Longtemps tabou, le sujet des règles a depuis quelques années réussi à s'imposer dans le débat public. Pourtant, la précarité menstruelle demeure une réalité. En France, acheter des serviettes ou des tampons est encore un luxe que certaines femmes ne peuvent pas se payer.

Une boîte de collectes de protections, à la mairie du 10ème arrondissement de Paris
Une boîte de collectes de protections, à la mairie du 10ème arrondissement de Paris © Radio France / Lisa Guyenne

C'est un sujet qui concerne la moitié des habitants de notre planète, mais il aura fallu attendre l'année 2014 pour qu'une journée mondiale lui soit dédiée. Ce 28 mai, c'est la journée mondiale de l'hygiène menstruelle, une journée pour lutter contre les tabous et sensibiliser toutes les femmes autour de leurs règles. Avec notamment la question de la précarité menstruelle : 10 % des femmes dans le monde n'auraient pas les moyens de s'acheter des protections périodiques chaque mois. 

Des collectes de tampons et serviettes pour lutter contre la précarité menstruelle

La France n'est pas exemptée de ce problème. Sur tout notre territoire, il existe plus d'une centaine de points de collecte de protections périodiques, mis en place par des associations, qui sont ensuite redistribuées aux femmes dans le besoin. Nous retrouvons Marine Creuzet, bénévole à l'association "Règles élémentaires", devant l'une de ces boîtes de collecte, à la mairie du 10ème arrondissement. 

"C'est une urne dans laquelle on peut déposer _des tampons, serviettes, mais aussi des cups, des culottes menstruelles, ainsi que des gels antibactériens, des lingettes_... Tout cela est très utile." Ces protections sont ensuite distribuées aux femmes dans le besoin. Et ce ne sont pas toujours celles auxquelles on pense. 

Des SDF, mais aussi des étudiantes concernées

"Quand nous avons lancé l'association il y a trois ans, nous avions ciblé les femmes SDF ou en grande précarité. Mais ce qui nous a surpris, c'est que très rapidement, on s'est aperçu qu'il y avait d'autres femmes qui vivaient le même phénomène : les collégiennes, les lycéennes, les étudiantes, qui nous disaient  : 'les règles, ça coûte cher, et je n'ai pas de quoi me les payer'." Ces jeunes femmes ne sont pas toujours très pauvres, mais beaucoup sont sur le fil : certaines étudiantes, sans revenus, peinent à boucler le mois et rognent sur le budget de protections périodiques. 

"Pour les plus jeunes, principalement par tabou, certaines filles n'osent pas dire à leur père, à leur mère, qu'elles ont eu leurs règles, donc elles essaient de se débrouiller avec leur argent de poche mais ce n'est pas toujours suffisant."

Alors comment font-elles ? Marine Creuzet relate les témoignages qui sont parvenus à son association : "On bricole des protections, avec des mouchoirs, du papier toilette, du papier journal..." Du "bricolage" qui peut entraîner de graves problèmes de santé, mais qui provoque aussi de l'absentéisme : par inconfort et/ou par peur de se retrouver avec une tache de sang sur le pantalon, certaines jeunes femmes préfèrent éviter de se rendre en cours.

La "boîte à dons" installée par l'association "Règles élementaires"
La "boîte à dons" installée par l'association "Règles élementaires" © Radio France / Lisa Guyenne

"Quand on peut s'acheter ce que l'on veut, on n'y pense pas forcément"

Un constat qui parle à Stéphanie, une Parisienne de passage à la mairie. "C'est vrai que, quand on peut acheter tout ce qu'il faut, on ne pense pas forcément au fait que certaines femmes ne puissent pas se payer des protections." Elle en profite pour faire un don. "Justement, je suis dans ce cas-là aujourd'hui, donc je vais donner une serviette hygiénique. Pour une jeune fille qui en aura besoin, si ça peut être utile !

Comme elle, de nombreux Français contribuent à la collecte : en trois ans, "Règles élémentaires" a récolté 600 000 protections périodiques. Début janvier, l'université de Lille était la première de France à distribuer 30 000 "kits hygiéniques" à ses étudiantes. La LMDE, mutuelle étudiante, propose depuis 2017 un remboursement partiel des protections périodiques. En 2015, la "taxe rose" était rabaissée de 19,6% à 5,5%.

Mais la France a encore du retard : l'Écosse, depuis la rentrée 2018, est devenu le premier pays au monde à mettre à disposition gratuitement des protections intimes dans ses écoles, collèges, lycées et universités. Un dispositif que les associations françaises aimeraient voir reproduit dans l'hexagone. Elles proposent également des "chèques santé", à la manière des "chèques énergie", afin de permettre aux plus précaires de s'acheter le nécessaire chaque mois.

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