Parmi les auditeurs qui ont interpellé la ministre de la Santé ce mardi matin sur France Inter, il y avait Guillaume, chef de service dans un hôpital de l'AP-HP. Pour lui, la situation aux urgences est désastreuse, et dangereuse pour les patients. Pour Agnès Buzyn, des solutions arrivent, mais progressivement.

Agnès Buzyn, invitée de France Inter le 12 février 2019
Agnès Buzyn, invitée de France Inter le 12 février 2019 © Radio France

"Il y a eu au moins trois morts dans les services d'urgences ces dernières semaines" : le constat est sans appel, raconte ce médecin urgentiste, la voix tremblante. "Au-delà de la résignation sur l'idée que les services d'urgences fonctionnent mal depuis maintenant très longtemps, les choses se sont très clairement aggravées. Que propose Mme Buzyn, non pas dans les années qui viennent, mais dans les jours et les semaines qui viennent, pour venir en aide à ces personnels qui sont à bout de forces, malgré leur détermination ? On rattrape des catastrophes par les cheveux tous les jours !"

Guillaume précise : "Dans l'hôpital où je travaille, qui peut accueillir à peu près 16 patients tous les jours, on est à plus de 40 ou 50. Des patients qui attendent un lit plus de dix heures aux urgences !"

► RÉÉCOUTEZ | Agnès Buzyn, invitée du grand entretien sur France Inter

"Je veux bien ouvrir des postes, mais il n'y aura personne pour les prendre"

Alors "faut-il accepter d'être mal soigné aujourd'hui", comme le dit le médecin ? Agnès Buzyn confirme que "la situation s'est envenimée", puisque "le nombre de passages aux urgences augmente chaque année". Pour elle, "il y a d'abord un problème de locaux : il faut qu'on agrandisse beaucoup de services d'urgences qui ne sont pas dimensionnés. C'est ce qui explique que des patients attendent, c'est ce qui peut expliquer que certains soient oubliés, parce qu'il y a trop de monde. Ça nécessite des travaux, et ça tous les hôpitaux aujourd'hui ne peuvent pas les faire."

Elle dénonce aussi "des problèmes d'organisation interne" : "j'ai appris que dans certains services, alors qu'il y a des médecins de garde présents, par exemple en transplantation, on fait passer des malades par les urgences plutôt que de les reprendre directement dans les services", explique-t-elle. "Ça n'est pas normal."

La ministre met-elle les difficultés des services d'urgence sur le compte des hôpitaux, voire des médecins eux-mêmes ? "Non, pas des médecins : ils gèrent l'urgence. On manque d'urgentistes : quand on veut en recruter aujourd'hui en France, on n'en a pas formé assez. Je veux bien ouvrir des postes, mais il n'y aura personne pour les prendre. Nous avons créé une discipline de médecine d'urgences, les internes sont en train d'être formés, ils vont sortir." 

Des solutions sans doute à moyen ou à long terme... Mais qui semblent toujours en décalage avec l'urgence de la situation dénoncée par Guillaume.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.