2010 n’est pas si loin, et pourtant. En dix ans, certaines habitudes et certains objets du quotidien ont été remplacés par d’autres, jusqu’à disparaître quasi-intégralement. Un article à lire en mangeant des madeleines (de Proust).

Capture d'écran d'une publicité Apple pour l'iPod nano (2009).
Capture d'écran d'une publicité Apple pour l'iPod nano (2009). © Apple

Les vidéo-clubs

Vous y avez passé des heures, à lire les jaquettes des DVD, à l’affût des nouveautés, à préparer votre soirée du dimanche soir. Une fois le film terminé, vous alliez le glisser dans la boîte “retours” prévue à cet effet. En 1990, les Français louaient 25 millions de vidéos par an. En 2002, l’enseigne Vidéo Futur compte plus de 400 magasins dans l’Hexagone. Dans cette vidéo d’avril 2010, le gérant d’un magasin de Toulouse présente “certainement le magasin où on vous proposera le plus grand choix de DVD et de Blu-ray, à un tarif unique”. 

Mais depuis l’avènement du streaming, du téléchargement illégal et de Netflix, les vidéo-clubs ont peu à peu déserté le paysage français. Leur déclin a commencé dans les années 2000 et a continué inexorablement dans la dernière décennie. Récemment, en 2017, le Vidéo Futur de Pont-à-Mousson en Meurthe-et-Moselle a fermé ses portes définitivement. “La vraie crise, on l’a ressentie dans les années 2012-2013”, explique le gérant à l’Est Républicain.  

À Saint-Dié-des-Vosges, l’enseigne a fermé en début d’année. À Besançon, le “dernier video-club de Franche-Comté” a baissé le rideau en octobre 2018. Malgré tout, une poignée d’irréductibles pourraient bien survivre au passage à la décennie 2020 : le Vidéo Futur de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, celui d’Alès dans le Gard, le “Dan Video” du Louroux-Bottereau près de Nantes ou encore “Les petites fugues” à Strasbourg. Avis aux nostalgiques. 

Le BlackBerry

“On s’écrit sur BBM ?” Si vous avez possédé un BlackBerry dans les années 2010, vous avez forcément prononcé cette phrase. “BBM” ou BlackBerry Messenger, l’appli de messagerie instantanée exclusivement disponible sur BlackBerry, a définitivement arrêté de fonctionner le 31 mai 2019. Elle était pourtant pionnière dans le genre, créée en 2005 avant Whatsapp (2009) et Facebook Messenger (2011). Mais au cours de la dernière décennie, BlackBerry, cet attachant téléphone au clavier “azerty”, présenté au départ comme le portable des businessmen et devenu finalement le cellulaire convoité par toute une génération, est progressivement tombé dans les oubliettes de la société. 

Un BlackBerry Curve, l'un des modèles à succès du constructeur
Un BlackBerry Curve, l'un des modèles à succès du constructeur © Getty / Getty/BlackBerry

Comme l’explique Business Insider, à la fin 2016, il s’est vendu plus de 431 millions de smartphones dans le monde. La part de BlackBerry dans tout cela ? 207 900 exemplaires, soit… 0,04% de part de marché. En 2017, la marque sort un nouveau modèle, le Key, qui fonctionne sous Android, et son chiffre d’affaires repart légèrement à la hausse. Un succès qui n’égalera jamais celui du célèbre Curve, l’un des modèles emblématiques de BlackBerry.

Les Skyblog

Attention, boîte de Pandore. Nous vous parlons d’un temps que les plus de 30 ans ne peuvent pas connaître ; un temps où xXx-b0g0$$3-dù-27-xXx était un pseudonyme acceptable. Où l’on pouvait lire que “lά vÏε [ع]sт βεllε” et que “ParceQue danS Un mOnDe en nOir et BlanC,SeuleS leS etOileS sOnt en cOuleur”, et où l’on partageait ses états d’âmes en incitant ses amis à “lâcher un cOmm’s”. Skyblog, capsule temporelle de ce qu’étaient les Internets dans les années 2000, tombé dans l’oubli dès lors que Facebook s’est imposé dans nos relations sociales. 

Début 2010, la plateforme (renommée Skyrock en 2007) a déjà perdu du terrain, mais compte encore 30 millions de blogs, et continue à en gagner au cours de l’année, jusqu’à 31,7 millions en octobre 2010. Ce chiffre va ensuite décliner, pour tomber à 29,5 millions en 2014, 27 millions en 2015, et 23,7 millions en 2017. Ce qui reste néanmoins conséquent, mais l’explication est simple : si certains internautes ont supprimé leurs comptes, contrairement à d’autres sites, Skyrock n’a jamais désactivé les blogs abandonnés. En 2019, on peut donc toujours tomber sur ceci : 

Capture d'écran d'un Skyblog.
Capture d'écran d'un Skyblog. / DR
Capture d'écran (anonymisée) d'un Slyblog.
Capture d'écran (anonymisée) d'un Slyblog. / DR

Si vous voulez retrouver la prose de votre adolescence, vos plus belles “PiiiiiX” et vos souvenirs de “BestàH sistàH”, le moteur de recherche de Skyblog est juste ici

Les appareils photo numériques

Alors que le Polaroid revient en force et que les smartphones s’équipent de lentilles photographiques toujours plus élaborées, au milieu de ces deux tendances surnage un naufragé de la technologie : le compact numérique. Il nous aura bien accompagné pourtant, fidèle pendant de longues années, peu coûteux, facile à ranger dans un sac à main ou une valise. Mais la suprématie des réseaux sociaux, Instagram en tête, a rendu l’exercice de la photo amateur plus propice aux smartphones : vite photographié, vite retouché, vite mis en ligne. Résultat, en 2014 déjà, le Financial Times révélait dans une étude que les ventes d’appareils photo numériques avaient chuté de 60% en deux ans. 

2012.
2012. © AFP / J-C.&D. PRATT / PHOTONONSTOP

Entre 2012 et 2014, le nombre de compacts vendus est passé de quasiment 78 millions par an à seulement 26,5 millions. Globalement depuis 2010, les ventes ont chuté drastiquement, pour tomber à seulement neuf millions en 2018. 

Le téléphone fixe

Qui utilise encore son téléphone fixe à la maison ? De moins en moins de monde, à en croire cette étude de l’Arcep (l’autorité de régulation des télécoms) : début 2019, les appels passés depuis des lignes fixes étaient en forte baisse, de -15% à -20% par rapport au premier trimestre 2018. 

Des téléphones fixes en vente dans une boutique française (2008).
Des téléphones fixes en vente dans une boutique française (2008). © AFP / Alain Le Bot / Photononstop

Et ce déclin ne fait que s’accentuer depuis plusieurs années. Conséquence : depuis novembre 2018, il n’est plus possible d’installer une ligne fixe dans un nouveau logement sans passer par une box au préalable. Cette mesure entre dans le processus de disparition du RTC, le réseau téléphonique commuté. Déployé dans les années 80 en France, le RTC passe par une prise téléphonique murale, la fameuse “prise T”. Si votre fixe fonctionne toujours avec ce système, sachez qu’il disparaîtra progressivement à partir de 2023, date à laquelle les premières lignes seront coupées. La suppression du RTC devrait durer jusqu’en 2030, suivant les zones territoriales. À noter que les fax, toujours utilisés en entreprise, sont également concernés, mais une grande majorité d’entre eux fonctionne déjà sans prise murale. 

Les cabines téléphoniques

Suite logique du déclin de la téléphonie fixe, les cabines téléphoniques ne sont aujourd’hui plus qu’un vestige. Selon BFMTV, elles ne serait plus que 100 encore en état de marche dans tout l’Hexagone, contre 300 000 dans les années 90. Les “survivantes” sont situées en zones blanches, à des endroits où le téléphone portable ne passe pas. Mais presque plus personne ne les utilise : en 2018, leur temps moyen d’utilisation était de… 28 secondes. Sur la France entière, l’utilisation des cabines a chuté de 95% entre 2010 et 2013.

L'une des dernières cabines téléphoniques de France, en 2017 dans la zone blanche de Chazelles-sur-Lavieu (Loire)
L'une des dernières cabines téléphoniques de France, en 2017 dans la zone blanche de Chazelles-sur-Lavieu (Loire) © AFP / Philippe Desmazes

Comme l'explique Le Parisien, c’est en 2015 que l’arrêt de mort des cabines téléphoniques a été entériné, dans un article de la “loi Macron” libérant Orange de son obligation de service universel, soit le fait d’entretenir le parc de cabines téléphoniques dans toute la France. Aujourd’hui, il est cependant toujours possible d’en apercevoir dans la rue, certaines cabines ayant été transformées en bibliothèques, comme ici à Troches, en Normandie. 

Les GPS “ventouse”

Faites demi-tour immédiatement.” Cette voix calme et mielleuse qui vous annonce que non, il ne fallait pas prendre la troisième mais la quatrième sortie au rond-point, vous la connaissez, c’est elle qui vous accompagne lorsque vous prenez la route. Si vous possédez une voiture récente, cette voix de GPS sort très probablement de votre voiture elle-même, intégrée au système de navigation. Mais souvenez-vous des débuts du GPS : un petit boîtier rectangulaire, à “ventouser” sur son pare-brise, tantôt au centre, tantôt sur le côté, et à brancher à l’allume-cigare. Qui ne s’est jamais contorsionné pour voir la route dissimulée par cet objet qui nous obstruait la vue ? 

Un GPS "indépendant", 2014.
Un GPS "indépendant", 2014. © Getty / Arterra

Lancé en 2004, le TomTom GO, premier GPS grand public, fait un tabac et est rapidement rejoint par des marques concurrentes. Mais ce succès ne dure qu’un temps : comme avec les autoradios auparavant, les constructeurs de voiture ne tardent pas à s’approprier la technologie GPS pour l’intégrer directement dans le système de conduite. Aujourd’hui, l’écrasante majorité des modèles de voiture propose un GPS embarqué. En outre, les applis pour smartphone (Google Maps et Waze, pour ne citer qu’eux) ont achevé de creuser la tombe des GPS “ventouse”. Et pour boucler la boucle, les fabricants de GPS ont progressivement stoppé les mises à jour sur leurs modèles “détachables”, les rendant inutilisables.

L’iPod

Manger, puis être mangé. Dure loi de l’évolution : après avoir grignoté les parts de marché du MP3 dans les années 2000, l’iPod s’est fait engloutir par son grand frère l’iPhone et, globalement, par tous les smartphones. Il était pourtant l’accessoire incontournable des jeunes, l’objet qu’il fallait à tout prix avoir pour être branché, et les médias s'accordaient à en parler comme d’une “révolution musicale”. Mais le temps a passé depuis 2001 et la “keynote” de Steve Jobs dans laquelle il révèle le tout premier iPod. 

Présentation des nouveaux modèles d'iPod, 2011.
Présentation des nouveaux modèles d'iPod, 2011. © AFP / KEVORK DJANSEZIAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

En 2014, Apple annonce l’arrêt de la commercialisation de l’iPod classic, 13 ans donc après sa naissance. En 2017, ce sont les iPod nano et shuffle, et leur éventail de couleurs vives, qui disparaissent. Et en juin 2019, c’est le logiciel iTunes, passage obligatoire pour synchroniser ses iPods, qui ferme boutique, victime de la concurrence du streaming audio. Il est remplacé par Apple Music. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un seul modèle d’iPod touch, dont un nouveau modèle a été mis sur le marché en mai dernier, le premier depuis quatre ans. Un iPhone sans téléphone, en somme. Cadeau pour les nostalgiques : cette vidéo compile toutes les publicités iPod sorties entre 2001 et 2012.

iPods, DVDs, appareils photos, GPS : au final, si ces objets ont aujourd'hui disparu de notre quotidien, c'est tout simplement parce que leurs fonctions ont été absorbées par un seul et même objet : le smartphone. Un condensé de services, qui propose à la fois de regarder des films, d'écouter sa musique, de téléphoner, de se diriger, de prendre des photos. Qu'en sera-t-il en 2029 ? Rendez-vous dans dix ans.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.