Alors que la perspective d'une fin rapide du confinement s'éloigne, plusieurs associations d'habitants de quartiers populaires s'organisent pour partager leur connexion Internet. Ils demandent aux pouvoirs publics d'apporter des réponses pour réduire ces inégalités, exacerbées par l'isolement.

Alors que la France s'apprête à démarrer sa 4ème semaine de confinement, la question de la fracture numérique risque de se poser de plus en plus sérieurement.
Alors que la France s'apprête à démarrer sa 4ème semaine de confinement, la question de la fracture numérique risque de se poser de plus en plus sérieurement. © Radio France / Fatima Mostéfaoui

Comment communiquer avec ses proches au-delà d'un simple coup de téléphone, maintenir le lien avec l'école pour les enfants, s'informer, se distraire ou trouver des documents administratifs, lorsqu'on n'a pas ou très peu de forfait internet ? Pour pallier ces difficultés un réseau d'associations de quartiers populaires basées à Marseille, Tours et Villeneuve-la-Garenne en région parisienne, lancent ce week-end un appel intitulé "Partage ton wifi". Une opération qu'elles espèrent voir prendre de l'ampleur au-delà des territoires fragiles, un peu partout en France.

Un fossé numérique à la frontière de certains quartiers

"En discutant avec des voisins, des amis, je me suis rendue compte que beaucoup avaient une connexion internet extrêmement limitée. La fibre, elle s'arrête, comme dans beaucoup de quartiers populaires, juste de l'autre côté de la rue ! Non seulement de nombreuses familles n'ont pas d'ordinateur mais quand elles en ont un, elle n'arrivent pas à surfer sur Internet, ou alors ça rame. C'est vraiment pénible", explique Fatima Mostefaoui de l'association marseillaise "Avec nous", très active depuis le début du confinement.

Pour cette figure associative, également porte-parole du collectif des femmes des quartiers populaires :

"Tout passe par Internet puisqu'on ne peut plus sortir ! Être citoyen, c'est accepter de rester chez soi. Mais en retour, il faut que les gens aient accès à Internet. C'est crucial."

Principale préoccupation pour ces associations : la capacité des familles à permettre la continuité pédagogique pour éviter les décrochages scolaires, mais le sujet est bien plus vaste. C'est un accès vers le monde extérieur qui est rompu lorsqu'on ne peut pas se connecter, poursuit Fatima Mostéfaoui. 

Affiches dans les halls d'immeubles et à chaque étage

Avec l'association Air du quartier de la Rabière à Joués-lès-Tours et les PoleS de Villeneuve-la-Garenne, l'opération "Partage ton Wifi" est donc lancée. Objectif : inciter le maximum de personnes à communiquer son code wifi, via des affiches dans les halls d'immeubles ou sur chaque palier. "Il faut aussi que les personnes qui n'ont pas de connexion se signalent. On peut se débrouiller pour partager de la 4G. Mais encore faut-il avoir l'information !"

Dans ces trois quartiers, des tablettes et des ordinateurs ont été mis à disposition de certaines familles. "On voit aussi des personnes âgées ou de jeunes actifs, qui étaient très frileux par rapport au numérique, avoir envie de s'y mettre. Car ils n'ont pas le choix... Il faudrait pouvoir répondre à ces besoins", détaillent les initiateurs du projet.

Connexion pour tous en période de confinement ?

"Mais si on pallie aux difficultés à notre niveau, il faudrait que les pouvoirs publics prennent très vite le relai. Il y a urgence", insiste la président de l'association "Avec nous". Gouvernement, départements, bailleurs sociaux, et surtout opérateurs numériques ne pourraient-il pas réfléchir à la mise en place de forfaits internet solidaires, le temps de la crise et même au delà ? C'est ce que se demandent ces militants associatifs

Selon l'Insee, 15% de la population française n'a pas utilisé internet en 2019. 16% des ménages les plus modestes n'ont pas de connexion internet à domicile. De nombreuses personnes en situation de précarité n'ont pas non plus un accès illimité au téléphone et dépendent souvent de forfaits bloqués ou rechargeables.

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