Florence Foresti, maîtresse de la cérémonie des César, a aussitôt fait part de son écœurement. Le ministre de la Culture Franck Riester a déploré un "signal négatif" à un moment où "la chape de plomb sur ces agressions sexuelles et sexistes est en train d'exploser".

Une manifestation a eu lieu vendredi avant le début de la cérémonie des César pour protester contre les 12 nominations du film de Roman Polanski
Une manifestation a eu lieu vendredi avant le début de la cérémonie des César pour protester contre les 12 nominations du film de Roman Polanski © AFP / Michel Stoupak / Nurphoto

"Honte". Le mot revient en boucle sur les réseaux sociaux, après la remise du César de la meilleure réalisation au cinéaste Roman Polanski, visé par plusieurs accusations de viol. Sur Twitter, le hashtag #CesarDeLaHonte ne cessait d'enfler ce samedi matin, comptant à la mi journée plus de 26 000 occurrences. Une indignation exprimée au sein du monde du cinéma, du milieu associatif mais aussi par certaines personnalités politiques, au premier rang desquelles le ministre de la Culture Franck Riester.

Florence Foresti "écœurée"

La maîtresse de cérémonie elle-même n'avait pas cherché à cacher son malaise sur scène, depuis le début de la soirée, raillant le cinéaste franco-polonais (absent) sans jamais le nommer, lui préférant les sobriquets "Atchoum", ou encore "Popol". Mais après l'annonce du César attribué à Roman Polanski pour "J'accuse", Florence Foresti a tout simplement disparu. Avant de se fendre d'un message lapidaire sur son compte Instagram. "Écœurée", peut-on lire en lettres blanches sur fond noir.

Adèle Haenel elle a aussitôt quitté la salle Pleyel, suivie par plusieurs autres personnes. "Ils pensent défendre la liberté d’expression, en réalité ils défendent leur monopole de la parole", tacle l'actrice dans les colonnes de Mediapart ce samedi. "Ce qu’ils ont fait hier soir, c’est nous renvoyer au silence, nous imposer l’obligation de nous taire. Ils ne veulent pas entendre nos récits. Et toute parole qui n’est pas issue de leurs rangs, qui ne va pas dans leur sens, est considérée comme ne devant pas exister."

La comédienne a reçu le soutien de Swann Arlaud, César du meilleur acteur dans un second rôle pour "Grâce à dieu". "Je comprends très très bien qu'elle soit partie", a-t-il déclaré devant les micros et caméras. Lui aussi a fait part d'un certain malaise. "La parole se libère, mais pour autant, les choses n’ont pas changé. On est venu défendre un film qui dénonce le pouvoir de l’Eglise qui protège ses bourreaux, mais elle n’est pas la seule institution concernée".

Aïssa Maïga a pris moins de détours, se disant "clouée sur place", "dégoûtée" par le sacre de Roman Polanski. "J’ai pensé à toutes ces femmes qui voient cet homme plébiscité, et à toutes les autres victimes de violences sexuelles. (...) C’est comme dans les familles, on croit se connaître un petit peu et puis à la faveur d’une extrême révélation, on découvre qui sont les gens" a déclaré l'actrice à Mediapart.

Andréa Bescond, co-réalisatrice du film "Les Chatouilles", qui portent sur les violences sexuelles, a également exprimé sa colère.

Le collectif 50/50, qui promeut la parité au sein du cinéma, a appelé ceux qui avaient "honte" de ce César à rejoindre la contre-soirée organisée dans un restaurant du 11e arrondissement de Paris.

Une prise de position qualifiée de "maladresse profonde" par le président d'UniFrance et ancien directeur de la Cinémathèque Serge Toubiana. "À partir du moment où le film est éligible, les membres de la profession ont le droit de voter pour lui. Je ne vois pas pourquoi on les culpabilise", a-t-il déclaré ce samedi sur France Inter.

"Un signal négatif" pour le ministre de la Culture Franck Riester 

Avant la cérémonie, le ministre de la Culture Franck Riester avait déjà estimé que récompenser le réalisateur de "J'accuse" enverrait un signal néfaste. Il a maintenu sa position ce samedi matin sur Europe 1. "Avec cette remise de César, la difficulté c'est qu'on ne célèbre pas simplement l'oeuvre, on célèbre aussi l'homme", a-t-il souligné. "Dans le cas de Roman Polanski, c'est très difficile, très compliqué car il y a un doute, de nombreuses femmes ont dit qu'elles avaient été agressées par lui."

"Célébrer l'homme est un signal qui est envoyé négativement à un moment où la chape de plomb sur ces agressions sexuelles et sexistes est en train d'exploser dans notre pays."

Si Marlène Schiappa a gardé le silence à cette heure, la sénatrice et ancienne ministre des Droits des femmes Laurence Rossignol a déploré "la complicité morale avec les violences" et le "mépris des victimes" manifesté par tous ceux ayant voté pour Roman Polanski. "César du plus mauvais scénario pour tout le blabla sur l'artiste et l'œuvre".

Invité de France Inter ce samedi, Damien Abad, président des députés LR, a estimé que les César auraient éviter une polémique inutile en ne récompensant pas le cinéaste. "Ce n'est pas une belle image, un beau symbole qu'on a envoyé hier soir. On aurait pu éviter cette fracturation de la société française"

La députée LFI Danièle Obono s'est également fendue d'un tweet.

"L'Académie crache au visage des victimes", pour le collectif Nous Toutes 

Sans surprise, l'indignation s'est faite encore plus virulente au sein des milieux associatifs et féministes, notamment du côté d'Osez le féminisme. 

Dans un communiqué, le collectif Nous Toutes a estimé qu'en récompensant le réalisateur de "J'accuse", "l'académie des César a a littéralement craché aux visages des victimes de violences pédocriminelles, au visage des victimes de violences sexuelles et, plus largement, au visage de millions de femmes de ce pays (...) La soirée de vendredi a été celle de l'impunité, de la protection d’hommes mis en cause pour viol." Le collectif appelle à rassemblement le dimanche 8 mars, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes.

Même stupeur du côté des associations MoiAussiAmnesie, dirigée par Mie Kohiyama, et Parents & féministes. 

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