Une étude de la fondation Jean-Jaurès publiée ce mardi montre les inégalités entre les jeunes, selon qu'ils habitent en ville ou à la campagne. L'origine géographique des 17-23 ans continue d'influencer leurs choix et la manière dont ils se perçoivent dans les études et la vie professionnelle.

Des lycéens devant l'établissement Tristan Corbière à Morlaix (Finistère)
Des lycéens devant l'établissement Tristan Corbière à Morlaix (Finistère) © Maxppp / Maxime Jegat

"Beaucoup a été dit et écrit sur la fracture que révélait la crise des "gilets jaunes" entre grandes métropoles et territoires périphériques", notent les auteurs en introduction de leur étude. Cette "France périphérique" s'est manifestée, chez les jeunes, par une mobilisation forte en milieu rural et dans les villes moyennes contre la réforme du lycée début 2019. Des jeunes "sans doute plus inquiets encore que leurs camarades des grands lycées quant à la réduction des options et des choix d’orientation". 

Pour en savoir plus sur ce sentiment, Chemins d'Avenir, la fondation Jean-Jaurès et l'Ifop ont mené une étude auprès des 17-23 ans sur leur choix d'orientation et leur rapport à l'avenir, suivant l'origine sociale et géographique. Si celle-ci montre que l'origine sociale continue d'être déterminante, elle indique aussi que l'origine géographique influence les choix et la perception des jeunes.

L'orientation scolaire : davantage de difficultés dans les petites communes

L'accès aux informations : Six jeunes sur dix ont le sentiment d'avoir eu "toutes les informations nécessaires pour bien s'orienter après un diplôme". Néanmoins, dans le détail, ils ne sont que 58 % en milieu rural ou dans les agglomérations de moins de 20 000 habitants, contre 68 % à Paris.

Les ambitions scolaires : Parmi les résultats marquants, la différence d'aspirations entre les jeunes ruraux et les citadins. À niveau scolaire égal, l'ambition des jeunes varie suivant leur lieu d'origine. Par exemple, 67 % des jeunes Parisiens considèrent qu'ils "ont fait ou vont faire des études supérieures qu'ils qualifieraient d'ambitieuses", contre seulement 48 % des jeunes vivant dans une ville de 2 000 à 20 000 habitants. 

"Avez-vous fait ou allez-vous faire des choix d’études supérieures que vous qualifieriez d’ambitieuses ?"
"Avez-vous fait ou allez-vous faire des choix d’études supérieures que vous qualifieriez d’ambitieuses ?" / Ifop/Fondation Jean Jaurès

Le fait de partir étudier ailleurs : Les jeunes des petites villes montrent aussi plus d'inquiétude à l'idée de partir étudier dans une grande ville. L'étude prend l'exemple de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg ou Nantes : 27 à 28 % des jeunes venus d'une ville isolée ou d'un milieu rural trouvent cette perspective "inquiétante" ou "impressionnante", contre  11 % à 18 % chez les jeunes de grandes villes ou de banlieue. 

Le financement d'un logement étudiant : Près de la moitié (48 %) des jeunes estiment que leurs parents ne pouvaient pas financer "un logement pour suivre des études qui ne se situent pas à proximité de chez eux". Une tendance qui s'accentue chez les jeunes ruraux : ils sont 56 %, contre 47 % chez ceux qui vivent en ville. C'est encore plus flagrant chez les jeunes de banlieue bénéficiant d'un niveau de vie supérieur : ils ne sont que 40 %.

"Il y a une autocensure psychologique chez des jeunes issus de ces territoires isolés", analyse Jérémie Peltier, l'un des auteurs de l'étude. "Ils se disent 'ça, c'est pas pour moi, je ne suis pas en capacité'. Et cette autocensure a tendance à fermer leurs écoutilles quant à ce qu'ils pourraient faire à l'avenir. Il y a aussi un aspect matériel, avec les problématiques liées à la mobilité."

L'accès à la culture et aux activités, plus aisé dans les grandes villes

Les activités extrascolaires : Sport, inscription à la bibliothèque ou encore activité culturelle (dessin, musique, théâtre), l'opposition ville/campagne est là encore bien visible. Dans les communes rurales, 32 % des jeunes disent n'avoir pratiqué, avant le bac, aucune activité extrascolaire. Ils ne sont que 20 % dans l'agglomération parisienne, et 27 % dans les villes de plus de 20 000 habitants.

"Pratiquiez-vous un sport en club, une activité culturelle (dessin, musique, théâtre) en club ou association, étiez-vous inscrit à une bibliothèque municipale ?"
"Pratiquiez-vous un sport en club, une activité culturelle (dessin, musique, théâtre) en club ou association, étiez-vous inscrit à une bibliothèque municipale ?" / Ifop/Fondation Jean Jaurès

Vie culturelle : Au total, 55 % des jeunes disent n'avoir vu aucune "exposition ou pièce de théâtre" au cours des 12 derniers mois. Les statistiques sont ici étonnantes : ce ne sont pas les jeunes des communes rurales (55 %) qui sont en bas du classement, mais ceux des villes de moins de 20 000 habitants dont 71 % n'ont vu ni exposition, ni pièce de théâtre dans l'année écoulée. Dans les grandes villes, ce pourcentage se situe entre 51 et 41 %. 

L'ouverture à l'étranger suit la même tendance

Apprentissage des langues : dans l'agglomération parisienne, 42 % des jeunes indiquent que leurs parents leur ont fait suivre "des cours de langue étrangère (initiation, soutien, perfectionnement) en-dehors de l'école". Ils ne sont que 21 % dans les campagnes et les petites villes.

"Vos parents vous ont-ils payé ou inscrit à des cours de langues étrangères en-dehors de l'école ?"
"Vos parents vous ont-ils payé ou inscrit à des cours de langues étrangères en-dehors de l'école ?" / Ifop/Fondation Jean Jaurès

Études à l'étranger : S'agissant de partir étudier dans un autre pays, les disparités d'origine géographique sont encore probantes. Seuls 27 % des jeunes ruraux déclarent que leurs parents les ont incités "à faire une partie de leurs études à l'étranger" ; ils sont 41 % dans l'agglomération parisienne. Dans les autres villes, petites ou très grandes, la proportion se situe autour de 33 %.

Une meilleure perception dans les villes de taille moyenne

Certains aspects de l'étude montrent une spécificité chez les jeunes vivant dans les villes de 20 000 à 100 000 habitants. Par exemple, ils sont 30 % à estimer avoir eu "tout à fait" accès à "toutes les informations nécessaires pour bien s'orienter". Un pourcentage qui détonne : les jeunes des autres milieux, que ce soit rural ou dans les très grandes villes, sont moins nombreux, autour de 20 %.

"Pensez-vous avoir eu toutes les informations nécessaires pour bien vous orienter ?"
"Pensez-vous avoir eu toutes les informations nécessaires pour bien vous orienter ?" / Ifop/Fondation Jean Jaurès

Il en est de même pour le niveau de confiance en eux au regard des prochaines années (études supérieures ou entrée sur le marché du travail). Dans ces villes de taille moyenne, ils sont 26 % à s'estimer "très confiants en eux" ; les autres se situent entre 11 et 16 %. Ces jeunes sont également plus nombreux que la moyenne à estimer que leurs choix d'études supérieures sont "ambitieux".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.