[scald=107235:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Avant même son épilogue définitif, l'affaire du tueur au scooter de Toulouse a bouleversé la campagne présidentielle en plaçant au coeur de l'actualité les questions du terrorisme et de la sécurité, traditionnellement plus porteurs pour la droite.

Les derniers sondages semblent accréditer la thèse d'un impact de l'affaire Merah en faveur du chef de l'Etat sortant, crédité par une enquête CSA de 30% d'intention de vote pour le premier tour, le 22 avril, contre 28% pour François Hollande.

Nicolas Sarkozy a cependant bénéficié d'un avantage comparatif du fait de la visibilité que lui donne son statut.

Les analystes restent d'ailleurs extrêmement prudents, d'autant que le candidat socialiste est toujours donné largement vainqueur au second tour, le 6 mai.

"Personne ne peut dire sérieusement quel va être le rapport des forces électorales", estime Frédéric Dabi, de l'Ifop, pour qui "l'impopularité structurelle" de Nicolas Sarkozy demeure.

La fragile "unité nationale" affichée au début de la semaine par les candidats a fait long feu.

L'assassinat de sang froid de sept personnes en huit jours par un homme se réclamant d'Al-Qaïda a ramené les thèmes du terrorisme et de la sécurité au coeur d'une campagne dont ils étaient jusqu'ici pratiquement absents.

La droite et son candidat, Nicolas Sarkozy, sont traditionnellement plus à l'aise que la gauche sur ces deux thèmes, qui ne manqueront pas d'imprégner les débats de ces prochaines semaines, estiment les analystes.

"Forcément, tout ce qui s'est passé depuis une semaine modifie le cours des choses", confirme un proche du chef de l'Etat, qui brigue un second mandat.

Les "entourages" des candidats et certains de ces derniers, n'ont pas attendu que Mohamed Merah tombe jeudi sous les balles de policiers venus l'arrêter, pour reprendre leurs attaques croisées.

UNITÉ ET FERMETÉ

Le candidat socialiste "n'a jamais fait de la sécurité une priorité de son projet", a ainsi déclaré le secrétaire général de l'UMP dans une interview au Figaro.

Jean-François Copé accuse aussi François Hollande, les Verts, la candidate du Front national Marine Le Pen et celui du MoDem, François Bayrou, d'essayer d'"instrumentaliser" cette crise. Il reproche notamment au socialiste et au centriste d'avoir mis en cause le climat ambiant, le premier en invitant "ceux qui ont des responsabilités à maîtriser leur vocabulaire", le second en parlant de "crise morale".

"Je trouve ça ignoble", a renchéri le chef de la diplomatie, Alain Juppé sur Europe 1. "Laisser entendre que ce monstre a pu être influencé par la campagne électorale n'a pas de sens".

Le fait que Mohamed Merah ait été connu des services de renseignements français nourrit aussi un début de polémique.

Parmi d'autres, Marine Le Pen a évoqué des "négligences". Et elle a déploré sur France Info le "luxe de précautions" prises, selon elle, par les forces de l'ordre pour le neutraliser.

Réaction de Jean-François Copé : "Je veux mettre en garde tous ceux qui essaieraient de jouer sur les peurs (...), tous ceux qui a des fins politiciennes essaieraient de faire planer un doute sur le bon fonctionnement de nos services de sécurité."

Nicolas Sarkozy a donné un avant-goût de l'usage qu'il pourrait faire de ces événements, dans son intervention de jeudi à la radio et à la télévision, après le dénouement de la crise.

"Le rassemblement et l'unité doivent être notre priorité, la fermeté le moyen au service des valeurs de la République", a-t-il résumé avant d'aller à Strasbourg pour un meeting.

Il est revenu sur cette affaire dès cette réunion publique, la première depuis l'assassinat par Mohamed Merah de trois enfants et d'un rabbin dans une école juive, lundi.

"Tout cela va poser beaucoup de questions", explique un de ses proches. "Il va mettre les débats sur la table et demander à ses concurrents de se prononcer aussi sur ces questions."

AVANTAGE COMPARATIF

Ces dernier jours, François Hollande, s'est efforcé de calquer son attitude sur celle du chef de l'Etat. Il a ainsi assisté à une minute de silence dans une école mardi et à l'éloge rendu mercredi à Montauban par le chef de l'Etat aux trois militaires de confession musulmane tués par Mohamed Merah.

Jeudi, il a aussi rendu hommage aux forces de l'ordre et évoqué la nécessaire fermeté contre l'extrémisme.

"Cette épreuve rappelle que la lutte contre le terrorisme est un combat de tous les instants et ne peut admettre aucun relâchement ni aucune faiblesse", a-t-il dit. "La République est toujours la plus forte (...) Elle sait se dresser sans rien perdre de ses valeurs contre ses pires adversaires."

Le président et son adversaire socialiste avaient annoncé lundi la suspension de leur campagne, contrairement à d'autres candidats, comme celui du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon, qui ont refusé de joué ce jeu. Mais la campagne "a continué par d'autres moyens", juge François Bayrou.

Face au relatif effacement de ses principaux adversaires, réduits au rôle d'observateurs, Nicolas Sarkozy n'a pas eu vraiment à forcer le ton : il lui a suffit de réendosser le statut de chef de l'Etat, à la fois aux commandes des forces de l'ordre et garant de la cohésion nationale.

C'est aussi lui qui a annoncé jeudi une répression accrue de l'extrémisme, bien que son quinquennat soit finissant et la session parlementaire suspendue.

Avec Yann Le Guernigou et service France, édité par Marc Joanny

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