Sur des pavés mouillés ou des ravins profonds, solitaires ou collectives, anecdotiques ou dramatiques… les chutes sont légion dans le Tour de France.

1937 la chute

En 1937, le Petit Illustré affiche en une un coureur à terre dans une rue.C’est pourtant en pleine montagne qu’eut lieu la spectaculaire chute de Bartali, qui participait pour la 1e fois à la Grande Boucle.

Relevant tout juste d’une pneumonie, Bartali boucle le Tour d’Italie avec plus de 8’ d’avance au classement général et – contre l’avis de ses médecins – prend le départ du Tour de France. Dès les 1e jours il s’impose comme une figure de cette 31e édition. Son ascension dans le Ballon d’Alsace et alors qu’il termine 2e de l’étape, lui vaut ces louanges de Desgrange «Je me moque du classement, je n'ai jamais rien vu d'aussi beau que Bartali dans le Ballon d'Alsace.» Une semaine plus tard, alors qu’il porte le maillot jaune, il glisse et chute dans une torrent entre Embrun et Briançon. Une chute qui marque le début de la fin : arrivé à Briançon avec 10 min de retard, il passe à la 6e place du classement le lendemain et se retire de la course quelques jours plus tard.Ce qui ne l’empêchera pas de remporter le Tour l’année suivante.

Le Petit Journal Illustré 1937
Le Petit Journal Illustré 1937 © Gallica BNF

1967 le Tour en deuil

Le plus grand coureur cycliste sur route que la Grande-Bretagne ait connu est mort d’un coup de ce soleil où il s’était fait une place

Ces mots de Blondin pour poétiques qu’ils soient ne reflètent pas tout à fait la réalité.

Simpson est mort au sommet du Ventoux, sous un soleil de plomb certes. Mais Simpson dont le caractère joyeux et blagueur en faisait un des coureurs les plus appréciés du peloton et des journalistes, était dopé, et c'est le dopage plus que le soleil qui est à incriminer dans cette mort.

Jacques Goddet au lendemain du drame trouvera les mots pour le dire : « Tom était le plus joyeux compagnon de la route. (…) Mais il désirait trop fort la victoire. »

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1983 Guerre dans le peloton

La fatigue, la soif, les crampes, les foulures, les chutes… les dangers cernent les coureurs cyclistes, et pourtant en 1983 il semble que le plus grand ennemi soit le cycliste lui-même.Réels coups bas ou parano excessive… une ambiance délétère règne semble-t-il dans le peloton.Lors de la 11e étape (Bagnères-de-Luchon / Fleurance, 177 km) une sortie d’Agostinho précipite le drame. Jonathan Boyer et son équipier Bernard Bourreau sont – littéralement – au coude à coude. Les souffles sont courts. Les vélos tanguent. Pascal Simon fait un écart pour les éviter. Chute dans un fossé et se fracture l’omoplate.Pendant une semaine, il continuera le Tour sidérant tout le monde par son courage et son obstination. La douleur aura raison de lui le 18 juillet : il quitte le Tour au terme de la 17e étape.

### 1991 Abdoujaparov chute Djamolidine Abdoujaparov, surnommé « L’Express de Tachkent », ou plus simplement Abdou avait l’habitude de dire _"Si vous voulez gagner, vous devez prendre tous les risques"._ Il l’a appris à ses dépends en 1991 alors qu’il participe pour la 2e fois au Tour de France. 3 semaines durant lesquelles il emporte et porte le maillot vert. Mais à quelques mètres de l’arrivée, sur - dit-on - la plus belle avenue du monde, son vélo bute sur une barre métallique. La chute, vécue et commentée en direct, est impressionnante. Clavicule fracturée, traumatisme crânien, arcade sourcilière fendue… c’est soutenu par les médecins qu’il franchira la ligne d’arrivée, près d’un quart d’heure après le peloton.
### 1993 – Fignon jette l'éponge Laurent Fignon aura traversé 10 Tours de France.A 33 ans, pour la dernière fois, il s’aligne au départ de la 80e édition, aux côtés de Miguel Indurain (29 ans, vainqueur du Tour précédent), Tony Rominger (32 ans) et un jeune texan de 22 ans dont c’est la 1e participation, un certain Lance Armstrong.Les années sont-elles trop lourdes ? La centaine de courses qu’il a déjà dans les jambes pèsent-elles trop ? Les substances pas forcément licites qui l’ont accompagné durant sa carrière ont-elles essoufflé trop tôt son organisme ?Victime de crampes dans la 11e étape (Serre Chevalier / Isola 2000, 180 km) il abandonne avant même la fin de l’étape. ### 1994 – Jalabert chute « C’est un désastre et ça aurait pu être un drame » Première étape. Lille / Armentières, 234 km. Sprint final emmené par Abdoujaparov. Le Belge Willfried Nelissen est au taquet, concentré sur sa course, les yeux rivés sur ses roues, au bord de la barrière de sécurité. A plus de 70 km/h il heurte un policier qui prend une photo. Le choc est terrible, la chute spectaculaire, le peloton décimé.Traumatisme crânien pour Nelissen. Lampre, à terre. Gontchenkov, choqué. Et Jalabert en sang. ### Quand la chute est collective > Le plus fanatique des suiveurs l'admettra : le Tour 2012 ne laissera aucun souvenir. Ni Alpes ni Pyrénées n'ont pu remettre en cause la victoire de Wiggins pliée dès la première semaine. Chaque jour on a pesté contre la timidité de ses adversaires directs, chaque jour constaté avec dépit que les Sky verrouillaient la course au point de compter dans leurs rangs, et donc de neutraliser, le seul coureur (Froome) capable de battre le vainqueur annoncé. François Begaudeau - Le Monde, 21 juillet 2012 Le suspense sur cette édition sera venu des chutes. Inattendue (comme celle causée par un chien qui traverse la route le 20 juillet) ou spectaculaire. Comme la chute collective qui décima le peloton dès les premiers jours du Tour de France. 6 juillet 2012, 6e étape, Epernay-Metz (205 km). Fatigués et nerveux, les cyclistes s’élancent pour cette étape de plat. A 25 km de l'arrive, la chute d'un coureur fait s’effondrer une grande partie du peloton comme un château de cartes. Le bilan est lourd : 60 coureurs à terre et 4 abandons : l'Américain Thomas Danielson, l'Italien Davide Viganò, le Néerlandais Wout Poels et l'Espagnol Mikel Astarloza.
Dominik Nerz, dont c’était la 1e participation à la Grande Boucle, était encore soufflé le lendemain au moment du départ de la 7e étape : _« Je n’avais jamais rien vu de pareil depuis que je suis passé professionnel. Il y avait des coursiers complètement sonnés sur le bas-côté, des vélos cassés en deux et du matériel partout sur la chaussée. »_
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