Réagissant à l'annonce d'un couvre-feu dans neuf grandes métropoles dont Paris, Jean-Luc Mélenchon s'est précipité en tweetant : contrairement à ce qu'il avance, les contaminations n'ont pas lieu à 60% dans les écoles ou au travail.

Jean-Luc Mélenchon, à l'Assemblée nationale en septembre 2020.
Jean-Luc Mélenchon, à l'Assemblée nationale en septembre 2020. © AFP / Thomas Coex

Près de 25.000 retweets, 60.000 likes. En réaction à l'annonce, par Emmanuel Macron, de l'instauration d'un couvre-feu à Paris, en Île-de-France et huit autres métropoles françaises, le chef de file des Insoumis à l'Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon, s'est fendu d'un message sur Twitter reprochant à l'exécutif d'interdire aux Français les sorties dans les bars et les restaurants. "Bienvenue en Absurdie", écrit l'ancien candidat à la présidentielle, dans un message massivement partagé depuis.  

Mais ce tweet, sans doute envoyé dans la précipitation, comporte deux erreurs. La première, factuelle et presque dérisoire, sur les horaires du couvre-feu : de 21h (et non 20h) à 6h du matin. La seconde, en revanche, est plus embarrassante. 

En effet, Jean-Luc Mélenchon avance (et il n'est pas le seul) l'argument suivant : "60 % des contaminations ont lieu au travail ou à l'école ou à l'université entre 8h et 19h." Cela revient à dire que le couvre-feu est une mesure vouée à l'inefficacité dans la mesure où, à en croire ce chiffre, la majorité des contaminations se feraient en dehors du laps de temps visé par le couvre-feu. Sauf qu'il est faux. 

Confusion et pourcentages

En réalité, d'après le dernier bulletin épidémiologique de Santé publique France (8 octobre), parmi les clusters (là où au moins trois cas confirmés ou probables ont été identifiés dans un délai sept jours) identifiés depuis le 9 mai, ceux qui se situent dans le milieu professionnel et le milieu scolaire représentent plutôt un peu moins de la moitié (46%) du total des foyers de contamination repérés. Quant aux clusters en cours d'investigations, ces même milieux représentent 55,3 % – chiffre qui se rapproche le plus de celui avancé par Jean-Luc Mélenchon. Il faut, au passage, souligner le manque de précisions dans les catégories proposées par les autorités sanitaires : on peut classer beaucoup de choses dans la catégorie "entreprises publiques et privées". 

De plus, ce chiffre ne représente qu'une petite partie des contaminations totales en France. Comme l'a rappelé sur France Inter jeudi matin Aurélien Rousseau, le directeur de l'Agence régionale de Santé d'Île-de-France, les clusters en entreprises, dans les écoles ou universités représentent certes "une part importante" mais sont "des situations rapidement sous contrôle". Au contraire des bars ou des restaurants : s'il n'y a pas ou peu de clusters identifiés dans ces établissements, c'est parce qu'on n'arrive pas à les identifier. "Dans un bar, on est à côté de personnes qu’on ne connaît pas et l'on contamine des personnes que l’on ne connaît pas. (...) Nous avons là un angle mort dans notre politique de repérage." 

Au global, les clusters en entreprises et milieu scolaire ne représentent "que 10% des contaminations" totales en France, a affirmé le directeur de l'ARS Île-de-France sur France Inter. Ce chiffre est également avancé par le ministre de la Santé, Olivier Véran, dans une réponse adressée à Jean-Luc Mélenchon. 

"Il n'y a pas d'indicateur parfait"

De plus, si l'on compare le nombre de cas positifs qui font la totalité des clusters (tous milieux confondus, Ehpad et EMS comptés) au 8 octobre face nombre de cas confirmé au niveau national à cette même date (671.638 cas, d'après Santé publique France), ces cas comptabilisés dans les clusters représentent environ 15 % des contaminations totales en France, depuis le début de l'épidémie. Autrement dit, dans la majorité des cas, on ne sait pas précisément comment le virus a été transmis.  

Ce n'est d'ailleurs pas le but des brigades de contact-tracing qui enquêtent sur les foyers de contamination, rappelle à France Inter Michèle Legeas, enseignante à l'école des Hautes études de Santé Publique de Rennes : "La liste des questions est fermée et on ne peut faire ressortir que certains lieux où ces cas ont été regroupés. C'est une vision partielle de ce qui se passe en terme de transmissions."

"Un seul indicateur ne suffit pas pour saisir la complexité des contaminations (...) d’autant plus quand les indicateurs sont imparfaits", souligne enfin sur Twitter Maxime Gignon, chef du pôle préventions, risques et épidémiologie au CHU d'Amiens. "Tracer des contacts, c’est complexe. Identifier le moment où ils ont pu se contaminer l’est encore plus : le midi au restaurant, du personnel ? Le soir quand ils sont allé boire un verre? Le week-end, avec les cousins ? (...) Il n’y a pas d’indicateur parfait. Méfiez-vous de ceux qui les instrumentalisent." 

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