Ce mercredi, la nouvelle formule des "Inrocks", désormais mensuel, débarque en kiosques. Près de 200 pages pour ce nouveau numéro un, marqué par un retour net à l'actualité culturelle, et surtout à la musique.

Typographie grand format et couverture dépliable, les "Inrocks" annoncent dès leur ouverture un format différent
Typographie grand format et couverture dépliable, les "Inrocks" annoncent dès leur ouverture un format différent © Radio France / Victor Vasseur

C'est une nouvelle formule qui paraît dans un climat particulier. Dans le monde de la culture, dont le cœur recommence tout juste à battre avec la réouverture des cinémas, des salles de spectacle et le retour prochain (mais limité) des festivals, et pour les équipes de l'ex-hebdo devenu mensuel, sur fond de restructurations et de suppressions d'emploi, comme le rapportait Le Monde le mois dernier. 

Le nouveau Les Inrockuptibles arbore une couverture panoramique, compte près de 200 pages, coûte 12,90 € (ouch...) et porte un tout frais "n°1 - juin 2021" annonçant son nouveau rythme de parution. "Nos lecteur·trices les plus fidèles se souviennent évidemment que Les Inrockuptibles ont déjà été un mensuel", rappelle le directeur de la rédaction Jean-Marc Lalanne dans son éditorial, qui met en avant une offre numérique composée d'un site web et d'une édition en ligne toujours hebdomadaire "rendant compte de façon plus exhaustive de l'abondance de toutes les activités artistiques". 

Décontenançant... puis rassurant

Alors à quoi ressemble ce "nouveau" magazine – ou tout du moins, sa nouvelle formule ? Les premières pages ont de quoi dérouter les lecteurs et lectrices : avant le sommaire, avant même l'éditorial, le journal s'ouvre sur un premier papier, portrait en longueur de la cinéaste Chloé Zhao. Après le sommaire, sur une petite vingtaine de pages, on est déboussolé, avec une impression de se retrouver dans Society ou Neon en page de gauche, avec une succession de très courts formats autour de l'actualité culturelle (les immanquables, les visages, et une rubrique "attitudes" dédiée au lifetsyle), et dans GQ ou Vanity Fair en page de droite, avec une succession de page de publicité interminable. 

Bien heureusement, passée cette avalanche publicitaire, on revient dans des Inrocks plus fidèles à eux-mêmes, et même plus axés que jamais vers la culture, loin de la dimension sociétale que le mag avait adopté dans les années 2000. Le virage du retour à l'actualité culturelle pure, amorcé en 2017 avec la précédente nouvelle formule, est ici parachevé : outre une enquête sur l'écoféminisme en début de journal, tout le reste n'est que culture. 

On parle musique avec Gaspard Augé, membre du groupe Justice qui sort son premier album solo, ciné avec Sandrine Kiberlain à l'affiche de "Les deux Alfred" ; on se plonge dans l'univers des fêtes clandestines du confinement et on décrypte le succès des mangas animés. L'image a une place bien affirmée dans les pages du magazine... mais le texte aussi : certains articles n'ont pas de titre, et s'ouvrent immédiatement sur leurs premières phrases, en gros caractères. 

Certains articles n'ont pas de titre, et sont ouverts directement par leurs premières phrases
Certains articles n'ont pas de titre, et sont ouverts directement par leurs premières phrases © Radio France / Victor Vasseur

La musique en tête

Mais au-delà du retour à la culture, c'est un retour à la musique très fort qui se dégage – et donc aux premières amours du magazine, lancé en 1986, qui n'a fait sa première couverture sur le ciné qu'en 1991. Un très gros dossier consacré aux 30 ans de l'album Nevermind de Nirvana fait figure du pivot du magazine, introduit par un récit de Michka Assayas sur le paysage musical du début des années 90 et le bouleversement provoqué par ces trois jeunes américains. On retrouve aussi un autre élément-clé de la "culture Inrocks" : le fameux CD, encarté dans le journal, compilation de 15 titres à découvrir (un OVNI au cachet indéniable, en cette époque du tout streaming). Et surtout, dans la longue section "critiques" de fin de journal, la musique occupe plus d'un tiers des chroniques ; cinéma, séries, livres, spectacles, expos et même podcasts se partagent le reste. 

Un grand dossier consacré à Nirvana et Kurt Cobain occupe une trentaine de pages au coeur du journal
Un grand dossier consacré à Nirvana et Kurt Cobain occupe une trentaine de pages au coeur du journal © Radio France / Victor Vasseur

Passée la déroute du début du journal, on se retrouve donc avec des Inrockuptibles qui semblent tiraillés entre un avenir incertain et une nécessité - imposée par les contraintes économiques - de changer leur modèle d'un côté, et, de l'autre côté un retour aux sources qui fait qu'en tenant ce journal entre les mains, même s'il est plus épais (et plus cher, 12,90 euros en kiosque), on a toujours l'impression de lire les Inrocks