Investir massivement dans les énergies propres, diminuer drastiquement l'investissement dans les énergies fossiles... Le constat présenté par l'Agence internationale de l'énergie est sans appel à deux semaines de la COP26 : les États doivent cravacher pour réussir à limiter le réchauffement climatique à 1,5°.

Vue de la raffinerie de Schwedt en Allemagne en mars 2019.
Vue de la raffinerie de Schwedt en Allemagne en mars 2019. © AFP / PATRICK PLEUL / DPA-ZENTRALBILD / DPA PICTURE-ALLIANCE

La conversion de nos sociétés aux énergies renouvelables est en route, mais trop lentement, selon le dernier "World Energy Outlook", l'immense rapport annuel (380 pages !) de l'Agence internationale de l'énergie, publié ce mercredi, à un peu plus de deux semaines d'un évènement majeur pour le climat : la COP26, qui aura lieu le 31 octobre en Écosse. Pour les experts de l'AIE, les changements engagés par les États du monde entier sont insuffisants pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Face à ce constat implacable, ils appellent les chefs d'État et de gouvernements qui seront présents à la fin du mois à Glasgow à faire de la décennie en cours celle du déploiement massif des énergies propres.

Du scénario idéal au scénario catastrophe

Pour ce faire, l'AIE a étudié trois scénarios de production d'énergie et de consommation avec leur impact sur les émissions de CO2, à moyen et long terme. Le premier scénario, "Zéro émission nette en 2050", le plus ambitieux donc celui qui demande le plus d'investissements et de changements, est celui qui permet d'atteindre les objectifs de neutralité carbone en 2050 et la limitation du réchauffement climatique à 1,5° d'ici 2100. Le second, est celui dans lequel "Les États respectent leurs engagements", dans leur totalité et en respectant les délais, mais ne permettent pas d'atteindre le" zéro émission" et l'augmentation des températures ne serait limitée que d'environ 2,1°. Le dernier, "Pas de changement aux politiques actuelles", dresse un tableau où le statu quo serait adopté par les États, sans grand impact sur les émissions de gaz à effet de serre.

L'insuffisante part des énergies renouvelables dans le mix énergétique

Les projections de l'AIE sont sans appel. La part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial doit augmenter. Dans le cas du scénario "Zéro émission nette en 2050", elle progresse de 12% en 2020 à 30% en 2030, pour atteindre ensuite 67% en 2050. Cela sous-entend le développement rapide et massif de la production d'énergie solaire (passant de 1% en 2020 à 20% 30 ans plus tard), hydrolienne et éolienne, mais aussi toute la production de bioénergies.

Mais les scénarios moins ambitieux, et hélas plus proches de ce que sera la réalité si rien n'est fait, montrent le décalage entre les discours de prise de conscience des gouvernants, les actes, et leurs effets. Dans le scénario "Les États respectent leurs engagements", la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial ne dépasse pas les 37% en 2050, et 26% dans le scénario "Pas de changement aux politiques actuelles".

Mettre fin à l'exploitation pétro-gazière

Si la transformation vers une production d'énergie plus verte est engagée, soulignent les auteurs du rapport, bien que trop lente, elle doit s'accompagner impérativement d'une diminution des investissements dans l'exploitation des énergies fossiles. "La baisse rapide des émissions de CO2 est un outil majeur pour limiter le réchauffement climatique, et la marge de manœuvre est à trouver dans les opérations d'exploitations pétrolières et gazières", peut-on lire.

En l'état actuel des choses, avec le scénario "Pas de changement aux politiques actuelles", la part du pétrole dans le mix énergétique devrait passer de 29% à 30% d'ici 2030 et ne diminuer que très légèrement en 2050 (27%). Avec le scénario "Les États respectent leurs engagements", elle n'atteindrait que 22%, alors qu'avec le seul scénario qui permet d'arriver à la neutralité carbone dans les temps, la part du pétrole dégringolerait à 8%.

Même constat pour la part du gaz naturel, encore trop présent dans le mix énergétique mondial dans les deux scénarios de statu quo et d'engagements des états respectés (autour de 20% en 2050). Pour véritablement agir contre le changement climatique et tendre vraiment vers la neutralité carbone, la part du gaz naturel doit coller au scénario le plus ambitieux détaillé par les experts, avec une part qui diminue à 3% dans le mix. 

Plus de nucléaire, mais pas trop

Le nucléaire, dans chaque scénario présenté par l'AIE, ne représente qu'une part mineure de la production d'énergie, mais elle n'en est pas moins indispensable, comme le souligne le rapport : "Après 2030, des technologies avancées dans le domaine de l'énergie nucléaire, comme les petits réacteurs modulaires [ceux-là mêmes dont Emmanuel Macron fait l'éloge dans son plan "France 2030"], permettront au nucléaire de produire avec de faibles émissions." Ces investissements permettraient de combler rapidement, en matière de part du nucléaire dans le mix énergétique, l'écart entre le scénario "Les États respectent leurs engagements" et celui "Zéro émission nette en 2050", en passant de 5% à 11% entre 2030 et 2050.