Les personnels d'une école d'ingénieurs de Saint-Ouen, Supméca, ont lancé une pétition pour dénoncer l'installation du village olympique de Paris 2024, en partie sur leur campus. Une résidence universitaire aux loyers réduits va fermer cet été et l'école craint de ne pas pouvoir se développer.

Les personnels de l'école Supméca, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)
Les personnels de l'école Supméca, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) © Radio France / Rémi Brancato

"Quand on a appris que les Jeux olympiques avaient été gagnés par la France, on savait que c'était dans le secteur, alors on était assez contents", raconte Tony Da Silva, professeur de mécanique à Supméca, école d'ingénieurs créée en 1948 à Saint-Ouen. Avec ses collègues, il a pris connaissance du plan du futur village olympique, qui doit s'implanter en partie sur l'emprise de l'école. "On découvre que notre cantine va être rasée et que la rue qui se trouve à l'intérieur de notre campus, va se retrouver à l'extérieur" regrette-t-il, ajoutant : "On ne va pas pouvoir considérer le développement de Supméca comme on pouvait l'envisager".

La semaine dernière, les personnels de l'école ont lancé une pétition pour s'opposer au projet de la Solidéo, la société de livraison des ouvrages olympiques, en charge de la construction du village. Ce jeudi, elle a déjà recueilli plus de 3 000 signatures. Ils espèrent que le projet sera modifié. 

Une pétition contre le projet du village olympique dans l'école

"On est pas contre les JO mais je pense qu'on peut trouver des solutions et décaler la rue de 20 mètres", avance Mireille Moinet, ingénieure de recherche et responsable de service à Supméca. Les personnels, qui ont créé un "collectif JOP 2024 de Supméca", ont donc déposé des propositions pour modifier le plan du futur village olympique, dans le cadre de l'enquête publique, qui vient de se clôturer.

"On perd la rue, la cantine et une partie du terrain ici, donc cela nous empêche à moyen terme tout développement de l'école", déplore Lionel Vaquier, responsable syndical FO et documentaliste à Supméca. "Cela nous bloque dans notre développement", abonde Alain Rivière, le directeur général de l'école, qui assure que l'école a pour projet de construire un bâtiment supplémentaire sur les terrains expropriés dans le cadre des JO. "On prévoit, avec le développement de la filière aéronautique française, le doublement du nombre d'ingénieurs à former" ajoute-t-il.

Une résidence étudiante fermée dès la rentrée 

Sans compter qu'à quelques rues du campus, une résidence étudiante doit être détruite et évacuée dès septembre 2019. Elle compte 97 logements à loyer modéré. "Je paie, APL déduite, 200 euros par mois" raconte Felix Buhot, en deuxième année. "On ne sait pas du tout ce qui va se passer après les vacances, s'inquiète-t-il, j'ai des amis qui paient 600 euros, à côté de chez moi : cela triplerait mon loyer et financièrement ce sera compliqué." Une résidence, livrée en 2022 dans un quartier voisin, permettra d'accueillir certains étudiants, mais en attendant, aucune solution n'est proposée. Des discussions sont en cours, assure la Solidéo.

La Solidéo défend les avantages du village olympique

Quant au plan du village olympique, la société assure qu'elle ne compte pas revoir sa copie, d'autant que, selon elle, l'école a un projet d'agrandissement qui ne nécessite pas d'utiliser les terrains du futur village olympique. Elle ajoute qu'un restaurant scolaire de remplacement est prévu, au rez-de-chaussée d'un bâtiment qui sera construit sur la parcelle.

Enfin, l'organisme défend les avantages du projet pour l'école. "Demain, on aura un quartier mixte avec des logements, des activités, des commerces et des espaces verts alors qu'aujourd'hui, Supméca fonctionne dans une enclave", détaille Jérôme Brachet, responsable d’opération pour le village olympique et paralympique. "En terme de cadre de vie pour les étudiants, il sera sans commune mesure" estime-t-il.

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