Blessures, chutes et gadins : le Tour n'est pas toujours une sinécure !

Petit bois

Neuf fois, Robic s'est fracturé : deux fois le crâne (malgré son casque de cuir), deux clavicules, un fémur, les vertèbres, l'omoplate et j'en passe. "Tomber neuf fois, se relever dix" aurait pu être sa devise. Ce n'est pas sans raison qu'on le surnommait "Trompe-la-mort". On comprend mieux qu'au soir de sa victoire dans le Tour de France 1947, il soit aussitôt allé déposer son maillot jaune dans le trésor de la basilique Sainte-Anne d'Auray...

extrait du 2e numéro de la Revue Desports qui consacre un long dossier à 100 ans de Tours de France en 50 chiffres.

« Biquet », « Le lutin », « Le nain jaune »... sa petite taille prédestinait le pétardier Jean Robic à toutes sortes de surnoms. Insolent jusqu’à l’arrogance, ce petit (1m57) homme devint grand en remportant le premier Tour de l’après-guerre.Mais « Trompe-la-mort », un autre de ses sobriquets, était capable de prendre tous les risques pour s’imposer. Inventeur du bidon lesté pour aller plus vite en descente, il a expérimenté - malgré des qualités d’équilibristes récompensées par de nombreux titres en cyclo-cross - toutes les causes possibles de chute : il a dérapé, été fauché par des voitures ou des motos suiveuses, accroché la roue de plus d’un adversaire ou encore coincé ses roues à lui dans des rails de tramway.C’est pourtant dans un accident de voiture qu’il perdra la vie en 1980 à l’âge de 59 ans.

1951 : Van Est dans un ravin

Il restera à jamais « Le rescapé de l’Aubisque ». En 1951, Wim Van Est est le premier Hollandais à porter le maillot jaune. Il l’a conquis au terme d’une échappée victorieuse entre Agen et Dax.Le lendemain, c’est la 13ème étape. Un 13 funeste au Néerlandais. Surclassé dans la montée de l’Aubisque par les grimpeurs purs, il prit tous les risques dans la descente pour défendre son maillot. Après une première chute, sa trajectoire s’arrêta dans un ravin profond de 70 à 100 mètres selon les récits.Survivant miraculeusement, il monnaya tout de même son aventure grâce à une réclame pour les montres Pontiac qui sponsorisaient l’équipe des Pays Bas : « mon cœur s’est arrêté de battre, mais ma Pontiac marchait toujours ». Il s’est éteint en 2003, à l’âge de 80 ans.

### 1962 : le poignet de Poulidor Sur le Tour, des chutes, il en a connu un certain nombre, dans les circonstances les plus variées (tout seul, renversé par un véhicule, accroché par un de ses rivaux).Mais celle qui l’a sans doute le plus tracassé, c’est celle de 1962, quelques jours avant sont premier Tour : lui qui faisait déjà figure de favori commençait sa première Grande Boucle diminué par une foulure du poignet ! ### 1971 : la chute d'Ocana L’histoire de la chute de Luis Ocana en 1971 est encore celle d’un maillot jaune défendu avec ardeur. Dans l’étape de Revel à Luchon, l’Espagnol porte le maillot jaune et Eddy Merckx a, contre toute attente, décidé de l’attaquer.Dans la descente du col de Menté, ils sont quatre ténors du peloton à rouler : Merckx et Ocana, bien sûr, mais aussi le Hollandais Zootemelk et le Français Guimard. Merckx dérape, Ocana tombe et au moment où il se relève, est fauché par Zootemelk. Le Belge sifflé par tous les Espagnols du bord de la route, songera à abandonner…avant de repartir pour gagner son troisième Tour consécutif.
### 1975 : Merckx frappé sur le tour Parmi les nombreux aléas de la course, il y a l’incident mécanique, la crevaison, la chute qui est souvent la conséquence des deux premiers, mais la malveillance reste tout de même rarissime. Pourtant, c’est bien la malveillance d’un spectateur qui semble avoir fait perdre le Tour 1975 à Eddy Merckx.Le cannibale, maillot jaune, est à la lutte avec Bernard Thévenet et son compatriote Lucien Van Impe dans la montée du Puy de Dôme. Il semble battu, mais est abattu par le coup de poing que lui décoche un spectateur dans la bousculade des derniers hectomètres. Le coupable ne sera jamais identifié, mais la victime, atteinte au moral comme au physique s’en remettra difficilement et terminera le Tour deuxième, derrière Thévenet, mais devant Van Impe qui avait gagné cette 14ème étape.
Merckx frappé
Merckx frappé © Radio France / L'Equipe
### 1985 : le nez d'Hinault Encore une histoire de maillot jaune à terre, une histoire curieuse avec une chute à l’approche de l’arrivée dans un sprint qui n’était même pas pour la victoire détape ou pour des points au classement du maillot vert.Personne ne sait au juste comment Bernard Hinault s’est retrouvé pris dans cette « salade de vélos » en arrivant à Saint Etienne. Toujours est-il qu’en voyant les images de l’arrivée, personne n’aurait imaginé que le Blaireau gagnerait malgré sa fracture du nez cette année là, son cinquième (et dernier) Tour de France.
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