[scald=108787:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a annoncé mardi de nouvelles mesures contre les dérives extrémistes et le risque terroriste en France, cinq jours après l'épilogue de l'affaire Mohamed Merah, et dénoncé les polémiques "honteuses" qu'elle a suscitées.

Le chef de l'Etat recevait à l'Elysée, pour les remercier, tous les services qui ont participé à la traque de ce tueur de 23 ans, qui se réclamait de la nébuleuse islamique Al Qaïda et a abattu trois militaires, trois enfants juifs et un rabbin en dix jours, à Toulouse et Montauban, avant d'être lui-même tué.

"Je laisse les polémiques à leurs auteurs et ces mêmes auteurs à leurs contradictions. Pour l'heure, il faut agir", a déclaré Nicolas Sarkozy. "Nous avons agi pour mettre un terme à la trajectoire sanglante d'un tueur. Nous devons agir pour que ce parcours reste un drame isolé."

Le président de la République a annoncé une accélération des procédures d'expulsion pour motif d'ordre public. "Les extrémistes jouent de notre formalisme administratif, notre devoir est d'être plus efficace", a-t-il expliqué.

Il a demandé à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de vérifier "de façon approfondie" la situation de toute personne représentant un risque potentiel.

Nicolas Sarkozy a aussi rappelé des mesures déjà annoncées, qui seront examinées par un prochain conseil des ministres, même si elles ne pourront pas être votées avant l'élection présidentielle, dont le premier tour est le 22 avril.

Elles visent notamment à permettre à la police et à la justice d'enquêter "avec les moyens procéduraux de la lutte antiterroriste" sur les sites internet d'appel au djihad et à créer un délit de "consultation habituelle" des sites faisant l'apologie d'actes terroristes ou pouvant aider à en commettre.

FERMETÉ

Le ministre de la Justice, Michel Mercier, a pour sa part été chargé de conduire une réflexion "urgente et approfondie" sur la propagation des idéologies extrémistes en milieu carcéral.

"Les prisons sont là pour protéger les citoyens des éléments les plus dangereux de la société. Elles ne doivent pas devenir le terreau fertile de l'extrémisme", a souligné Nicolas Sarkozy.

Il a par ailleurs réaffirmé qu'il était intervenu "directement" pour empêcher des prédicateurs musulmans réputés pour la violence de leurs propos de venir en France.

Il s'agit de prêcheurs invités à un rassemblement organisé près de Paris par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) début avril, comme Youssouf Al Qaradaoui, dirigeant spirituel des Frères musulmans installé au Qatar, ou Mahmoud Al Masri, salafiste d'origine égyptienne.

"Tous ceux qui ont tenu des propos infamants contre la France ou contre les valeurs de la République ne seront pas autorisés à entrer dans notre pays", a expliqué le chef de l'Etat. "La France n'a pas vocation a accueillir ceux qui profanent ses règles fondamentales."

Il a aussi dit avoir fait interdire une manifestation de "femmes voilées" qui voulaient protester contre la mort de Mohamed Merah - "Nous ne tolèrerons pas sur le territoire de la République de tels agissements", a-t-il expliqué.

Il s'est indigné de ce que le père du tueur, qui vit en Algérie, ait annoncé son intention de porter plainte contre la France pour la mort de son fils.

Nicolas Sarkozy a demandé aux chaînes de télévision qui seraient en possession d'images vidéos tournées par Mohamed Merah sur ses crimes et parvenues à la chaîne qatarie Al Djazira de ne les diffuser "sous aucun prétexte, par respect pour les victimes et par respect pour la République".

PRÉSIDENT ET CANDIDAT

Il s'est félicité de ce que la France n'ait pas cédé à la panique et à la tentation de la vengeance et qu'elle soit restée "unie et rassemblée" pendant ces événements.

Mais sous le président est rapidement réapparu le candidat à un second mandat, qui est reparti en campagne dans la région de Nantes presque aussitôt après cette réception.

"Les opérations de Toulouse étaient à peine terminées que certains allumaient la mèche de polémiques honteuses", a-t-il ainsi déclaré en faisant allusion aux critiques émises par ses opposants sur la gestion de l'affaire Merah.

Nicolas Sarkozy s'adressait à environ 150 personnes - dirigeants et représentants de la police, de la gendarmerie, des renseignements, des pompiers, de la justice, des services médicaux, préfectoraux et logistiques, etc.

Les policiers d'élite du Raid qui ont lancé l'assaut final contre l'appartement toulousain de Mohamed Merah, jeudi dernier, après un siège de plus de 30 heures, étaient venus dans leur tenue noire avec leur chef, Amaury de Hauteclocque.

"En refusant de se rendre après de longues négociations et en tirant à l'arme de guerre sur les hommes du Raid, le tueur savait ce qu'il faisait", a déclaré Nicolas Sarkozy.

"Vous êtes des femmes et des hommes qui font honneur à la France", a-t-il ajouté. "N'écoutez pas les polémiques, vous avez fait votre devoir, vous pouvez être fier de ce devoir.

Edité par Patrick Vignal

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