[scald=25379:sdl_editor_representation]par Noeleen Walder

NEW YORK (Reuters) - La femme de chambre qui accuse Dominique Strauss-Kahn de tentative de viol rompt son silence lundi dans la presse américaine, déclarant à Newsweek que l'ancien directeur du FMI lui est apparu comme un "homme fou" et l'a attaquée alors qu'elle entrait dans sa suite de l'hôtel Sofitel de New York le 14 mai dernier.

Nafissatou Diallo donne au magazine et à la chaîne ABC News, à qui elle a également accordé un entretien, la permission de l'identifier par son nom. Son visage apparaît de profil à la une de la prochaine livraison de Newsweek.

C'est la première fois que cette immigrée guinéenne âgée de 32 ans s'exprime dans les médias, alors que Dominique Strauss-Kahn doit comparaître dans une semaine, le 1er août, pour une nouvelle audience.

Les avocats de l'ancien ministre socialiste dénoncent une tentative tardive de la part de la jeune femme et sa défense pour obtenir de l'argent de Dominique Strauss-Kahn.

"Je veux la justice. Je veux qu'il aille en prison", déclare Nafissatou Diallo dans son entretien avec la chaîne ABC News, qui sera diffusé lundi matin. "Je veux qu'il sache qu'il y a des endroits où on ne peut pas utiliser son argent, où on ne peut pas utiliser son pouvoir."

L'un de ses avocats, Douglas Wigdor, a déclaré qu'elle avait décidé de s'exprimer publiquement pour que le monde sache qu'elle n'est "ni une artiste du racket ni une prostituée".

"Elle est attaquée (...) et elle a jugé important de mettre un nom et un visage sur son récit", a-t-il ajouté.

Douglas Wigdor a également déclaré que Nafissatou Diallo comptait prochainement déposer une plainte au civil, ce qui implique que son nom soit alors rendu public.

L'usage veut qu'aux Etats-Unis, l'identité des victimes présumées de viol ne soit pas dévoilée, même si le nom de Nafissatou Diallo a déjà circulé dans de nombreux médias.

"Je n'ai jamais voulu me montrer en public mais je n'ai pas le choix", déclare la jeune femme qui a passé deux mois recluse dans un hôtel avec sa fille adolescente depuis sa plainte.

"Je dois maintenant me montrer en public. Je le dois, pour moi-même, je dois dire la vérité."

"CAMPAGNE MEDIATIQUE"

Début juillet, l'affaire a connu un spectaculaire rebondissement avec la mise en cause de la crédibilité de l'accusatrice, soupçonnée d'avoir menti sur plusieurs aspects de sa vie passée, puis la levée de l'assignation à résidence de Dominique Strauss-Kahn.

Dans son entretien à ABC, la femme de chambre reconnaît des "erreurs", selon la chaîne, mais celles-ci ne doivent pas selon elle empêcher l'accusation de poursuivre son travail.

Un porte-parole du bureau du procureur de Manhattan chargé du dossier, Cyrus Vance, n'a pas souhaité commenter ces interviews. "Nous ne parlerons pas des faits ou des preuves dans ce qui reste une enquête en cours", a-t-il dit.

Diallo déclare avoir vu Dominique Strauss-Kahn apparaître nu en face d'elle alors qu'elle ouvrait la porte de sa suite. "Vous êtes belle", aurait alors lancé DSK, dit-elle, avant de se jeter sur elle en dépit de ses protestations.

L'ancien favori socialiste à l'élection présidentielle de 2012, qui est âgé de 62 ans, rejette les accusations de Diallo.

"Elle est la première accusatrice de l'histoire à mener une campagne médiatique pour persuader un procureur de maintenir les charges contre une personne auprès de qui elle espère obtenir de l'argent", déclarent les avocats de l'ancien patron du FMI, Benjamin Brafman et William Taylor, dans un communiqué.

"Ses avocats et ses consultants en relations publiques ont orchestré un nombre sans précédent d'événements et de rassemblements médiatiques pour faire pression sur les procureurs dans cette affaire après qu'elle a dû admettre ses efforts extraordinaires pour les induire en erreur."

Les avocats de Nafissatou Diallo et de Tristane Banon, une Française qui accuse également DSK de tentative de viol, se sont rencontrés le 19 juillet au bureau du procureur de New York.

France Soir publie en une ce lundi un témoignage de l'avocat de Tristane Banon, David Koubbi, qui dit avoir rencontré Nafissatou Diallo et avoir été impressionné par son courage.

Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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