C'est l'un des effets du changement climatique en haute montagne, les éboulements se multiplient. Les sols gelés, le permafrost, se réchauffent ce qui peut déstabiliser des pans entiers de parois rocheuses. Ce risque accru de chute de pierres oblige les alpinistes à modifier leurs pratiques.

Un écoulement sur la face nord de l'Aiguille du Midi en août 2017
Un écoulement sur la face nord de l'Aiguille du Midi en août 2017 © Ludovic Ravanel/CNRS

Depuis la plateforme aménagée du Montenvers, à 1913 m d'altitude, le visiteur a une vue imprenable sur la Mer de Glace devenue un symbole du changement climatique mais il peut aussi observer un autre effet moins connu du réchauffement, les éboulements. Au loin, sur le versant nord de l'Aiguille du Tacul on aperçoit encore une grande trainée grise. C'est la trace laissée par un écroulement spectaculaire. Le 27 aout 2015, plus de 10 000 mètres cube de roches se sont effondrés.

Au-dessus des 2 500 mètres, ce type d'écroulements se multiplie ces dernières années dans le massif du Mont-Blanc. "Il y a une augmentation de la fréquence des évènements, et ça, on le voit très bien lors des étés caniculaires comme en 2003, 2015, 2017" explique Ludovic Ravanel, chercheur au CNRS au laboratoire Etydem à Chambéry. "On voit également une augmentation du volume avec parfois plusieurs millions de mètres cube".

Comme ce glissement de terrain en Italie en septembre 2017, plus 3 millions de mètres cubes se sont détachés au Piz Cengalo dans les Grison, ravageant une partie du village de Bondo.

Le permafrost : le ciment des montagnes fond 

L'explication ? La dégradation du permafrost, ces sols gelés de haute montagne se réchauffent sur l'effet du changement climatique. "Ce gel permanent permet la présence de glace dans les fissures qui assure un rôle de ciment" explique Ludovic Ravanel qui publie ses derniers résultats dans le journal Science of the Total Environment. "Si on fait fondre le ciment des montagnes des pans entiers peuvent se déstabiliser".

Les professionnels de la montagne doivent tenir compte de ce risque accru de chutes de pierres. La ville de Chamonix a dû aménager récemment un nouvel accès à l'un des refuges de la Mer de Glace, le refuge de la Charpoua (2841m). L'ancien était devenu trop dangereux en raison du risque d'éboulement. Il faut également retracer des voies devenues impraticables. "Les itinéraires deviennent plus difficiles techniquement, plus dangereux, plus engagés" estime le conseiller municipal de Chamonix Claude Jacot.

Les guides ont dû modifier leur calendrier afin d'éviter les périodes chaudes où il y a plus de risque de chute de pierres. "La voie normale du Mont Blanc se faisait traditionnellement plutôt au mois de juillet août" explique Christian Jacquier, président du Syndicat national des guides de montagne. "Aujourd'hui il y a un glissement de calendrier d'environ un mois, la période c'est désormais plutôt juin juillet".

A Chamonix, les guides et les chercheurs travaillent ensemble pour étoffer les données sur le dégel du permafrost, un champs d'étude relativement récent. Lorsque le guide Christian Jacquier tombe sur des traces d'éboulements en montagne, il prend systématiquement une photo avec son téléphone portable. Il l'envoie au chercheur du CNRS Ludovic Ravanel qui se déplace sur le terrain. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.