De nombreuses questions se posent sur le danger que représente la variation du virus de la Covid-19 qui circule sur le territoire britannique. Invité du journal de 13h de France Inter, Vincent Enouf, responsable adjoint du centre national de référence des virus respiratoires à l'Institut Pasteur, fait le point.

L'aéroport de Heathrow à Londres est en partie paralysé, après les annonces d'interruption des communications avec une partie des pays européens
L'aéroport de Heathrow à Londres est en partie paralysé, après les annonces d'interruption des communications avec une partie des pays européens © AFP / Niklas HALLE'N

FRANCE INTER : Que sait-on, et que ne sait-on pas, de cette nouvelle variante du Covid-19 ?

VINCENT ENOUF : "Pour l'heure, on ne dispose que de données épidémiologiques, pas de données virologiques. Je pense que nos collègues anglais vont très rapidement isoler le virus pour pouvoir obtenir ces données virologiques. Pour l'heure, ce qu'on sait, c'est que l'on a affaire à un virus qui se diffuse bien dans la population. Mais on ne sait pas si ce sont ces nouvelles mutations qui sont responsables de cette meilleure diffusion du virus dans la population, ou si l'on a affaire à des personnes qui sont des super-contaminateurs, des personnes qui permettraient de diffuser de meilleure façon le virus.

Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que dans cette région, la population était encore assez indemne du virus. En fin de compte, le virus y avait assez peu circulé, or aujourd'hui, le meilleur terrain pour le virus, c'est une population "naïve" [plus réceptive vis-à-vis du virus, NDLR]. C'est pour cela que l'on a constaté une augmentation du nombre de détections de ce virus."

Peut-on dire, à ce stade, si cela donne une forme de Covid plus contagieuse et plus dangereuse ? Le gouvernement britannique parle d'une variante qui serait jusqu'à 70% plus contagieuse...

"Les 70%, ce sont 70% dans cette région, ce n'est pas sur tout le territoire anglais. L'augmentation constatée dans cette région, c'est comme si l'on avait affaire à un cluster à grande échelle. Après, de manière virologique, on est incapable de dire si ce virus est plus dangereux qu'un autre.

Est-il plus contagieux ? Ce qu'on remarque aujourd'hui, ce sont des données épidémiologiques, c'est qu'on en a détecté beaucoup en peu de temps. Donc en effet, il est sans doute plus contagieux."

Rend-il le vaccin inefficace, ou moins efficace ?

"Il faut savoir que lorsque vous êtes vacciné, vous avez un répertoire d'anticorps qui vont être fabriqués par votre organisme, qui va être très large en fin de compte. Donc, des mutations qui s'opèreraient dans une région spécifique de la protéine S, qui permet l'attachement du virus à ses récepteurs, ne va pas gêner l'effet du vaccin. Il sera peut-être un petit peu moins efficace, ou ça ne changera rien du tout. À mon avis, le vaccin fonctionnera toujours."

Votre collègue Sylvie Briand dit que la localisation de cette mutation est cruciale : elle touche un endroit stratégique dans l'interaction entre virus et cellules : c'est cela que les données virologiques nous permettront de savoir ? Ce qui permettra de mesurer l'impact de cette mutation ?

"Ce que l'on surveille particulièrement, c'est la protéine qui permet la fixation du virus à ses récepteurs. On connaît déjà un certain nombre de mutations, opérées depuis que le virus circule dans le monde entier, et donc on les surveille. Il y a par exemple la mutation D614 que l'on a vu apparaître dès le mois de mars, qui s'est retrouvée chez tous les virus, et qui permet justement une bonne diffusion dans la population. On sait, par exemple, que cette variante anglaise possède la mutation N501, qui faciliterait sa diffusion par une meilleure fixation et donc éventuellement de meilleures charges virales. Mais tout cela reste à vérifier."

À ce stade, il n'y a pas de patients diagnostiqués dans l'Hexagone. Combien de formes du virus circulent en France aujourd'hui ?

"C'est quasiment impossible d'y répondre, car la vie normale d'un virus, c'est de muter en permanence. Vous allez forcément avoir des variantes : certaines, comme on voit en Angleterre, avec sept ou huit mutations au même moment. Mais vous pouvez en avoir une ou deux chez un autre virus, etc. Ce qu'on remarque, c'est qu'il y a de grands groupes de virus, avec le groupe G qui circule de manière majoritaire en France, lui-même composé de sous-groupes."

Comment repérer les patients touchés par cette nouvelle variante ? Une fois qu'il y a un test PCR positif, où remontent les données qui permettent d'établir de quelle forme du virus il s'agit ?

"Quand on a un résultat positif, le même prélèvement va être utilisé pour le séquençage du virus. Au CNR, le Centre national de référence à l'Institut Pasteur, on en reçoit. D'autres hôpitaux ont aussi mis en place du séquençage, qui vont les recevoir aussi. Une fois le séquençage effectué, on compare la séquence du virus, par des méthodes de bioinformatique, avec la première souche, celle que l'on avait isolée à Wuhan. Et ainsi, on détermine les mutations qui apparaissent."