[scald=64203:sdl_editor_representation]par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy est attendu ce mardi à Bordeaux pour un bilan de la politique du gouvernement en matière de lutte contre la fraude sociale, qui pourrait s'imposer comme un des grands débats de la campagne électorale de 2012.

Thème récurrent dans les discours du chef de l'Etat depuis sa candidature à la présidentielle de 2007, cette politique est revenue sur le devant de la scène sous l'impulsion de la Droite populaire, l'aile dure de l'UMP, sur fond d'aggravation de la crise économique.

Le gouvernement en a repris le flambeau en même temps qu'il donnait un tour de vis fiscal supplémentaire dans le cadre de la lutte contre les déficits.

"Les fraudeurs, c'est un sujet qui monte. C'est normal en cas de crise, et on va mettre le paquet là-dessus", a déclaré un responsable du parti majoritaire sous le couvert de l'anonymat.

Le Parti socialiste y voit une "lutte contre les pauvres" et reproche au gouvernement son échec à lutter contre une fraude fiscale encore plus coûteuse pour les finances publiques.

Le Front national a dénoncé pour sa part lundi par la voix de sa présidente, Martine Le Pen, une "explosion de la fraude sociale liée à une explosion de l'immigration".

A Bordeaux, Nicolas Sarkozy visitera différents services de la Caisse d'allocations familiales de la Gironde avant de rencontrer les responsables du comité départemental de lutte contre la fraude.

Il prononcera ensuite un discours sur la "préservation du modèle social" français et "l'importance de la lutte contre la fraude dans ce domaine".

Il sera accompagné notamment du député UMP des Bouches-du-Rhône Dominique Thian, auteur cette année d'un rapport chiffrant à plus de 20 milliards d'euros par an la fraude aux prestations et cotisations sociales.

Sur ce total, les services de l'administration n'en ont détecté que 458 millions d'euros en 2010.

Le rapport a attribué l'essentiel des 20 milliards de fraudes aux seuls prélèvements, du fait du travail au noir, alors que celles aux prestations (indemnités d'arrêts maladie, allocations familiales, RSA...) ne représenteraient qu'entre 2 et 3 milliards.

FRAUDEURS POTENTIELS

Le ministre du Travail Xavier Bertrand a déclaré ce week-end que la mise en place d'ici la fin de l'année d'un fichier central permettant de croiser les différentes données permettrait de s'assurer d'une "bonne utilisation de l'argent public, de l'argent de la solidarité".

"Lutter contre la fraude, c'est populaire à une condition : c'est qu'on attaque les fraudeurs quel que soit leur statut", a-t-il dit en annonçant en outre un durcissement de la lutte contre les arrêts maladie.

L'idée du fichier central a été défendue cet été par le ministre des Transports Thierry Mariani, chef de file de la Droite populaire, à partir d'une des propositions du rapport de Dominique Thian -membre du même mouvement-, suscitant de vives critiques à gauche où l'on y voit une stigmatisation des plus démunis.

Les députés UMP ont fait depuis voter plusieurs nouvelles dispositions anti-fraude lors de l'examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale 2012.

Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a souligné lundi que l'essentiel du problème tenait aux "fraudes des employeurs qui ne paient pas leurs cotisations".

Le secrétaire régional de la CGT en Aquitaine, Philippe Mediavilla, a interpellé le chef de l'Etat en termes similaires, lui reprochant d'avoir "toujours eu plus d'empressement à stigmatiser les bénéficiaires des prestations sociales comme étant des fraudeurs potentiels qu'à vous intéresser à ceux qui grèvent le plus les comptes sociaux (...), les employeurs".

Se fondant sur un rapport récent faisant apparaître que 4% à 6% des documents d'identité sont des faux, Marine Le Pen a lié de son côté l'"explosion" de la fraude sociale à celle de l'immigration.

"D'une part, les clandestins fraudent pour obtenir des papiers leur ouvrant droit à des prestations sociales, d'autre part des immigrés légaux multiplient les papiers d'identité et touchent ainsi plusieurs fois les prestations sociales", a-t-elle dit dans un communiqué.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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