Le cyclisme est un des sports les plus durs, dit-t-on souvent. Une réputation qui est loin d’être usurpée : chute, épuisement, souffrance et douleur sont les compagnes des coureurs, champions ou anonymes.

Poulidor

Plus qu’un éternel deuxième, le populaire Raymond Poulidor a surtout été un fantastique poissard. La malchance l’a frappé si souvent dans le Tour qu’il faudrait plusieurs pages pour dresser la liste des avanies qui l’ont empêché de s’imposer.

En 1967 pourtant, c’est en tant qu’équipier de Roger Pingeon qu’il terminait la course après avoir essuyé une défaillance dans le ballon d’Alsace. Et même dans ces circonstances, la scoumoune ne l’a pas abandonné : dans la descente du Galibier, au cours de la 10ème étape, il réussit à entrainer son leader Pingeon dans sa chute…Ce qui n’empêchera pas ce dernier de triompher à Paris.

Cette fois, c’est bien la victoire que joue Raymond Poulidor : Luis Ocana a pris le maillot jaune en gagnant la huitième étape dans les Alpes. Mais le Limousin est toujours en course et marque de près l’Espagnol. Ils sont ensemble dans le groupe de tête entre Bourg-Madame et Luchon dans les Pyrénées. Dans la descente du Portet d’Aspet, Poupou loupe un freinage et bascule dans le ravin. Chute spectaculaire qui le laisse ensanglanté sur le bord de la route, le contraignant à l’abandon.

1973 chute Poulidor
1973 chute Poulidor © L'Equipe

La chute du maillot jaune

La chute de Luis Ocana en 1971, c’est la fin d’un Tour qui s’annonçait ouvert après deux années consécutive de domination d’Eddy Merckx. L’Espagnol un peu supérieur en montagne semblait avoir les moyens de contrecarrer sa domination dans les étapes pour rouleurs. Mais entre Revel et Luchon, dans la descente du col de Menté rendue très glissante par un violent orage, c’est la chute, très spectaculaire, aggravée par l’arrivée au point d’impact d’un Joop Zoetemelk impuissant.

Interrogé le lendemain sur son lit de l’hopital de Saint Gaudens, le plus français des champions espagnols (marié avec une Française, il vit dans les Landes), relativise sa mésaventure : la chute, dit-il fait partie des aléas du métier de coureur, un métier au demeurant très difficile. ### L'épuisement On oublie souvent qu’à l’arrivée des étapes, même les plus difficiles, il y a des vainqueurs que la victoire galvanise, mais aussi, beaucoup plus tard, des coureurs qui ont vécu une journée de souffrance sur leur selle. Il est arrivé pratiquement à tous les champions, de terminer une ascension à la limite de la défaillance. Voire au-delà de la limite, comme l’italien Giovanni Fidanza à Luz Ardiden en 1994, une étape dont l’histoire n’a pourtant retenu que le triomphe du chouchou du public, Richard Virenque. ### Le drame Fabio Casartelli fait partie des martyrs du Tour. Victime probablement des plots de béton qui bordent les routes de montagne afin d’empêcher les voitures de basculer dans les ravins, l’Italien, champion olympique et grand espoir du cyclisme mondial est mort en 1995 dans la descente du Portet d’Aspet.
La chute de Fabio Casartelli, n’aurait peut-être pas été fatale si le port du casque avait été obligatoire. Il n’était en 1995 que recommandé (en 1991, les coureurs avaient menacé de faire grève si on les forçait à en porter). Il deviendra obligatoire en 2003, après une autre chute mortelle, celle du Kazakh Andrei Kivilev dans Paris-Nice. Le lendemain, l'étape sera dédiée au jeune coureur italien... ### Là où leurs mains se tiennent La chute inspire tous ceux qui « racontent » le cyclisme. Elle est même parfois le ressort de leur récit, qu’il soit journalistique ou romanesque. « Là où leurs mains se tiennent » est une fiction autour du vélo. Et la chute du héros est l’un des éléments majeurs de la trame du roman. > De la rampe, il s'élance, en dernier. Il est parti. Il fend l'air. Il survole l'exercice. Il ne laissera aucune chance à qui que ce soit. Il est en état de grâce. Le soleil caresse sa peau. La douleur n'existe plus. Il semble rejoindre l'horizon. Il en est de Jean-Baptiste comme il en fut des héros de l'Antiquité, on doute de leur condition de mortel.Dans une grande et belle ligne droite, à plus de 65 kilomètres à l'heure, tout s'arrête.La France, par la bouche de Thierry Adam, s'exprimerai ainsi : "Oh non ! C'est pas possible !". Laurent Jalabert y ajoutera un sombre "Oh là là...".Quand le casque a explosé et a quitté sa tête, le réalisateur a hésité à changer de caméra. Finalement, il est resté sur cette image. Jean-Baptiste reposait sur le ventre. ses membres semblaient désarticulés, comme ces mains collantes que l'on jette et qui dégringolent des vitres. La voiture qui le suivait s'est arrêtée à quelques centimètres de lui. Le médecin a fendu la foule des photographes qui s'amassaient autour du champion. "Là où leurs mains se tiennent" de Grégory Nicolas (éd. Rue des Promenades, 2013) ### Les chutes les plus spectaculaires Collectives (provoquant une "salade de vélos") ou individuelles, dans les descentes de cols ou sur des routes trop étroites pour supporter un peloton trop fourni, les chutes fournissent aux télévisions des images qui rappellent que le cyclisme reste un sport dangereux. Il arrive que ces images soient cocasses, elles sont le plus souvent terrifiantes, et de toute façon, toujours spectaculaires.
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