Diabète de type 2, dépression, cancers : pour onze maladies chroniques précises, des experts de l’Inserm affirment que le sport peut s’avérer être… un véritable médicament.

Le patient doit faire une activité "qui lui plait" estime le cardiologue François Carré.
Le patient doit faire une activité "qui lui plait" estime le cardiologue François Carré. © Getty / Razvan Chisu / EyeEm

Prescrire du sport sur ordonnance, c’est une idée qui commence à faire son chemin. Selon le travail d’experts de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l’activité physique peut s’avérer être un vrai médicament. Ces chercheurs ont compilé plusieurs études qui en attestent et sont donc formels : pour onze maladies chroniques précises qu'ils ont étudiées (dont l’insuffisance cardiaque, l’accident vasculaire cérébral, l’asthme, le diabète de type 2, l’obésité, la dépression, les cancers, les troubles musculo-squelettiques et des maladies inflammatoires et rhumatismales), une activité physique, même modérée, prescrite dès le diagnostic, favorise très nettement le pronostic et la qualité de vie

Pour leurs observations, les experts ont travaillé en binômes, composés à chaque fois d’une médecin et d’un enseignant d’activité physique adapté. Sachant qu'on compte en France neuf millions de patients en affection longue durée et 20 millions en maladie chronique, le constat n'est donc pas à prendre à la légère. Les chercheurs de l’Inserm encouragent d'ailleurs les médecins à en prescrire davantage car ce n'est pas encore totalement rentré dans les mœurs. Pour mieux comprendre, voici les explications du professeur François Carré, cardiologue. 

FRANCE INTER : Quel type de sport faut-il pratiquer ? 

FRANÇOIS CARRÉ : “D’abord, le premier problème auquel nous sommes confrontés c’est le temps. Le patient n’a pas le temps de faire du sport et le médecin n’a pas le temps de faire la prescription. Mais, en réalité, il faut prendre le temps d’un interrogatoire : si je veux que mon patient change de mode de vie, il faut que je lui fasse faire quelque chose qu’il a envie de faire et qui l’intéresse ! Exemple : ‘j’aime les animaux, je n’ai pas d’animal de compagnie’. Une fois j’ai dit : ‘Prenez un chien, vous ferez de la marche avec’. J’ai prescrit deux fois sur ordonnance de prendre un chien pour que le patient fasse de la marche. Une fois trouvé quelque chose que le patient aime, il faut le prendre en charge, l’encourager et le féliciter. Enfin, on retrouve après les objets connectés, la télémédecine. Il faut toujours être présent derrière le patient. Parce qu’il va toujours avoir envie de s’arrêter : on est tous ambivalents.”

Combien de temps faut-il pratiquer par semaine ?

“On parle d’une base de 30 minutes d’activité physique par jour, donc trois fois dix minutes. Là dessus, il faut ajouter au moins trois fois par semaine une activité physique programmée, avec de l’endurance et du renforcement musculaire. Et on peut faire des tas d’activités ! De la danse, du tai-chi. Tout ça c’est du travail en plus qui vient redonner la cohérence cardiaque. Le but c’est de faire baisser la perturbation globale de l’organisme. Quand je vais chercher le journal à pied, je prend l’escalier dès que je le peux. Et donc trois fois par semaine, je fais mon activité. Cette activité doit faire partie de mon traitement. Si je l’oublie, c’est comme si je ne prenais pas mon comprimé.”

Dans les faits ?

“Par exemple, il y a un chiffre sur les infarctus du myocarde : on diminue la mortalité d’environ 20 à 25 % quand on associe l’activité physique. Il y a autre chose que les gens oublient souvent, c’est que quand on fait un infarctus, on développe d’autres problèmes d’articulation ou d’essoufflement et ça, l’activité physique joue et même si ce n’est pas sur ce que l’on recherche, ce sera sur autre chose. Quant à l’observance, sur 100 personnes, 30 vont durer toute la vie, 30 vont s’arrêter au bout de six mois et les 30 dernières, je sais qu’elles ne changeront rien.” 

Aller plus loin

► Consulter la synthèse de l'étude "Activité physique : Prévention et traitement des maladies chroniques" sur le site de l'Inserm

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