Le boycott n'est pas une arme de protestation nouvelle sur la scène internationale. La France en a déjà fait les frais, mais sur des motifs économiques et diplomatiques, plutôt que religieux, comme c'est le cas aujourd'hui.

Dans plusieurs pays, comme ici en Jordanie, des rayons de supermarché sont vidés de leurs produits français.
Dans plusieurs pays, comme ici en Jordanie, des rayons de supermarché sont vidés de leurs produits français. © AFP / Khalil Mazraawi

Turquie, Iran, Koweït, Jordanie, Bangladesh... Dans plusieurs pays du Moyen-Orient, des appels au boycott de produits français sont lancés, à la suite des propos d'Emmanuel Macron qui a promis de ne pas renoncer à la publication de caricatures de Mahomet, pendant son discours d'hommage à Samuel Paty.

Au Qatar ou en Arabie Saoudite, des supermarchés vident des rayons entiers de fromages La Vache qui Rit, Babybel ou de pots de confiture.

Ces appels au boycott de produits ne sont pas une nouveauté. Mais autrefois, ils étaient plutôt organisés pour des motifs économiques ou diplomatiques.

2003 : les vins et fromages français aux États-Unis

En 2003, la France s'oppose à Washington sur la l'intervention militaire en Irak. 

En réaction, un appel au boycott de produits français est alors porté par des représentants du Congrès et relayé dans plusieurs médias, sous forme d'annonce dans des journaux : _"Boycottez tout ce qui est français, de leurs fromages gluants à leurs vins hors de prix_, (...) ou leurs voitures minables", pouvait-on lire dans Washington Times. Sur Fox News, le présentateur Bill O'Reilly, déclarait en 2003 : "Désormais, nous sommes tous des soldats dans la guerre contre la terreur en Amérique, et notre arme est notre porte-monnaie. (...) j'y penserai à deux fois avant d'acheter un produit fabriqué en France".

Un appel au boycott qui visait surtout les produits considérés comme "typiquement français", comme le vin, le foie gras ou le fromage, qui en auraient subi les conséquences. 

L'impact réel qu'a pu avoir cette campagne est difficile à évaluer, mais à l'époque, le journal de France 2 rapportait le témoignage du patron d'une entreprise de vente de vins, qui disait avoir perdu 10% de son chiffre d'affaires en un mois.

2008 : Carrefour en Chine

En avril 2008, l'enseigne de grande distribution française, qui a récemment décidé de quitter la Chine, avait fait l'objet d'une campagne sur internet et par SMS appelant à ne plus acheter de produits dans ses hypermarchés. "N'achetons rien à Carrefour : l'un de ses grands patrons a donné beaucoup d'argent au dalaï-lama, donc, boycottons Carrefour, au moins pour les 130 jours qui restent avant la fin des JO", pouvait-on lire dans l'un de ces messages.

Carrefour était alors accusée de soutenir les activistes tibétains dans leur lutte indépendantiste. Une campagne qui faisait suite à plusieurs interruptions du voyage de la torche olympique par des manifestations pro-tibétaines à Paris, et à la menace de bouder la cérémonie d'ouverture des JO, agitée par le président Nicolas Sarkozy. 

Face à cette levée de bouclier d'une partie de la population chinoise, et des rassemblements devant plusieurs de ses magasins, le groupe Carrefour décidait "d'annuler toutes les actions publicitaires prévues, dans la presse et par tracts, dans la semaine précédant la fête du Travail le 1er mai", avait déclaré un porte-parole à l'AFP.

2012 : la Turquie s'oppose à l'adoption d'une loi en France

En décembre 2011, l'Assemblée nationale adopte la loi sur la négation des génocides, prévoyant notamment une amende de 45 000 euros et un an d’emprisonnement pour quiconque nierait en public le génocide arménien, que la Turquie ne reconnait pas.

L'ONG "Boykot Fransa" établit même, sur son compte Facebook, une liste de produits français qu'il ne faut plus acheter. Mais ces appels au boycott resteront assez marginaux et auront peu de conséquences.

2017 : Front anti-CFA en Afrique

En février 2017, l'ONG Urgences Panafricanistes, publie un document pour "reconnaître" les produits français en Afrique et "les remplacer par des produits Africains". On y trouve une liste de marques qu'il s'agirait de boycotter, comme celles de L'Oréal ou du groupe Castel.

La publication de ce document fait suite à un appel à la mobilisation internationale, le 7 janvier 2017, contre le Franc-CFA, monnaie alors en cours dans quatorze États africains. Pour "se défaire de cette monnaie post-coloniale", des conférences et des rassemblements sont organisés "de Paris à Dakar en passant par Abidjan, Ouidah, Londres et Bruxelles". "À bas le franc CFA ! À bas le colonialisme !", scandaient des manifestants à Dakar, selon RFI.

Finalement, ils ont, en partie, obtenu gain de cause, en mai 2020, lorsque la France a officiellement acté la fin du franc CFA en Afrique de l'Ouest. Ainsi, la France renonce au dépôt auprès du Trésor français de la moitié des réserves de change de la Banque centrale de la zone et se retire de ses instances de gouvernance. Toutefois, la parité fixe avec l'euro est pour l'instant maintenue, et six pays d’Afrique centrale continuent de l'utiliser.

2018 : Danone au Maroc

En avril 2018, une publication Facebook anonyme, disparue depuis, lance l'opération. Cet appel invite à s'attaquer "aux leaders du marché" marocain, pour protester contre la vie chère. Les stations-service Afriquia, premier réseau du pays, et l'eau minérale Sidi Ali, détenus par des personnalités proches du pouvoir, en font les frais, mais aussi Centrale Danone, la filiale locale du géant français de l'alimentaire.

En six semaines, la filiale voit son chiffre d'affaires plonger de 50 %. "Le groupe a tenté une opération de "réconciliation" en baissant les prix de 7 à 6 dirhams (60 à 50 centimes d’euros) pour deux packs de lait, sans succès", relève le journal Libération. Il faut dire que, selon le journal marocain L’Économiste 42% de la population marocaine appliquait ce boycott en mai. 

Mise à jour 28/10/20 15:18 : Erreur de notre part, Nestlé n'est pas français, mais suisse. Rectification faite, nous l'avons retiré de cet article.

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