Elles s'appellent Alicia, Chloé, Vanessa, toutes transgenres... Avec 400 autres personnes, elles sont venues soutenir ce mardi Julia, femme trans, agressée le 31 mars dernier lors d'une manifestation contre le régime algérien. Elles racontent la peur de l'agression, mais aussi les pesanteurs du quotidien.

Alicia, 60 ans, se sent libre dans son quotidien mais la pression sociale existe dit-elle
Alicia, 60 ans, se sent libre dans son quotidien mais la pression sociale existe dit-elle © Radio France / Mathilde Dehimi

Alicia, 60 ans, danseuse de salsa de classe internationale

"À l'âge de 5 ans, ma dernière fille me disait : 'Papa tu es plus jolie en dame'. Mais à 8 ans, elle m'a dit : 'Papa, tu ne te mets pas en dame car tu vas me mettre la honte'. La pression sociale, elle est sur tous, y compris sur les enfants, donc demain quand je vais voir ma pupuce, je vais me mettre en mode Papa. J'ai 60 ans, c'est plutôt en homme que ça ne se passe pas bien, en ce qui me concerne, c'est plus sympa d'être en fille donc je prends la situation la plus avantageuse. Les gens sont gentils avec moi, je vais comme ça au travail, c'est très bien accepté par mes collègues, ça se passe très bien avec mon chef.

Le côté réactionnaire existe partout, y compris dans la famille... Que je sois comme ça ou autrement, c'est à moi de donner une bonne image aux autres et de faire en sorte que ma présence leur soit agréable. En cas de problème d'agressivité, j'ai dans mon sac à dos le 'mode Papa' : un pantalon, une chemise et les chaussures qui vont avec."

Vanessa espère que l'administration ne va pas prendre trop de temps pour changer son identité
Vanessa espère que l'administration ne va pas prendre trop de temps pour changer son identité © Radio France / Mathilde Dehimi

Vanessa a commencé sa transition il y a un an

"Là, j'ai réussi à faire mon changement de prénom et avoir ma carte d'identité avec mon prénom féminin. Je monte un dossier à l'état civil pour valider le changement de sexe et refaire tous les papiers comme le passeport, le permis de conduire... Il y a encore certains tribunaux qui refusent, malgré la loi, d'accepter simplement des témoignages, des attestations d'employeurs et qui demandent encore des attestations d'intervention chirurgicale ou un traitement hormonal, qui n'est pourtant plus obligatoire.

La semaine dernière encore, un médecin a lourdement insisté pour m'appeler Monsieur dans la salle d'attente, c'est blessant. Je passe outre en me disant que dans quelques mois, je serai sortie de cette galère. On n'est pas très nombreuses, on demande simplement à être acceptée tel qu'on est et de nous laisser vivre."

Pour Chloé, le comportement des gens ne changera pas si la transphobie de l'Etat persiste
Pour Chloé, le comportement des gens ne changera pas si la transphobie de l'Etat persiste © Radio France / Mathilde Dehimi

Chloé a engagé un long combat judiciaire dès 2012

"Quand j'ai voulu changer d'identité à l'époque, c'était galère car je voulais rester mariée avec ma femme, mais nous étions avant le mariage pour tous. Encore aujourd'hui, je subis les difficultés administratives, j'ai deux identités à la fois ce qui me pose des problèmes pour travailler, me loger et mes enfants en souffrent.

Moi aussi, ça m'est arrivée de me retrouver face à un homme ouvrant sa braguette pour me montrer son sexe parce qu'il vient d'apprendre que j'étais transgenre. C'est odieux, et ce genre de comportement est légitimé par le comportement de l'État, qui se permet de la transphobie, ou par des discours religieux. On se retrouve avec des discours de haine. La transphobie, elle est aussi au quotidien dans les dictionnaires. On parle encore trop souvent de transsexuels alors que nous sommes transgenres, c'est une question d'identité, pas de sexe."

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