Beaucoup d'internautes ont partagé des photos de véhicules militaires sur les réseaux sociaux, indiquant qu'ils convergeaient vers Paris pour appliquer un "couvre-feu". C'est faux. Faisons le point sur le réel rôle de l'Armée dans cette crise du coronavirus.

Beaucoup d'images montrent des véhicules militaires converger vers Paris. Ces photos n'ont rien à voir avec le Covid-19 et la mise en place du confinement.
Beaucoup d'images montrent des véhicules militaires converger vers Paris. Ces photos n'ont rien à voir avec le Covid-19 et la mise en place du confinement. © Radio France

Avant (et après) les annonces d'Emmanuel Macron à propos de la restriction des déplacements des Français au strict minimum, des images de blindés de l'Armée circulant sur une autoroute d'Île-de-France ou dans des rues ont circulé sur les réseaux sociaux et les messageries privées. Elles montrent en particulier des véhicules de l'Armée censés converger vers la capitale, Paris, pour faire appliquer les mesures de confinement et les restrictions importantes de déplacements précisées par le ministre de l'Intérieur lundi soir pour limiter le développement du coronavirus. Sauf qu'il n'en est rien.  

"Photo prise par un taxi, les meilleurs informés"

Sur ces différents clichés ou séquences vidéos qui circulent, deux images ressortent principalement. La première est une photographie prise sur l'autoroute A86 au nord-est de Paris. Comme l'a montré AFP Factuel, la cellule de vérification des faits de l'AFP, cette photographie (et le déplacement de véhicules blindés qu'elle montre) n'a rien à voir avec l'épidémie de coronavirus. 

"Ces véhicules étaient stationnés sur un camp d'entraînement à Biscarosse (Landes) et on les a ramenés sur la base de Monthléry (Essonne)", explique l'entreprise Dom'Azur transports, propriétaire du camion convoyant les blindés. 

Le porte-parole du ministère des Armées confirme qu'il s'agissait d'un déplacement "prévu de longue date" et que ces deux véhicules appartenaient bien "au 121ème régiment du train de Monthlery qui rentraient d’un stage de conduite sur sable organisé à Biscarosse au profit des conducteurs de ce régiment qui seront engagés dans quelques semaines au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane". 

"L'armée arrive par Charenton"

La seconde image très partagée est celle d'une file de camions de transport de l'Armée,  photographiés à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), près de Paris. Mais rien à voir avec une mobilisation de l'armée pour le confinement. 

Là encore, le ministère des Armées explique : "Les camions vus à Charenton appartiennent à un mouvement logistique sans lien avec la crise du coronavirus. L’armée de Terre continue à dérouler ses activités opérationnelles liées à la réalisation de ses missions prioritaires. Ce qui inclut des déplacements limités".

Lundi, le ministère des Armées a par ailleurs précisé que le décret 2020-251, publié le 13 mars, n'avait aucun rapport avec la mise en place d'un confinement. Il était pourtant avancé par beaucoup d'internautes comme "une preuve".  "Préparé depuis des mois, ce décret est une mesure d’application de la loi de transformation de la fonction publique promulguée le 6 août 2019. Il n’a absolument aucun lien avec le Covid-19. (...) Il précise la situation administrative des militaires qui servent - temporairement - en dehors du ministère des Armées, pour les besoins du ministère des Armées", détaille un communiqué. 

Par ailleurs, Le Monde rappelle que "le concours des armées ne peut être requis pour des missions de sécurité intérieure et de sécurité civile que lorsque les autres moyens des administrations ‒ y compris ceux de la gendarmerie nationale ‒ s’avèrent inexistants, insuffisants, inadaptés ou indisponibles".

Lundi soir, Christophe Castaner a précisé la façon dont les mesures de confinement allaient être appliquées mais n'a, à aucun moment, évoqué la mobilisation de l'armée. Le dispositif de contrôle, "sur des points fixes et mobiles", mobilisera "plus de 100.000 policiers et gendarmes", a détaillé le ministre de l'Intérieur. Dans son discours, les mots "militaires" et "armée" n'apparaissent à aucun moment. 

L'armée mobilisée, mais pour tout autre chose

Dans les faits, l'Armée française est tout de même mobilisée par la crise du Covid-19 mais sur un plan purement sanitaire. Le président de la République l'a annoncé lundi : un hôpital de campagne du service de santé des Armées sera déployé dans les jours à venir en Alsace. Il s'agit d'une structure sous tente de 30 lits, "un élément militaire de réanimation", selon les informations de France Inter.

"Ce matin même, des hélicoptères du service de santé des Armées sont en train de commencer le transfert, l'évacuation de malades graves, jeunes, pour les envoyer dans d'autres hôpitaux, dans des régions où nous avons de la place", a par ailleurs détaillé Olivier Véran, ministre de la Santé, mardi sur France Inter. Il évoque là le module Morphée, service de réanimation volant de l'armée de l'Air.

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