C'est une première : à l'approche des européennes, la ville de Paris a équipé ses 896 bureaux de vote du dispositif FALC, afin d'aider les personnes handicapées mentales, psychiques et celles sous tutelle, à voter sans problèmes.

Paris s'équipe pour permettre aux handicapés mentaux et psychiques de voter plus facilement
Paris s'équipe pour permettre aux handicapés mentaux et psychiques de voter plus facilement © AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

C'est un droit. C'est un devoir. Mais pour certains, voter peut aussi être un fardeau. Que l'on soit atteint d'un handicap mental ou psychique, ou que l'on soit sous tutelle, on se retrouve souvent écarté des isoloirs, faute d'accessibilité suffisante. À dix jours des élections (le 26 mai), et alors que les personnes sous tutelle ont jusqu'à aujourd'hui, jeudi 16 mai, pour s'inscrire sur les listes électorales, la ville de Paris s'apprête à tester un nouveau système pour faciliter la tâche de ces Français. 

Un langage simplifié, plus facile à comprendre

Son nom tient en quatre lettres : FALC, acronyme de "Facile À Lire et à Comprendre". C'est un langage simplifié, adapté sur des affichettes qui seront placardées dans chacun des 896 bureaux de vote de la ville. "Ce sont des phrases simples et courtes, mais aussi des icônes, des images, qui permettent aux personnes de mieux comprendre", explique Nicolas Nordman, adjoint au handicap à la mairie de Paris. "Les affichettes rappellent où l'on va, à qui l'on s'adresse, quelles pièces fournir, quel est le parcours dans le bureau de vote..."

L'affichette en langage FALC qui sera affichée dans les 896 bureaux de vote parisiens, le 26 mai prochain
L'affichette en langage FALC qui sera affichée dans les 896 bureaux de vote parisiens, le 26 mai prochain / Ville de Paris

Les assesseurs, présents dans les bureaux de vote, ont été briefés et formés aux "bonnes pratiques". Une ligne téléphonique leur sera dédiée, pour toute question ou problème le jour du vote.

"Des années que l'on réclame cela"

De nombreux bureaux de votes sont déjà équipés pour accueillir d'autres types de handicaps, détaille l'élu. "Pour le handicap physique, il y a des isoloirs plus grands, adaptés à recevoir un fauteuil, et avec une tablette plus basse afin d'être à la hauteur de la personne. Pour les malvoyants, nous avons des bulletins en braille." Mais pour le handicap mental, rien n'était encore fait. "L'objectif c'est d'aller encore plus loin, pour permettre à ces gens d'exercer aussi ce droit."

Une avancée dont se réjouit Lahcen Er Rajaoui, président de l'association de handicapés Nous Aussi, et lui-même atteint d'une déficience intellectuelle à la suite d'un accident. "Ça fait des années qu'on le réclame ! Il faut faire en sorte que les personnes votent, mais pour cela, _il faut rendre le processus accessible_. Il faut les accompagner." 

"De vraies difficultés à se renseigner sur les programmes des candidats"

Lahcen Er Rajaoui regrette toutefois que le dispositif ne soit pas plus étendu en France : "Ça avance, mais à petits pas", note-t-il. D'autres villes, comme Dunkerque ou Lille, commencent à intégrer le langage FALC dans leurs bureaux de votes, mais ne l'ont pas encore généralisé à l'échelle de la ville entière. À noter qu'à Paris, la mise en place du dispositif a coûté environ 17 000 euros à la ville.

Du côté des partis politiques, le langage FALC ne semble pas non plus être une priorité. Seule une poignée de listes, sur les 34 qui se présentent aux européennes, auraient élaboré une version "facile à lire et à comprendre" de leur programme (le PS, LREM, la FI ou encore EELV). "Pour l'instant, il y a des recommandations", précise Nicolas Nordman. "Mais au-delà de ces simples conseils, il faudrait peut-être que le Ministère de l'Intérieur, qui établit ses directives concernant les élections, soit un peu plus directif. _Certaines personnes handicapées ont de vraies difficultés à se renseigner sur les programmes des candidats_. Mais la propagande électorale devrait être accessible à tous."

Certains voteront pour la première fois

Par ailleurs, l'élection à venir marque aussi l'obtention du droit de vote pour quelque 300 000 personnes placées sous tutelle. Évoqué en octobre 2018 par la secrétaire d'État Sophie Cluzel, puis confirmé par une modification du Code Civil, le droit de vote pour les Français sous tutelle a été inscrit au Journal Officiel le 25 mars dernier. Auparavant, ce droit leur était accordé au cas-par-cas par un juge. Ce 26 mai, nombre d'entre eux pourront donc voter, certains pour la toute première fois. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.