Les patients atteints de Covid-19 affluent au sein des services de réanimation, mais les moyens humains et matériels peinent à suivre. "L'atmosphère est étrange. Un peu comme après un attentat", confie Alexis, infirmier de 28 ans à Strasbourg.

Un patient sous assistance respiratoire escorté par le SAMU-SMUR au CHU de Strasbourg
Un patient sous assistance respiratoire escorté par le SAMU-SMUR au CHU de Strasbourg © AFP / Patrice Hertzog

"Quand j'ai vu les images de gens rassemblés, ce week-end, ça m'a rendu fou". Alexis, 28 ans, est infirmier au CHU de Strasbourg. Depuis une semaine, il sent la pression s'accroître, à mesure que les patients diagnostiqués Covid-19 affluent, et alors que les moyens humains, matériels, ne suivent pas. Dans le Bas-Rhin, plus de 351 malades ont jusqu'ici été testés positifs au coronavirus. "L'atmosphère est étrange, au sein de l'hôpital. Un peu comme après l'attentat survenu sur le marché de Noël de Strasbourg. On est dans un moment de flottement, on ne sait pas vraiment où on va", raconte Alexis.

"Le temps de s'habiller, il nous faut 4 ou 5 minutes à chaque fois avant d'entrer dans le box du patient"

L'infirmier a l'habitude de tourner entre les urgences et le service de réanimation. C'est là, en "réa", qu'il a effectué ses dernières gardes de nuit, de vendredi à dimanche. "Sur le fond, la prise en charge d'un patient Covid-19 ne change pas vraiment. Sauf qu'il y a des précautions supplémentaires à prendre", explique-t-il. 

Et celles-ci, aussi capitales soient-elles, alourdissent le travail des soignants. "Avec tout ce qu'il nous faut enfiler comme équipement, entre le tablier jetable, le sur-tablier, les gants, les sur-gants, le masque FFP2... Il nous faut quatre ou cinq minutes avant de pouvoir entrer dans le box du patient, et trois minutes pour de déshabiller dès qu'on en sort. Imaginez si un patient est en arrêt cardiaque... Ne serait-ce que deux minutes pour s'habiller, c'est énorme !"

Une fois auprès du malade, impossible de ressortir chercher du matériel sans devoir retirer tous les équipements de protection, puis les enfiler de nouveau au moment de revenir dans le box. "C'est une perte de temps monumentale", constate Alexis. 

Au vu de ces contraintes, l'hôpital a donc décidé de renforcer les effectifs du service de réanimation, à raison de 6 infirmiers pour 10 patients. "Sauf que vendredi en arrivant, on était plus que cinq. Heureusement que mon autre patient était stable parce qu'à un moment, j'ai dû passer trois heures auprès d'un malade". Le lendemain, en arrivant, il a de nouveau la désagréable surprise de constater que cette fois, il ne sont plus que quatre infirmiers. 

Sans le coronavirus, ça aurait été gérable. Mais là, ce sont des patients tous intubés, qui exigent des soins lourds. C'est beaucoup de stress.

Heureusement, soupire-t-il, la direction a réussi à mobiliser davantage de personnel, pour revenir à deux patients par infirmier. "On sait bien que par les temps qui courent, on ne peut pas demander du confort, mais au moins, on arrive à gérer"

Des masques en nombre insuffisant

Et puis il y a les moyens matériels, qui manquent eux aussi. "Vendredi, on nous a donné environ une quinzaine de masques pour la dizaine de soignants qui travaillaient le weekend. En appelant des collègues, on a réussi à en obtenir d'autres. Mais dans ces conditions, c'est sûr qu'il ne faut pas nous demander de changer notre masque FFP2 toutes les 4 à 6 heures..." Le masque laisse par ailleurs de douloureuses marques sur le visage. "Du coup, les pansements qu’on utilise sur les escarres des patients, on se les met sur le nez !" rigole l'infirmier. 

Pour l'instant, Alexis n'a pas eu de décès parmi les patients dont il a la charge. Mais pour combien de temps ? Il appréhende les jours, les semaines à venir. "On sait que ça va être de pire en pire, comme en Italie. Les médecins, les cadres de santé sont à bout. Là on n'est qu'au début, comment ce sera dans une semaine ? Le personnel, les médecins, les cadres vont s'épuiser, les arrêts maladie vont commencer à tomber. Quelques collègues des urgences ont déjà contracté le Covid-19... "

C'est la guerre, franchement, c'est la guerre.

Pour autant, au sein des collègues, il n'a encore vu personne craquer. "On sent une certaine volonté d'entraide". En revanche, l'hommage appuyé rendu par Emmanuel Macron lundi au personnel soignant lui fait "une belle jambe", comme il dit. "Une fois que tout ça sera passé, on continuera à fermer des lits, à sous-payer et sous-recruter."

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