Anita Sarkeesian, critique médias, autrice de plusieurs articles et vidéo-blogueuse gaming, organise une conférence sur le féminisme dans les jeux vidéo, ce mercredi 30 octobre, à l'occasion de l'ouverture de la Paris Games Week. Entretien.

Anita Sarkeesian, à la Paris Games Week 2019
Anita Sarkeesian, à la Paris Games Week 2019 © Radio France / Oivier Bénis

Avec 316 000 visiteurs en 2018, la Paris Games Week est l'un des plus grands salons de jeux vidéo au monde. L'édition 2019 ouvre ses portes ce mercredi 30 octobre. Sur place, on teste les dernières nouveautés du marché, mais l'on peut aussi s'interroger sur la manière dont les jeux vidéo sont au cœur des questions de société. Le collectif Women in Games organise ce mercredi soir une conférence avec Anita Sarkeesian, pour évoquer le féminisme dans les jeux vidéo. France Inter l'a rencontrée.

FRANCE INTER : L'industrie du gaming est-elle plus sexiste que le reste du monde ?

ANITA SARKEESIAN : (Rires) "Les gens veulent toujours comparer les jeux vidéo aux autres médias, savoir s'ils sont pires ou meilleurs. Ce n'est pas forcément pire, mais je crois que les jeux vidéo ont un problème particulier du fait que l'industrie est profondément dominée par les hommes depuis longtemps, tout comme le type de jeux qui y sont créés. À cause de cela, on constate un changement plus lent dans ce secteur qu'au cinéma ou a la télé. 

Mais depuis dix ans néanmoins, on constate un gros changement dans les discussions autour du jeu vidéo. Davantage de gens parlent de ce que veut dire la représentation dans les jeux, quelles histoires on raconte, quelles histoires on devrait raconter, et comment l'on commence à se libérer des habitudes sexistes qui ont dominé le secteur."

Ce changement lent des mentalités est-il lié au fait qu'il y ait encore peu de femmes dans l'industrie ? Cela change-t-il progressivement ? 

"La domination des hommes développeurs est l'un des facteurs. On a toujours très peu de développeuses. Mais c'est important de voir cela d'une manière plus large : nous n'avons pas seulement besoin que nos pratiques dans ces métiers soient plus inclusives, mais aussi que nos espaces de travail soient plus inclusifs. Pour les femmes non seulement, mais aussi les gens de couleur, les trans... Des personnes jusqu'ici considérées à la marge, et qui n'étaient pas les bienvenus dans les espaces de travail."

Pensez-vous que les jeux vidéo ont un effet sur la société, négativement ou positivement ?

"On entend souvent, dans les médias populaires ou dans la bouche des politiciens,'Oh, vous jouez à un jeu vidéo, vous allez devenir violent ou sexiste'. Mais je pense que les médias en général, y compris les jeux vidéo, sont l'un des facteurs de socialisation dans notre société. Ils jouent un rôle primordial sur notre compréhension des autres, nos valeurs, et peuvent être bons ou mauvais.

Si les jeux vidéo cantonnent les femmes à une image sexualisée, cela va structurer notre société

Notre relation aux médias - et donc aux jeux vidéo - est à la fois un miroir de ce que nous sommes en ce moment même, et une projection de ce que nous pouvons ou voulons pour l'avenir. Donc, si les jeux vidéo valorisent la violence comme seule manière de résoudre les conflits et cantonnent les femmes à une image sexualisée, alors cela va structurer notre société... Mais les jeux vidéo peuvent aussi dire : 'non, les femmes aussi peuvent être des héros !'"

Avez-vous des exemples de bonnes et de mauvaises représentations des femmes dans les jeux vidéo ? 

"Je n'aime pas vraiment entrer dans les détails, dans un cas spécifique. On peut se pencher sur des thèmes plus larges, et sur leur évolution. Par exemple, l'un des thèmes dont je parle beaucoup dans mes vidéo, c'est la 'demoiselle en détresse' - autrement dit, un scénario qui met en scène une femme en détresse qui doit être secourue par un homme. Ce scénario était très très courant dans les jeux vidéo. Maintenant, est-ce toujours aussi courant ? Pas tant que ça. Après, cela n'a pas disparu, c'est juste moins employé par les développeurs. 

En revanche, chaque année, nous réalisons une étude qui s'intéresse aux personnages stars des nouveaux jeux vidéo. 

Cette année, seuls 5  % de jeux mettaient en scène un personnage féminin au premier plan. 

Est-ce que les choses s'améliorent ? À certains égards, oui. Y a-t-il davantage de femmes faisant figure de personnages principaux ? Non. "

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