Le 8 mars dernier, nous recensions 17 faits sexistes survenus durant les deux premiers mois de l'année. L'an 2019 écoulé, on constate que le rythme de ces événements, des plus anecdotiques aux plus graves, n'a pas décru.

L'une des pancartes de la marche "Nous toutes" de novembre 2019 dans l'agence publicitaire féministe "Mad and women"
L'une des pancartes de la marche "Nous toutes" de novembre 2019 dans l'agence publicitaire féministe "Mad and women" © Maxppp / Sadak Souici / Le Pictorium

Des kits de couture offerts par la CGT aux femmes, une photo de dirigeants de HEC et Polytechnique ne comptant que des hommes, ou une journée internationale des droits des femmes transformée en journée pour "célébrer la beauté des femmes" : le 8 mars dernier, nous avions établi une liste de 17 choses sexistes que l'on avait déjà pu voir, sur Internet, dans l'actualité ou dans la vie quotidienne, dans les deux premiers mois de l'année.

Fin 2019, la situation s'est-elle améliorée ? La réponse semble claire : non. Malgré des efforts menés par des organisations, malgré la libération de la parole des femmes, malgré une volonté affichée des pouvoirs publics d'affronter frontalement la question, entre les grandes affaires de prises de parole sexistes, les nombreux faits de harcèlement dénoncés, et les encore trop nombreux cas de sexisme ordinaire dans la publicité et les médias, nous avons pu recenser 100 faits sexistes.

Une liste loin d'être exhaustive : nous n'avons, par exemple, sélectionné qu'une infime partie des cas pointés du doigt régulièrement par le compte Twitter Pépite Sexiste ou par l'association Osez le féminisme. Et nous n'avons pas inclus les plus de 120 féminicides commis au cours de l'année.

Les sorties sexistes remarquées

Elles ont été nombreuses cette année, à commencer par celle de l'écrivain Yann Moix qui, avant de faire polémique pour son roman Orléans à la rentrée littéraire, s'est distingué dans la catégorie des prises de parole sexistes dans une interview pour le journal Marie-Claire

Aimer une femme de 50 ans ? Ça, ce n’est pas possible. Je trouve ça trop vieux. […] Elles sont invisibles. Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout.

Une position assumée, et répétée sur les plateaux télé, qui lui a valu de très nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, certaines avec beaucoup d'humour. 

Autre sortie sexiste remarquée, celle de la journaliste Julie Graziani dans un débat sur LCI : réagissant aux images d'une mère de famille au Smic qui interpellait Emmanuel Macron, elle déclare : "Qu'est-ce qu'elle a fait pour se retrouver au Smic ? Est-ce qu'elle a bien travaillé à l'école, est-ce que elle a fait des études ? Et puis si on est au Smic, il ne faut peut-être pas non plus divorcer dans ces cas-là." Une déclaration qui lui a valu de nombreuses réactions, dont celle de la secrétaire d'État à l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa, ainsi que la fin de sa collaboration avec le magazine L'Incorrect

Cet été, le Dalaï-Lama a aussi été pointé du doigt dans l'actualité pour avoir déclaré que si son successeur pouvait être une femme, elle devrait être "attirante". Et alors que la militante Greta Thunberg et ses prises de parole ont suscité de vives réactions, l'attaquant sur son âge ou sur son autisme notamment, celle de Bernard Pivot sur Twitter s'est distinguée par son sexisme : 

Côté politique, le sénateur RN Stéphane Ravier fait un doublé : il cumule deux plaintes pour "injure sexiste". La première proférée à l'encontre de l'élue EELV Lydia Frentzel qui l'invitait à le retrouver dans les 13e et 14e arrondissement de Marseille - en vue des prochaines élections municipales : "Au même hôtel, même jour, même heure". Une passe d'armes qui lui a valu d'être la cible de plus nombreuses attaques encore. La seconde plainte a été déposée par la sénatrice PS Samia Ghali, qu'il a qualifiée de "point G de Marseille".

Harcèlement et violences

Au-delà des mots, le sexisme s'est aussi traduit sous la forme d'actes, de témoignages, de délits et de crimes. La firme Uber a reconnu, en décembre, que des viols et agressions sexuelles avaient lieu dans ses VTC. Si le chiffre de 500 viols et 6 000 agressions sexuelles donné par l'entreprise s'applique aux États-Unis, en France, de très nombreux témoignages, et des plaintes de plus en plus nombreuses, ont valu à des représentants de Uber d'être reçus par Marlène Schiappa pour tenter de trouver des solutions pour renforcer la sécurité de ses utilisatrices.

Dans le milieu du cinéma, l'affaire Roman Polanski a rebondi : à quelques jours de la sortie de son film J'accuse (l'histoire d'un acharnement contre un capitaine innocent), le cinéaste a été visé par de nouvelles accusations de viol par la photographe Valentine Monnier. Il a été défendu par une partie de la sphère culturelle et notamment par l'actrice Nadine Trintignant qui a même porté une accusation contre Valentine Monnier : "J’ai tendance à croire Roman Polanski plutôt qu’une femme qui a mis quarante-quatre ans avant de le dénoncer". Elle a par la suite présenté ses excuses.

Sur Internet, le harcèlement n'a pas désempli. En février 2019, un article de Libération avait permis de mettre au jour les agissements de la Ligue du LOL, groupe qui comptait des femmes parmi ses principales victimes de harcèlement. Si les groupes de la Ligue du LOL n'étaient plus actifs depuis plusieurs années, les groupes "Femmes Indignes", visés par la justice, comptent plusieurs dizaines de milliers de membres et rouvrent sous un nouveau nom presque systématiquement chaque fois que Facebook parvient à les faire fermer : les femmes y sont qualifiées de "LV", pour "lave-vaisselle" ou "lave-verge".

Enfin, début septembre, l'INA a exhumé une glaçante vidéo extraite d'un journal télévisé de 1975 dans lequel des hommes affirment sans aucun scrupule battre leur femme. "Personnellement je ne bats pas la mienne, bien que parfois j'en aie envie", "Des petites gifles, quatre fois rien", "Il y a des femmes qui aiment ça par habitude, et il y en a qui ne sont pas battues parce qu'elles n'ont pas besoin d'être battues", peut-on entendre. Il y a moins d'un demi-siècle.

Celles et ceux qui ont tenté... mais peuvent mieux faire

Malgré des progrès et des tentatives de lutter contre le sexisme, la situation a du mal à évoluer. Ainsi, en septembre, le gouvernement a signé une charte avec des fabricants et distributeurs de jeux et jouets pour mettre fin aux jouets trop genrés ou "excluants". Mais ce n'est pas pour cette année : la charte ne s'appliquera que l'an prochain. Résultat : fin 2019 les rayons jouets étaient encore tout bleus pour les garçons, tout roses pour les filles, avec camions de pompiers d'un côté et poupées de l'autre. 

À Toulouse, des urinoirs pour femmes ont été installés, permettant de mettre fin à l'inégalité qui permettait aux hommes seuls d'uriner dans des bonnes conditions d'intimité dans les événements de plein air. Un progrès, à un détail près... ils sont rose fuchsia. Sur les réseaux sociaux, plusieurs réactions à cette couleur stéréotypée ont été postées. 

Dernier exemple : la chaîne de magasins Naturalia qui a sorti une campagne mettant en avant l'absence de produits dangereux dans les protections hygiéniques. Raté : les affiches sont largement pointées du doigt parce qu'elles montrent des corps de femmes (sans visage) dénudés ; et n'ont pas d'équivalent masculin. 

Les médias pas exempts de sexisme, loin de là

Les cas de séquences sexistes dans les médias n'ont pas manqué cette année : Laurent Ruquier qui accueille Miss France Vaimalama Chaves en affirmant qu'elle va "relancer la natalité" chez les téléspectateurs, Cyril Hanouna qui embrasse la traductrice de l'actrice Chalize Theron sans lui demander sa permission, Jérôme Rothen et Daniel Riolo qui ironisent sur RMC sur le physique de Najila Trindade, qui a accusé Neymar de viol. Ces deux derniers ont été suspendus d'antenne, alors que Cyril Hanouna a été recadré en direct par l'actrice américaine.

Sur TF1 en plein mondial féminin de football, un reportage comparant le jeu de jambes des athlètes à du tricot a fait hurler sur les réseaux sociaux, au point que le journaliste s'est excusé... tout en maintenant sa comparaison avec le tricot.

Quand les journaux Causeur et Valeurs actuelles titrent sur "la terreur féministe", de nombreux médias invisibilisent, parfois sans le vouloir, des femmes : quand la dessinatrice Pénélope Bagieu décroche le prix Eisner, plus prestigieux prix de BD au monde, plusieurs médias titrent "Une Française remporte le prix Eisner", sans donner son nom. La plupart ont rapidement corrigé le tir. Mais rebelote quelques mois plus tard avec la nomination, en décembre, de Sanna Marin au poste de Première ministre de la Finlande : de très nombreux titres de presse ont intitulé leurs articles "Une femme de 34 ans nommée Première ministre".

Radio France n'est pas exempte de reproches : sur Instagram, le compte "Paye ta Radio" met au jour des comportements sexistes survenus dans les studios et bureaux des chaînes du groupe radiophonique. La direction assure avoir entendu ces signalements. Et la médiatrice des antennes a dû réagir à des propos tenus dans l'émission Le Masque et la Plume, dans laquelle on a par exemple pu entendre, à propos du film "Une fille facile" avec Zahia Dehar : "On a Zahia pour le prix d'une place de ciné".

Le sexisme ordinaire toujours dans la pub

Le monde de la pub et du marketing est l'un des terreaux les plus propices au sexisme ordinaire : marketing fainéant consistant à dire qu'une paire de fesses (féminines) peut faire vendre n'importe quoi, stéréotypes homme-femme, et occasions spéciales comme la journée des droits des femmes, le mondial féminin de foot ou la fête des mères qui deviennent des festivals à promotions pour des produits de beauté ou de l'électroménager.

Nos deux gagnants de l'année, repérés par Pépite Sexiste : d'une part, Renault Sport qui fait une publicité surréaliste dans laquelle des pilotes de Formule 1 dans la tête de femmes qui pratiquent le yoga.

Et d'autre part l'entreprise de ménage et d'hygiène Sdez qui affiche sur tous ses camions le slogan "Des mamans dans vos locaux".

Le sexisme toujours présent dans la vie quotidienne, les loisirs et le monde du travail

Allons-y en vrac et gaiement, dans une série de faits sexistes absurdes dont on pourrait rire s'ils avaient été inventés : la Fédération française de cyclisme qui crée les "Miss cyclistes" pour promouvoir son sport auprès des femmes, un manuel d'espagnol usuel Larousse qui propose "Elle aimerait avoir des seins plus gros" parmi les phrases utiles, ou un village basque qui exclut les femmes d'une activité locale, le kaskarot, affirmant que c'est historiquement "une tradition d'hommes".

Pendant ce temps, le 5 novembre dernier à 16h47, les femmes, toujours payées 15% de moins que les hommes, ont commencé à travailler "gratuitement". Quelques mois plus tôt, une étude de l'Insee montrait que le salaire moyen d'une femme était 25% plus faible cinq ans après la naissance du premier enfant. Et sur la photo de son premier repas avec les responsables de banques centrales européennes, Christine Lagarde, première femme à la tête de la Banque centrale européenne, était entourée exclusivement d'hommes.  

Et pendant les études ? Ce n'est pas mieux, ni au début ni à la fin. En 2019, des associations étudiantes de la fac de Clermont-Ferrand, dénoncées par l'Unef puis par la direction de l'université, écrivaient sans vergogne "Une bonne bizuth est une bizuth qui suce", quand un manuel de révisions des concours de la fonction publique territoriale conseillait aux femmes d'éviter le décolleté le jour de l'oral.

Voici la liste intégrale des 100 faits sexistes que nous avons identifiés :

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