Un nouvel outil post-#metoo pour accompagner la libération de la parole des employés, victimes ou témoins de violences et de discriminations, arrive cette semaine sur les plateformes de téléchargement en France et s’installe dans certaines entreprises.

Un nouvel outil pour accompagner la libération de la parole des employés arrive cette semaine sur les plateformes de téléchargement en France et s’installe dans certaines entreprises
Un nouvel outil pour accompagner la libération de la parole des employés arrive cette semaine sur les plateformes de téléchargement en France et s’installe dans certaines entreprises © Getty / olaser

L’application #NotMe sonne comme la traduction dans le monde de l’entreprise, de la vague de dénonciations des violences faites aux femmes #MeToo, lancée aux États-Unis en 2017. "‘Not Me’ car je ne serai plus victime, je ne serai plus témoin sans rien dire, et je ne serai plus une entreprise qui tolère ces agissements" détaille Ariel Weindling, avocat franco-américain spécialiste du droit du travail.

Début 2018, il lance l’application dans son pays d’adoption, les États-Unis, et invente ce chaînon manquant, un endroit sécurisé dans lequel les employés peuvent venir s’exprimer. "Se rendre au service des ressources humaines, la boule au ventre, quand on est victime ou témoin de violences, ce n’est pas facile" explique-t-il.

Des témoignages anonymes envoyés en temps réels à l’entreprise

Les entreprises clientes, une quarantaine aux États-Unis, distribuent à leurs salariés un QR code pour accéder à l’application. Ils peuvent ensuite remplir un rapport en répondant à des questions simples : de quel type d’agression s’agit-il, qui, quoi, où, comment ? Le témoignage, anonyme ou non, est envoyé en temps réel aux personnes référentes (DRH, chargé de l’égalité, …). L’application permet de prendre contact avec l’employé sous forme de chat, de messagerie instantanée. Alors est-ce que cela suffit pour faire réagir l’entreprise ? Ariel Weindling en est convaincu : "L’employeur ne pourra pas dire qu’il ne s’avait pas et sera face à ses responsabilités." Un moyen de pression puisque les salariés gardent une preuve de leur témoignage.

Sir l'application, les salariés peuvent remplir un rapport en répondant à des questions simples : de quel type d’agression s’agit-il, qui, quoi, où, comment ?
Sir l'application, les salariés peuvent remplir un rapport en répondant à des questions simples : de quel type d’agression s’agit-il, qui, quoi, où, comment ? / #NotMe

Un outil de prévention avant l’escalade des violences

Le premier objectif de l’application #NotMe est d’éviter qu’une situation professionnelle devienne toxique. "Les choses ne vont pas de 0 à 100, ça commence par une blague un peu lourde, des micro-agressions", et c’est à ce stade qu’il faut agir selon Ariel Weindling.

L’outil a séduit des entreprises de haute technologie aux États-Unis, souvent ciblées par des affaires de violences sexuelles. En France, #NotMe pousse les portes des agences de publicité et de communication comme l’agence McCann, accusée en 2019 par le collectif Les Lionnes de ne pas avoir pris de mesure contre un des dirigeants accusé de harcèlement. Mais l’application plait aussi aux écoles françaises de commerce, d’ingénierie et de sciences politiques, rajoute Ariel Weindling, elles aussi sous le feu des critiques, à l’image de Sciences-Po avec le hashtag #SciencesPorcs (qui dénonçait des comportements sexistes, voire des agressions sexuelles et des viols).