À pied, à vélo ou sur les centaines de tracteurs présents, les opposants ont pris d'assaut le boulevard périphérique de Nantes pour protester contre le projet d'expulsion d'agriculteurs du site du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

Après le départ de la plupart des manifestants à pied et à vélo, plusieurs agriculteurs ont toutefois refusé de dégager le périphérique nantais (au niveau du pont de Cheviré, qui traverse la Loire) tant que François Hollande n'aurait pas annulé les procédures d'expulsion (ce qu'il ne peut pas faire, au nom de la séparation des pouvoirs). Entre 80 et 100 tracteurs comptaient passer la nuit sur place pour empêcher les accès au pont mais ils ont été évacué en fin de soirée par les forces de l'ordre , qui ont utilisé canons à eau et gaz lacrymogènes pour pousser les plus récalcitrants à lever le camp.

"La garantie donnée par les organisateurs de quitter le périphérique en fin d'après-midi n'a pas été respectée" , a dit la préfecture de la Loire-Atlantique dans un communiqué, pour justifier l'évacuation du pont de Cheviré.

Mercredi, le tribunal de grande instance doit se pencher sur plusieurs demandes d'expulsion. Aéroports du Grand Ouest (AGO), filiale du groupe Vinci concessionnaire du projet d'aéroport, entend en effet réclamer au tribunal de grande instance de Nantes l'expulsion de paysans installés sur cette "zone d'aménagement différé" (ZAD) devenue "zone à défendre".

Cette audience devait se tenir entre les deux tours des élections régionales de décembre mais a été ajournée après la conclusion d'un accord entre le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts (EELV) sur la réalisation d'une "étude indépendante" sur l'optimisation de l'actuel aéroport de Nantes.

Aucun débordement lors de la manifestation

La défaite du vice-président PS sortant Christophe Clergeau, battu par Bruno Retailleau (Les Républicains), a rendu caduc cet accord. Les opposants au projet réclament aujourd'hui au chef de l'Etat, François Hollande, une table ronde et la réalisation de cette même "étude indépendante", qui permettrait selon Julien Durand, figure du mouvement, de prouver la nocivité et l'inutilité du projet.

À partir de là, l'abandon de Notre-Dame-des-Landes coulera de source...

La demande d'expulsion des paysans fait suite au rejet, en juillet 2015, des recours environnementaux des opposants au projet d'aéroport.

Ceux-ci estiment toutefois qu'une expulsion serait contraire aux engagements du gouvernement , qui a subordonné selon eux en 2014 la construction de l'aéroport à l'extinction des recours en justice, y compris ceux en appel et les pourvois en cassation.

Quelque 7.200 marcheurs, 1.600 cyclistes et 350 tracteurs, selon la police, 20.000 manifestants et 400 tracteurs selon les organisateurs, ont défilé samedi sur le périphérique de Nantes pour s'y opposer, tout en évitant soigneusement la ville elle-même. Les organisateurs souhaitaient en effet "préserver de toute tentation" les opposants les plus radicaux au projet. Lors des deux précédentes manifestations, des casseurs avaient commis d'importantes dégradations.

Nicolas Hulot demande l'abandon du projet

Dans un entretien au journal Le Monde, l'ex-envoyé spécial de France Hollande pour la protection de la planète estime lui aussi quele projet d'aéroport n'a pas lieu d'être , en particulier après l'accord historique sur le climat à la COP21.

C'est la preuve que nous n'avons pas encore intégré qu'il y a des projets auxquels il va falloir renoncer [après la COP21].

L'écologiste reconnaît un différend de longue date sur le sujet avec François Hollande, mais observe toute de même que "jusque-là, le projet d'aéroport ne s'est pas fait". "Maintenant je reprends ma casquette d'ONG, et je serai plus attentif", promet Nicolas Hulot.

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