Cette année qui s'achève aura à nouveau fait monter d'un cran l'influence d'Internet, des médias en ligne, des réseaux sociaux dans le monde. Des porcs balancés au cyber-harcèlement, de "covfefe" aux youtubeurs au grand cœur, retour sur une année particulièrement net.

Une année de tweets, de débats, de dérapages et d'innovations
Une année de tweets, de débats, de dérapages et d'innovations © AFP / Ronen Tivony / NurPhoto

Deux élections sur les réseaux sociaux

En France, jamais une campagne électorale n'avait été si influencée par le web : la présidentielle puis les législatives se sont presque autant déroulées sur les réseaux sociaux que sur les écrans de télévision ou les meetings de campagne.

Chaînes YouTube de candidats, meetings en ligne, hordes de militants de tous bords prêts à en découdre (quitte à frôler le harcèlement) avec leurs opposants ou les journalistes, images humoristiques moquant ou glorifiant tel ou tel candidat... L'Internet français s'est écharpé de mille manières inventives pendant quelques mois. Étrangement, c'est peut-être le candidat le moins présents sur ces nouveaux espaces, le plus installé dans les médias "traditionnels" qui finira par l'emporter. Voilà ?

Président des USA et de Twitter

Depuis son élection, Donald Trump ne cesse de tweeter, tweeter et encore tweeter. Tout y passe : ce qu'il pense du président nord-coréen (qu'il qualifie même de "petit gros"), de ce qu'il a vu à la télévision, des accusations contre lui, de ses soutiens et de ses opposants... Il tweete pour se défendre (lorsque James Comey, patron du FBI, est limogé, il évoque de possibles "enregistrements" de leurs conversations), pour menacer (en particulier Kim Jong-Un), pour critiquer (la maire de Porto Rico par exemple, juste après le passage d'un ouragan sur l'île, territoire américain), et s'indigner du traitement que lui réservent les médias (en un an, il a déjà publié 160 tweets contenant le terme "fake news", soit un tous les deux jours).

Jusqu'à (semble-t-il) s'endormir sur son téléphone une nuit de mai et tweeter ce simple mot : "covfefe", qui a beaucoup fait rire les internautes. Une faute devenue le nom d'un projet de loi d'un élu démocrate, qui visait à inclure les tweets du président dans les archives nationales... Ce dernier n'a toujours pas révélé ce qu'il voulait dire ce jour-là.

Ces porcs qu'on balance

C'est une histoire qui n'a pas démarré sur Internet, mais qui a fait de Twitter une formidable caisse de résonance. Suite aux révélations sur l'affaire Weinstein, des femmes (et même des hommes) partout dans le monde ont pris le parti de dénoncer, elles aussi, les comportements déplacés, violents, voire délictueux et criminels de leurs homologues masculins. Des mots-dièses #metoo (moi aussi) ou #balancetonporc ont ainsi émergé, comme un tsunami de paroles libérées.

De quoi inquiéter certains, et réjouir beaucoup d'autres... Début décembre, le prestigieux magazine Time a même fait de ces voix "brisant le silence" leur(s) personne(s) de l'année.

Jouer pour réfléchir

Cette année, Internet et nos smartphones nous ont aussi fait repenser notre rapport à l'actualité. Illustration avec deux jeux vidéo conçus pour les téléphones modernes et imitant leur fonctionnement. "A Normal Lost Phone" raconte une histoire de quête d'identité en vous mettant en possession du téléphone perdu par le personnage principal. En explorant ses mails, ses SMS, son application de rencontres, ou ses conversations téléphoniques, vous allez comprendre son histoire, et surtout réaliser à quel point ces petites machines savent parfois plus de nous que notre entourage direct.

Même concept, objectif différent : "Enterre-moi, mon amour" vous met dans la peau d'un Syrien dont la femme est en train de voyager vers l'Europe avec un groupe de migrants. Vous allez donc vivre "en direct" son parcours via les discussions entre les deux personnages. Nour, l'héroïne, sera selon les moments (et les rebondissements dans son voyage) disponible ou non pour discuter avec vous. Et selon les conseils que vous lui aurez donné, son périple pourra se terminer d'une vingtaine de façons différentes. De quoi changer de regard sur l'actualité.

Facebook a-t-il fait élire Donald Trump ?

On soupçonnait bien, comme pour la France quelques mois plus tard, que les réseaux sociaux avaient joué un rôle important dans la campagne présidentielle américaine. Fin 2017, on commence à découvrir à quel point on était en fait loin de la vérité. En octobre, une enquête a déterminé que Facebook avait vendu pour 100.000 dollars d'espaces publicitaires à une société liée au Kremlin, avec pour objectif supposé d'influencer la campagne.

Facebook est plus largement dans le collimateur pour avoir laissé se développer la désinformation sur son réseau, notamment en ne filtrant pas des contenus conçus pour être relayés largement... Mais à l'origine et aux buts politiques douteux. Même Mark Zuckerberg a publiquement regretté cette mauvaise influence de son bébé.

Le cyber-harcèlement déborde

Ce n'est pas une nouveauté : le cyber-harcèlement, organisé, coordonné, à l'origine souvent identifiée, est un des fléaux des forums et des réseaux sociaux depuis une ou deux décennies déjà. Un harcèlement qui, même lorsqu'il reste en ligne, a déjà des conséquences bien réelles sur celles et ceux qui en sont victimes.

En 2017, on a assisté à deux phénomènes parallèles : d'abord, le cyber-harcèlement est devenu de plus en plus visible, et donc de plus en plus dénoncé, voire condamné en justice ; mais dans le même temps, on l'a aussi vu "déborder" de plus en plus dans la vie réelle. Avec notamment le cas de journalistes ou de militants subissant insultes, malveillances et menaces jusque sur leur lieu de vie ou de travail. En 2018, il s'agira de voir si ces incursions du virtuel dans le réel auront des conséquences concrètes pour ceux qui en sont à l'origine...

Twitter ouvre les vannes

En 2017, on n'a jamais autant parlé sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter. Il était donc assez logique qu'au fil de l'année, Twitter permette à ses utilisateurs de parler encore plus. C'est ce qu'il a annoncé en septembre et appliqué en novembre, en passant de la sacro-sainte limite de 140 caractères à 280 signes.

Encore mieux (ou pire selon les points de vue) : Twitter a même simplifié la création de "threads", ces successions de messages liés entre eux et permettant de raconter une histoire plus longue ou de développer une pensée complexe. Comme si après des années à pousser chacun à trouver le bon "slogan", la blague courte et percutante, la phrase qui fait le buzz (ou le ramdam), le réseau social voulait favoriser ceux qui ont quelque chose de plus long, de plus complexe, voire de plus intéressant à dire.  140 signes des temps ?

Les youtubeurs sur le terrain

Les vidéastes sur YouTube sont-ils uniquement destinés à faire des blagues en se filmant dans leur chambre ? FAUX ! Certains ont beaucoup fait parler d'eux pour leur travail sur des terrains réservés jusqu'ici aux rédactions et aux journalistes. Exemple avec Le Grand JD en début d'année, auteur d'un reportage à Mossoul en Irak, dans un style qui a sans doute permis à de nouveaux publics, plus jeunes, de découvrir une situation complexe.

Illustration aussi dans l'action humanitaire, avec la mobilisation  de la "Love Army" menée par Jérôme Jarre. Ce dernier a d'abord récolté 60 tonnes de nourriture et de vivres pour la Somalie, en pleine famine, avant de mobiliser d'autres personnalités pour aider les Rohingyas, communauté persécutée de Birmanie. Des mobilisations inédites jusqu'alors, encore maladroite parfois selon les professionnels de l'humanitaire qui ont proposé leur aide sur la gestion de "l'après", suite à une collecte de fonds ou de matériel. Mais des mobilisations rassurantes aussi : le web sait aussi penser à son impact positif sur le monde.

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