Mike Ludwig, gérant d'une discothèque bretonne, a entamé depuis la semaine dernière une grève de la faim. Symbole de professionnels à bout, pour qui la fermeture de leur établissement représente un gouffre financier.

Mike Ludwig, lors d'un direct sur Facebook. Ce gérant d'une discothèque en Bretagne a entamé une grève de la faim dimanche dernier.
Mike Ludwig, lors d'un direct sur Facebook. Ce gérant d'une discothèque en Bretagne a entamé une grève de la faim dimanche dernier. © Mike Ludwig

Depuis dimanche dernier, Mike Ludwig n’a rien avalé. Presque une semaine que le patron du Tremplin, grosse boîte de nuit à côté de Rennes, a entamé une grève de la faim : "Je ne mange plus. Depuis deux jours, je bois deux verres d’eau par jour, une façon de remercier tous les soutiens que j’ai. Je suis très fatigué. Je commence à avoir du mal à rester debout longtemps. Un médecin est venu mercredi, mon épouse a insisté. La docteure voulait me mettre sous perfusion, j’ai refusé." Un geste de protestation contre la fermeture des discothèques jusqu’en septembre

Son club peut accueillir jusqu’à 2 750 personnes et ses quatre salles, désespérément vides, représentent un gouffre financier pour le gérant : "Sur trois mois je suis déjà à 90 000 euros de dette, sachant que j’ai un loyer de 11 000 euros par mois. Au niveau des aides, on a le chômage partiel, c’est très bien pour nos employés. On a entendu qu’ils allaient annuler les charges sociales, mais rien d’officiel..."

"On veut nous fermer sept mois, imaginez si l’on doit payer sept mois de charges sociales. Quelle entreprise peut tenir sept mois fermée, sans revenu, sans rien ?"

"Je veux être sûr que le Président entende notre appel à l'aide"

Acculé, Mike Ludwig en appelle directement au président de la République : "Je demande à Emmanuel Macron simplement un écrit, comme quoi il a bien pris conscience de notre situation. Le monde de la nuit va se diriger vers un chaos. Je suis en rapport avec beaucoup de patrons dans la même situation que moi, au bord du gouffre. Je veux être sûr que le président entende notre appel à l’aide."

"Les heures sont comptées, on attend des aides", abonde Régis Toutain, gérant de la discothèque Missyl dans le Morbihan. Il fait partie des deux-cent professionnels de la nuit qui ont lancé un appel mercredi au club Balajo, à Paris, pour une réouverture dès le 1er juillet : "Les solutions c'est : soit on rouvre, soit on reste fermé, mais l'État nous indemnise à la hauteur du préjudice, puisqu'on est les seuls à rester fermés."

De son côté, avec une soixantaine d'autres députés, Christophe Blanchet, élu LaREM de la 4ème circonscription du Calvados, a co-signé une tribune pour une réouverture des discothèques dès début juillet. Interrogé par France Inter, il pointe notamment les risques de rassemblements non contrôlés pendant l'été : "Au niveau sanitaire, des personnes s’amusent dans des fêtes privées, des locations de salles, ou dans des lieux non dédiés à cela, sans geste barrière ni protection. Si le virus doit se propager, il se propagera par tous ces comportements." 

Des protocoles sanitaires proposés par les professionnels

D'autant que les professionnels qu'il a rencontré ont proposé des protocoles pour encadrer leur activité : les clients arriveraient avec des masques, se laveraient les mains. Les gérants proposent aussi de vérifier la température des fêtards à l'entrée, et aussi s'ils ont bien téléchargé l'application StopCovid. "Puis, à l’intérieur, on leur propose des verres à usage unique. On accepte aussi que la capacité d’accueil soit limitée. En temps normal, si on a 500 personnes, on peut n'en prendre par exemple que 400", propose Christophe Blanchet, qui a lui-même exercé dans le secteur des établissements de nuit pendant 20 ans. Une pétition en ligne, en faveur de la réouverture des discothèques, a déjà recueilli plus de 4 000 signatures.

"Les patrons que nous avons rencontrés avec vingt de mes collègues nous ont dit : 'faites-nous confiance. Appuyez-vous sur notre professionnalisme, arrêtez de nous mépriser, de nous ignorer, de considérer qu’on est la dernière roue du carrosse."  

Le gouvernement a maintenu fermés jusqu'à septembre au moins les foires, expositions, salons, discothèques et croisières maritimes internationales. Les boîtes de nuit emploient 43 000 personnes en France, environ 100 000 si on inclue les employés de sociétés extérieures. Elles réalisent un chiffre d'affaires estimé à un milliard d'euros.

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.