87% des Français comptent boire au Nouvel an, mais moins de la moitié a prévu un moyen de rentrer chez soi. Les campagnes contre l’alcool au volant se multiplient en cette période particulièrement sensible. Ailleurs dans le monde, comment appréhende-t-on cette question du "boire ou conduire" ?

En France, 34% des fêtards du Nouvel an optent pour des "dispositions dangereuses" comme "attendre avant de reprendre le volant, emprunter des petites routes, ou conduire lentement.
En France, 34% des fêtards du Nouvel an optent pour des "dispositions dangereuses" comme "attendre avant de reprendre le volant, emprunter des petites routes, ou conduire lentement. © Maxppp / Eric Roger

En France, moins d'une personne sur deux anticipe son retour du réveillon, selon l'enquête annuelle de la Prévention Routière et d'Assurance Prévention. Nous serons 87% à boire le soir de la Saint-Sylvestre, mais seulement 43,6% à avoir pris des dispositions pour rentrer en sécurité. Hors de nos frontières, comment cette question de l'alcool au Nouvel an est-elle traitée ?

En Irlande et en Espagne, des contrôles renforcés

Chez nos voisins espagnols, les contrôles routiers sont particulièrement intensifs pendant la période des fêtes. Entre Noël et le 1er janvier, plus de 6,2 millions de déplacements en voiture doivent avoir lieu dans le pays. Alors la DGT, la direction générale du trafic routier, a lancé un "dispositif spécial" de fin d'année. Entre le 27 décembre et le 1er janvier à 23h59, il y aura davantage de contrôles d'alcool et de drogues, à l'aide de barrages policiers, aidés de caméras, de voitures banalisées, d'hélicoptères et mêmes de drones.

En Irlande du Nord, le 27 décembre dernier, la police a carrément fermé une autoroute entière (la M1, qui passe notamment par Belfast) pour contrôler les conducteurs, rapporte le Belfast Telegraph. En Irlande, la limite légale de l'alcool au volant est de 0,7 g/litre de sang (contre 0,5 en France). Et l'alcool n'est pas le seul problème : la Garda (la garde nationale) estime que la conduite sous drogue commence à devenir aussi fréquente que l'alcool, selon le quotidien Irish Times

En Belgique, on prévoit sa soirée

Nos voisins belges semblent bien plus prudents que nous sur le sujet : selon un sondage national relayé par la RTBF, 89% des Belges ont prévu une solution pour éviter de conduire en ayant bu ! À Bruxelles, on prend les transports en commun (42% des réponses) ou le taxi (30%). Dans le reste du pays, on reste dormir à la maison ou l'on évite de trop boire. Mais la solution plébiscitée par plus la moitié des Belges, c'est de choisir un Bob, l'équivalent de notre Sam. Bob, acronyme de "Bewust onbeschonken bestuurder", ou "Conducteur non alcoolisé conscient", en néerlandais. Au Luxembourg, il se prénomme Raoul.

Enfin, information importante pour un pays où la bière est un trésor national, il est à noter que les conducteurs belges ont tendance à boire de plus en plus de bière sans alcool, rapporte la RTBF. Ils sont trois fois plus nombreux qu'il y a trois ans. Pour autant, en Belgique comme ailleurs, le Nouvel an reste un soir dangereux sur les routes : pratiquement un accident sur trois implique un conducteur alcoolisé.

En Allemagne et au Danemark, tolérance zéro sur les trottinettes

En Allemagne, où 13% des accidents de la route sont causés par l'alcool, le mot d'ordre est "Wer trinkt, färht nicht", soit l'équivalent de notre "Celui qui conduit, c'est celui qui ne boit pas". Et cela vaut aussi bien pour les voitures... que pour les trottinettes électriques. La police mène régulièrement des contrôles : deux mois après la légalisation de la trottinette électrique en Allemagne, en juin 2019, plus de 400 personnes avaient déjà été verbalisées. Il y a quelques jours, près de Cologne, un homme s'est vu retirer son permis après avoir emprunté l'autoroute en trottinette, avec un taux d'alcool dans le sang plus de deux fois supérieur à la limite. 

Même intransigeance au Danemark. En mai dernier, la police avait prévenu qu'elle commencerait à opérer des contrôles ; ce fut chose faite début juillet, comme l'explique le quotidien danois Copenhagen Post. "Ce n'est pas comme si la police ne nous avait pas prévenus [...] le week-end dernier, la menace a été mise à exécution et la police de Copenhague a arrêté 24 personnes pour conduite de trottinette électrique sous l'emprise de l'alcool", indique le journal. En France, cette pratique est toute aussi interdite par le Code de la route. Mais les contrôles ne sont pas (encore) d'actualité.

Au Canada et au Portugal, l'accent sur la prévention 

Au Portugal, l'alcool est une véritable problématique de santé publique : "les choses vont de mal en pis en termes d'abus d'alcool", déplore le directeur général du service d'intervention sur les comportements addictifs à la radio portugaise TSF. "Il est tellement toléré, tellement excusé que nous ne sommes pas conscients du risque". Mais cette année, au-delà de la répression, le gouvernement a misé sur la prévention "positive" : la PSP (police de la sécurité publique) a lancé l'opération "100% cool", en partenariat avec des industriels de la boisson et une enseigne de stations-service. Pendant une semaine, les jeunes conducteurs contrôlés à 0% d'alcoolémie ont reçu un bon d'achat de 10 euros d'essence. 

Au Québec, comme l'explique Radio Canada, les autorités ont choisi un autre moyen de prévention : une voiture banalisée, stationnée à la sortie d'un restaurant. Pas pour prendre en traître les conducteurs, mais pour les avertir : sur les vitres de la voiture était diffusé un message rappelant les conséquences possibles de la conduite sous alcool. "Il est encore temps de prendre la bonne décision".

Aux États-Unis, des courses gratuites

Aux États-Unis, la période entre Thanksgiving et le Nouvel an est l'une des plus dangereuses : en 2018, 1 068 personnes ont perdu la vie sur la route à cause de l'alcool. Les contrôles sont donc renforcés pendant ces vacances, mais aussi la prévention : la police se déplace dans les bars et les lieux nocturnes pour distribuer des éthylotests, notamment. Conséquence : les Américains sont davantage conscients des risques, et sont de plus en plus nombreux à se tourner spontanément vers des services de VTC comme Uber, explique le San Francisco Chronicle. Et face aux prix parfois prohibitifs, des initiatives existent.

L'État de Washington propose, depuis plusieurs années, le "Sober Ride" (course sobre), en partenariat avec les VTC Lyft, qui offre un code gratuit pour rentrer chez soi entre 22 heures et 4 heures du matin. Le même État de Washington a également accordé, début novembre, une subvention de 85 000 dollars à Lyft pour financer une campagne incitant les conducteurs à abandonner leur voiture au profit d'un chauffeur privé.

En Oregon, les associations et autorités locales ont également trouvé une solution pour contourner les prix "très élevés" des taxis et VTC, rapporte la chaîne de télévision KMTR. Outre les bus gratuits entre 17h et minuit, Uber et les taxis d'Oregon proposeront des réductions de cinq à dix dollars le soir du Nouvel an. 

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