Une vidéo publiée sur Facebook et les témoignages de deux personnels soignants que nous avons recueillis permettent de mieux comprendre ce qui s’est passé à l'entrée du service réanimation de la Pitié-Salpêtrière mercredi 1er-Mai. La tentative d'intrusion a été moins violente que l'ont dit les autorités.

Des manifestants ont fait irruption à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris
Des manifestants ont fait irruption à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris © Maxppp / IP3 / Luc Nobout

24 heures après, on y voit plus clair sur les circonstances qui ont amené plusieurs manifestants à tenter d'entrer dans le service de réanimation de l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris en marge du défilé du 1er-Mai. La direction de l'hôpital avait évoqué mercredi soir une "intrusion violente". Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a même dénoncé "une attaque" et le Premier ministre une intrusion "totalement irresponsable". Mais une vidéo, publiée sur les réseaux sociaux par une membre du personnel, et les deux témoignages que nous avons recueillis auprès de personnels soignants, montrent une réalité différente: des manifestants ont bien essayé de rentrer dans le service de réanimation mais très brièvement et la situation est restée sous contrôle.

Tout commence vers 16h mercredi. Le personnel du service de réanimation chirurgicale entend le défilé passer au loin, raconte à France Inter Mickael Sebban, interne au "service réa". "Tout d'un coup la grille à l'arrière de l'hôpital est forcée et des individus commencent à rentrer" dans une petite cour au niveau du numéro 97 du boulevard de l'hôpital. La directrice de la Pitié, Marie-Anne Ruder, tente de "raisonner" les manifestants parmi lesquels on compte des gens en "gilets jaunes", d'autres en tenue civile et des personnes au visage entièrement masqué, selon son récit

La vidéo d'un membre du personnel

Une vidéo du mouvement de foule a été publiée sur Facebook. Elle a été filmée de l'intérieur du service de réanimation et dure six minutes. Dans cette vidéo, on voit des manifestants courir vers une passerelle, et se diriger vers une entrée du service. Comme ils voient arriver une poignée de manifestants qui courent vers eux, les personnels soignants décident de bloquer la porte pour leur barrer l'accès. Un manifestant tente brièvement de forcer le passage pour entrer dans le service. "Il y a des malades ici, c'est la réanimation" crie le personnel pour tenter de raisonner les manifestants, dont quelques "gilets jaunes", qui  s'amassent sur la passerelle. 

Des policiers arrivent finalement sur la passerelle et commencent à évacuer les manifestant dans le calme. On entend alors un rapide échange entre des soignants et des manifestants, la porte ouverte. "Ils nous gazent" clame l'un d'eux. 

Léa, 21 ans, apparaît dans la vidéo. C'est la jeune femme blonde qu'on voit rentrer précipitamment. Elle témoigne au micro de France Inter : "Il y avait des gens derrière la porte qui pleuraient et qui étaient en panique. C’est le mouvement de foule qui faisait peur, et non le fait que ce soient des black blocs ou des gilets jaunes." Cette jeune externe poursuit : 

"Il y a une dame qui pleurait car elle s’était retrouvée là par dépit, par hasard. Elle voulait clairement un endroit pour se réfugier."

"On essaie de bloquer la porte, des personnes essayent de pousser"

Présent aux cotés de la jeune femme, l'interne Mickaël Sebban explique: "Pour empêcher les manifestants d'entrer, il y a toute l'équipe infirmière et moi, donc on est huit personnes et on essaie de bloquer la porte tant bien que mal, alors que de l'autre coté des personnes essayent de pousser" raconte Mickaël Sebban. "Ils criaient 'ouvrez la porte' et nous on criait 'on ne peut pas, c'est un service de réanimation'. C'était bizarre comme sensation, mais c'est revenu à la normale quand sont arrivées les forces de police. Ça a duré moins de cinq minutes." 

Quant à savoir quelles étaient les intentions de ceux qui tentaient d'entrer, l’interne explique : "c'est un peu difficile de différencier les casseurs des gens qui voulaient juste se mettre à l'abri des lacrymogènes, mais en tout cas ces gens essayaient de forcer la porte, donc avec mon équipe on était obligés de les empêcher d'entrer dans la réanimation".

En réanimation "on a des patients qui sont intubés et ventilés, des patients dans des états assez critiques, donc si des gens étaient entrés dans ce service, la vie des patients aurait pu être en danger, conclut le docteur Sebban, qui dit être "très fier de (son) équipe, infirmiers et aides soignants. On a vraiment essayé de protéger notre réa. Heureusement qu'il ne s'est pas passé de choses graves. On tient à nos patients, c'est normal."

Le matériel volé sans "lien" avec la tentative d'intrusion

Dernier point: un médecin de l'hôpital a indiqué à BFM que du matériel informatique avait été vandalisé mercredi. Contacté par France Inter, le service de presse de l'AP-HP précise qu'un vidéo projecteur a été dérobé "dans le courant de l’après-midi au service de chirurgie digestive" mais "aucun lien" n'a pu "être établi" avec la tentative d’intrusion évoquée. Il y a aussi eu une effraction dans la nuit précédent le 1er mai, nous précise l'AP-HP.

Mis à jour jeudi à 16h30 avec la vidéo de la scène et le nouveau témoignage recueilli auprès d'une externe.

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