L'écrivain, metteur en scène et scénariste Jean-Claude Carrière, qui a travaillé notamment aux côtés de Luis Buñuel, Jacques Deray ou Milos Forman, est décédé lundi soir à l'âge de 89 ans.

Jean-Claude Carrière chez lui, à Paris, en 2001
Jean-Claude Carrière chez lui, à Paris, en 2001 © AFP / JEAN-PIERRE MULLER

L'écrivain, qui ne souffrait d'aucune maladie particulière, est mort "dans son sommeil" à son domicile parisien, a précisé sa fille Kiara Carrière. "Un hommage" lui sera rendu prochainement à Paris et il devrait être inhumé dans son village natal, à Colombières-sur-Orb dans l'Hérault.

Paroles et dialogues

Se définissant comme un "conteur", Jean-Claude Carrière a signé une soixantaine de scénarios ainsi qu'environ 80 ouvrages (récits, essais, comme ses Dictionnaires amoureux de l'Inde et du Mexique, traductions, fictions, scénarios, entretiens).

Il a été aussi acteur, dramaturge et parolier pour Juliette Gréco, Brigitte Bardot ou Jeanne Moreau. Jean-Claude Carrière a placé sa vie sous le signe des "rencontres, des amitiés et des maîtres de vie", comme le Dalaï Lama avec lequel il a écrit un livre ou le cinéaste espagnol Luis Buñuel, avec lequel il collabora dix-neuf ans, jusqu'à sa mort.

"J'ai travaillé toutes les formes d'écriture. Je pense que je possède un bon arsenal" assurait cet humaniste distingué et affable à la grande puissance de travail et à l'humour corrosif.

Il y a quelque chose en moi qui se satisfait d'être au service d'un auteur, de se couler dans sa pensée, de l'adapter au mieux. Je n'ai pas d'ego.

Autre rencontre importante : celle du dramaturge britannique Peter Brook pour qui il adapta à la scène l'inégalé Mahâbhârata, épopée de la mythologie hindoue, présentée pendant neuf heures d'affilée à Avignon en 1985 devant un public sous le choc. "Le voir en oubliant que je l'avais écrit fut un des grands bonheurs" de ma vie, assurait-il.

Passionné par les religions

"Radicalement athée", mais "passionné par la religion et ses déviances", étranger à tout fanatisme, il a écrit sur le bouddhisme et l'hindouisme mais aussi sur le christianisme avec son roman le plus célèbre, La controverse de Valladolid, sur la conquête du Nouveau-monde par les Espagnols, décliné en pièce et adaptation télévisée.

On lui doit également des travaux sur l'islam (par ses traductions de poésie persane, avec son épouse, l'écrivaine iranienne Nahal Tajadod, dont il a eu une fille).

Comme scénariste, il est au générique de films majeurs : Le Journal d'une femme de chambre, Belle de jour et Le charme discret de la bourgeoisie (Luis Buñuel), Taking Off (Milos Forman), Borsalino (Jacques Deray), Le tambour (Volker Schlondorff, Palme d'or à Cannes), Danton (Andrzej Wajda, prix Louis Delluc 1982), L'insoutenable légèreté de l'être (Philipp Kaufman), Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau), Le retour de Martin Guerre (Daniel Vigne) qui lui vaut le César du meilleur scénario en 1983. Il a reçu en 2014 un Oscar d'honneur pour son oeuvre de scénariste.

Ascenseur social

Né le 17 septembre 1931 à Colombières-sur-Orb (Hérault) de parents viticulteurs montés près de Paris en 1945 pour ouvrir un café, le jeune homme se révèle vite un élève brillant. Il devient boursier, saute dans l'ascenseur social qui le propulse à Normale Sup. A 26 ans, il signe son premier roman, Le Lézard, fait son service militaire en Algérie, rencontre Jacques Tati et le débutant Pierre Etaix. Avec ce dernier, il reçoit l'Oscar 1962 du meilleur court-métrage de fiction pour Heureux anniversaire.

Bibliophile, passionné par le dessin, l'astrophysique, le vin et bien d'autres choses encore, amateur de Tai-Chi-Chuan (art martial), Jean-Claude Carrière a présidé pendant dix ans la Fémis, l'École nationale supérieure des métiers de l'image et du son. Toujours très actif malgré l'âge, il avait écrit en 2018 un dernier essai, La vallée du néant, et cosigné en 2020 le scénario du long-métrage Le sel des larmes de Philippe Garrel.

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