Depuis la mort de l'avocate et militante féministe Gisèle Halimi, plusieurs voix se font entendre et réclament, pétitions à l'appui, son entrée au Panthéon.

Gisèle Halimi en 2007
Gisèle Halimi en 2007 © Getty / Eric Fougère

Les obsèques de Gisèle Halimi se sont déroulées le 6 août lors d’une cérémonie laïque au crématorium du Père-Lachaise. Désormais ses cendres y demeurent à coté de celles de son mari Claude Faux. Des voix se sont faites entendre, parmi les personnes qui assistaient aux obsèques, disant "Gisèle Halimi au Panthéon !".

“Ce serait une très bonne idée", avait spontanément répondu Me Martine Portnoé, complice de ses combats militants. "Elle y a tout à fait sa place pour toutes les luttes qu’elle a menées”, avait-elle précisé. 

"Un hommage décent à celle qui a tant fait pour notre pays"

Une pétition sur change.org  demande à ce que celle qui s'est battue pour le droit à l’avortement, la dépénalisation de l'homosexualité et la criminalisation du viol, repose au Panthéon. Elle a été lancée par Louise Dubray, membre des Effrontées, psychologue au sein de l’association de lutte contre les violences faites aux femmes Womensafe. La pétition plaide pour "un hommage décent à celle qui a tant fait pour notre pays, pour la cause des femmes, pour celle des homosexuel-le-s et contre le colonialisme".

Le texte de cette pétition note que "le pays, la nation et l’État ne lui ont rendu qu’un bien maigre hommage pour la remercier de son combat", car "l’hommage symbolique du Président de la République s’est limité à un tweet ; la chaise du Ministre actuel de la Justice, Dupond-Moretti, est restée vide ; aucun juge n'était présent". 

Pour Louise Dubray, "le combat de Maître Halimi est toujours d’actualité, le viol n’étant pas reconnu comme crime, mais correctionnalisé au mieux, et classé sans suite au pire (90% des plaintes pour viol n’aboutissent pas)".

Cette pétition lancée le 20 août atteint les 15 000 signatures le 23 août. 

"Contribuer à la parité dans la politique mémorielle de la France" 

Une autre pétition lancée dès juillet sur petitions.fr  déposée par Eliz Murad, chanteuse d'origine libanaise, met en avant son combat pour la décolonisation en Tunisie et en Algérie, et rappelle que Gisèle Halimi présida une commission d'enquête sur les crimes de guerre américains au Vietnam. 

Rappelant qu'elle fut signataire en 1971 du Manifeste des 343, parmi 343 femmes qui avaient avorté et réclamaient le libre accès à la contraception et à l'avortement, se souvenant aussi qu'elle avait fondé en 1971 le mouvement féministe “Choisir la cause des femmes”, le texte de la pétition indique qu'"inhumer une sixième femme au Panthéon parmi les soixante-quinze hommes qui y reposent, c’est aussi contribuer largement à la parité dans la politique mémorielle de la France et rester fidèle à la grande cause du quinquennat."

Cette pétition lancée le 28 juillet atteint  les 900 signatures le 23 août. 

"Parce qu'aux Grandes Femmes, la Patrie (est) reconnaissante"

Autre initiative en faveur de l'entrée au Panthéon de Gisèle Halimi, l'Association pour la promotion de la coopération et de l'amitié entre la France et la Tunisie a demandé à Emmanuel Macron que les cendres de l'avocate née à la Goulette en Tunisie, y soient transférées. 

Le président de l’APCAFT défend la mémoire de "la députée puis ambassadrice de l’Unesco", rappelle  que "son attachement pour une meilleure représentativité des Femmes" a été la "pierre angulaire de son engagement"

Il estime qu’"elle a marqué notre époque et laissera une trace indélébile dans l’Histoire de France".

"Parce qu'aux Grandes Femmes, la Patrie (est) reconnaissante, nous vous appelons, Monsieur le président de la République, à examiner la possibilité de faire entrer les cendres de Gisèle Halimi au Panthéon", demande l'Association pour la promotion de la coopération et de l'amitié entre la France et la Tunisie, en référence à l'inscription au fronton du monument. 

Dans ce courrier l'association souhaite que "l'empreinte de cette grande femme" soit "inscrite à jamais dans nos cœurs et dans l'Histoire de France", et précise aussi que "son coeur était bleu, blanc et rouge mais ce rouge comportait aussi ce disque blanc et ce croissant rouge entourant cette étoile à cinq branches", en faisant référence aux drapeaux tunisiens et français. 

La dernière femme à être entrée au Panthéon est Simone Veil en 2018, la cinquième seulement à y être inhumée, alors que 73 hommes y sont honorés ou inhumés. La décision revient au président de la République, sous réserve de l'avis des familles. Une personne qui "entre au Panthéon", peut soit y avoir sa sépulture dans la crypte, soit une inscription sur une plaque, ou bien être honorée par un monument ou une oeuvre. 

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