : OGM, pesticides, santé. Avec des notes de 1 à 5 en fonction de leur crédibilité, de leur influence et surtout de leur degré de soutien à Monsanto.

Enfin, un tableau est plus spécialement consacré au débat sur le renouvellement de l'homologation du glyphosate, qui devait initialement être voté en 2016 au niveau européen. Il contient une liste de 74 noms, désignés comme des cibles prioritaires : des politiques, des journalistes, des scientifiques, là encore classés en fonction de leur opinion sur le glyphosate. Ce classement est fait en plusieurs groupes au moyen d'un code couleur : 

  • Les alliés 
  • Les alliés potentiels à recruter
  • les personnes à éduquer
  • Les personnes à surveiller

Ce dernier document indique aussi des stratégies de lobbying : accompagner les alliés, approcher les personnes susceptibles de changer de point de vue sur le glyphosate, isoler la parole des opposants. Quatre journalistes de France Inter figurent dans ces fichiers. Comme le rappelle Le Monde, la loi interdit de construire une base de données personnelles "faisant apparaître les opinions politiques et philosophiques des personnes sans leur consentement". Un délit passible de cinq ans de prison et 300 000 euros d'amende.

Aller plus loin

🎧 Écoutez l'interview de Stéphane Horel, journaliste au Monde qui a enquêté avec Stéphane Foucart sur le "fichier Monsanto" 

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