Les images ont beaucoup circulé depuis samedi montrant un commandant de police donnant des coups à un homme plaqué contre un mur, puis frappant une autre personne contre le capot d'une voiture. Le procureur de la république de Toulon a estimé qu'il s'agissait d'une réaction proportionnelle à la menace.

Capture d'écran de la vidéo montrant l'intervention du commandant de police de Toulon
Capture d'écran de la vidéo montrant l'intervention du commandant de police de Toulon © Fil Twitter @Ooouuna

Un officier de police promu de la Légion d'honneur ce premier janvier a été filmé samedi en train de frapper deux personnes lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Toulon. 

Didier Andrieux, commandant divisionnaire, apparaît sur la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on le voit, avenue Vauban, donnant plusieurs coups de poing au visage d'un homme plaqué contre un mur, avant que d'autres fonctionnaires ne s'interposent.  Dans une seconde séquence de la vidéo, on le voit frapper une personne portant un gilet jaune contre le capot d'une voiture. 

Selon les informations de France Inter, le premier homme était connu pour des violences et des antécédents psychiatriques, et la seconde personne avait déjà commis par le passé des violences envers des policiers. Mais Didier Andrieux a de son côté déjà été sanctionné il y a deux ans pour avoir frappé cette fois  un major avec qui il s'était embrouillé. Il est donc étonnant que le parquet n'ait pas demandé une enquête pour vérifier les assertions d'un officier. Cette décision du parquet de Toulon de ne pas saisir l'Inspection générale de la Police Nationale a surpris ce soir jusque dans les rangs de la police car c' est un fait rare. L'ouverture d'une procédure permet en effet d'éviter souvent des troubles à l'ordre public et des soupçons de vouloir protéger un agent en particulier.

Les arguments du parquet

Le procureur de la République Bernard Marchal a estimé que l'homme frappé dans la première séquence, et qui ne porte pas de gilet jaune, était en possession d'un tesson de bouteille  et le policier "a voulu le neutraliser". "Nous avons pu établir que cet homme faisait partie d'un groupe d'une cinquantaine de casseurs qui avaient dégradé des voitures dans les minutes avant la vidéo", a ajouté le procueur.  Dans une interview à Nice Matin, Didier Andrieux explique avoir d'abord envoyé un coup sur la main de l'homme, "pour lui faire lâcher le tesson". Puis, "je lui donne deux autres coups, car je ne sais pas s'il a lâché le tesson".  Le policier assure connaître cet homme, "qui est un multirécidiviste et qui n'a rien à voir avec les gilets jaunes". 

L'homme est en effet connu de la justice depuis une dizaine d'années selon le procureur, notamment pour des faits d'outrage et de viol. Il a été arrêté, placé en garde à vue, et comparaîtra lundi à Toulon.

Première séquence

Pour ce qui est de la deuxième séquence, selon le procureur, "là encore le contexte nuance fortement les images". Le "gilet jaune" frappé par le policier était masqué quelques minutes avant et venait de tenter de s'emparer d'une bouteille. Didier Andrieux assure qu'il s'agit "de l'interpellation d'un homme qui se rebellait". Ce dernier a lui aussi été arrêté et placé en garde à vue. Un deuxième individu masqué, son frère, a pu échapper aux policiers.

Globalement, le procureur de la République estime donc que le policier a agi "proportionnellement à la menace" en neutralisant des "casseurs".  "Il y avait un contexte insurrectionnel avant et après ces vidéos, dans lequel il était impossible d'interpeller quelqu'un sans violence, et il a agi proportionnellement à la menace", a ajouté Bernard Marchal, qui n'a donc pas ouvert de procédure contre le fonctionnaire.  

Le policier filmé, Didier Andrieux, commandant divisionnaire, 34 ans de services, est responsable par intérim des 400 policiers en tenue de Toulon. Il  fait partie de la promotion à la Légion d'honneur du 1e janvier 2019, il a été décoré du grade de chevalier. 

Le commandant Andrieux a participé à toutes les opérations de sécurisation des manifestations de "gilets jaunes" à Toulon et est bien connu des manifestants, selon le procureur, qui ajoute que "certains s'en sont pris violemment à lui samedi".  Sept personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue suite à ces débordements.

Selon le syndicat Unité SGP Police, le commandant divisionnaire a lui-même été blessé lors du défilé, comme un autre fonctionnaire de la BAC de Toulon. 

"Il faut contextualiser, explique Julien Ventre, secrétaire départemental du syndicat majoritaire SGP Police dans le Var, cela fait plus d'un mois que ça dure, ce qui fait que les fonctionnaires de police n'ont quasiment plus de jour de congés, ils sont rappelés dès qu'ils ont fini leur service pour revenir, donc quand vous travaillez 7 jours sur 7, 18 à 20 h par jour, tout le monde est à bout". 

Dans cette vidéo on  voit le commandant Andrieux répondre à des manifestants au sujet de ses gestes "très bien y a pas de souci, je suis commandant"

Des recours possibles 

Si le Procureur ne donne pas suite à cette affaire, il y a plusieurs autres recours possibles si les personnes frappées estimaient qu'elles ont été victimes de violences injustifiées. 

Le premier recours c'est de saisir la plateforme de l'Inspection Générale de la Police Nationale . Cette déclaration ne constitue pas un dépôt de plainte. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a ouvert 48 enquêtes sur de possibles infractions commises par des policiers lors du mouvement des "Gilets jaunes".  Ces enquêtes font suite à des signalements effectués depuis le 17 novembre et concernent l'ensemble du territoire national. Dans le cadre de cette affaire à Toulon, le parquet pourrait donc être à nouveau sollicité pour réexaminer le cas des interventions du commandant Andrieux.

La seconde possibilité est de déposer plainte avec constitution de partie civile afin de saisir le doyen des juges d'instruction. Cela permet de passer outre la décision du parquet de Toulon de ne pas poursuivre. 

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